Politique

Cameroun-Russie : vers un rapprochement militaire entre Yaoundé et Moscou ?

Le ministre chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, a effectué une discrète mais remarquée visite à Moscou ces derniers jours pour signer un nouvel accord de coopération militaire entre les deux pays. Un déplacement symbolique alors que le Kremlin a relancé son offensive en Ukraine.

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Mis à jour le 19 avril 2022 à 17:38

Le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, s’est entretenu avec son homologue russe, Sergueï Choïgou. © MABOUP

Le Cameroun et la Russie ont signé, ce 12 avril, un nouvel accord de coopération militaire. Le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, avait quitté Yaoundé la veille pour Moscou, où il s’est entretenu avec son homologue russe, Sergueï Choïgou. C’est ce dernier, membre du premier cercle de Vladimir Poutine, qui a paraphé le document de treize pages pour la Russie.

Le contenu de cet accord n’a pas été dévoilé par la présidence camerounaise mais il ressemblerait à celui signé en 2015 avec la même Fédération de Russie. À l’époque, l’accord avait été conclu avec Alexandre Fomine, chargé de la coopération « militaro-technique » avec les armées étrangères et actuel vice-ministre de la Défense russe.

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C’est ce colonel-général Fomine qui a notamment signé, voici moins d’un an, le nouveau cadre de coopération entre la Russie et la Mauritanie. Il est également en contact direct avec son homologue centrafricaine, Marie-Noëlle Koyara, et a travaillé au rapprochement, via la signature d’un autre texte à Moscou en août 2021, entre le Nigeria et la Russie.

« L’armée ne manque pas de besoins »

L’accord signé par Yaoundé et Moscou en 2015 prévoyait de faciliter les livraisons d’armements et d’équipements militaires à l’armée camerounaise, engagée dans la lutte contre les terroristes de Boko Haram, aujourd’hui État islamique en Afrique de l’Ouest. Ces dernières années, Moscou a ainsi fourni une aide matérielle dans les domaines de l’artillerie, du transport de troupes et de la protection aérienne. « Même si Boko Haram s’est affaibli dans le nord du Cameroun, l’armée ne manque pas de besoins, notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest », explique un ancien du ministère de la Défense.

Cette visite de Joseph Beti Assomo à Moscou intervient toutefois dans un contexte international particulier. Le Kremlin vient en effet de lancer une nouvelle offensive militaire dans l’est de l’Ukraine, où son armée tente de conquérir des territoires depuis la fin de février. Faut-il voir dans cet accord un soutien voilé à la politique ukrainienne de Vladimir Poutine ? Selon une source à la présidence camerounaise, il n’en est rien, Yaoundé se contentant de nouer des partenariats en fonction de ses besoins sur le terrain national.

Une visite symbolique ?

La diplomatie camerounaise avait choisi le 2 mars dernier de ne pas prendre part au vote de la résolution – adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies – demandant à Moscou de cesser « immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ». Elle s’était une nouvelle fois abstenue le 7 avril, alors que la même Assemblée décidait de suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, seul le ministre de la Défense malien, Sadio Camara, s’est lui aussi rendu à Moscou.

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« Le timing de cette visite n’est pas des mieux choisis », glisse un diplomate européen à Yaoundé. Ces derniers mois, plusieurs sources ayant eu accès à des documents internes du groupe russe Wagner ont en effet indiqué que le Cameroun faisait partie des cibles africaines des mercenaires russes. Ceux-ci, financés par Evgueni Prigojine, sont actifs au Mali, où Sadio Camara est l’artisan de leur venue, ainsi qu’en Centrafrique. En outre, les États-Unis, très attentifs à la situation sécuritaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ont réduit ces dernières années l’aide militaire destinée à Yaoundé.