Économie

Or : Chirano, prototype de mine ghanéenne ?

Asante Gold Corporation serait en pourparlers avec Kinross Gold pour le rachat de la mine de Chirano. Ces discussions illustrent la reprise en main par le Ghana de son secteur extractif.

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Mis à jour le 19 avril 2022 à 15:13

mines de Chirano, ghana© Warren Zelman Photography mines de Chirano, ghana © Warren Zelman Photography

Le 6 avril, l’entreprise de Vancouver Asante Gold Corporation a annoncé être en pourparlers avec Kinross Gold pour le rachat de la mine ghanéenne de Chirano. Cette transaction entre les deux sociétés canadiennes illustre la reprise en main par le Ghana de son secteur extractif parce qu’elle serait financée par des fonds étatiques abondés par des prêts contractés par le Fonds d’investissement dans les infrastructures du Ghana (GIIF) et par le Fonds d’investissement des revenus miniers (MIIF).

Côté ghanéen, ce deal s’inscrit dans la volonté de l’État de reprendre en main le secteur extractif

Le redéploiement stratégique du géant aurifère Kinross explique la vente coup sur coup d’une mine russe sur fond de conflit ukrainien et de la mine de Chirano acquise en 2010 dans le sud-ouest du Ghana. La major, qui exploite par ailleurs cinq mines en sur le continent américain et la mine de Tasiast en Mauritanie, choisit de développer ses activités au Canada où elle a racheté la junior Great Bear Resources en février dernier. Dans cette nouvelle configuration, Kinross vise une production de 2,7 millions d’onces d’or en 2022 et de 2,9 millions en 2023.

La mine de Chirano constituera le septième actif ghanéen d’Asante Gold Corporation, une junior canadienne qui a concentré son activité dans ce pays, premier producteur d’or mondial. Parmi ses projets figurent Bibiani, une mine située à l’ouest, acquise en août 2021 pour 90 millions de dollars, d’une capacité d’environ 100 000 onces d’or par an sur dix ans, et Kubi Gold, près de la mine Obuasi d’AngloGold Ashanti, au sud du Ghana. Avec quatre administrateurs ghanéens, la junior Asante Gold cherche à se tailler une place de choix dans le secteur minier local, avec les encouragements appuyés du gouvernement d’Accra.

Reprise en main du secteur extractif

Côté ghanéen, ce deal s’inscrit dans la volonté de l’État de reprendre en main le secteur extractif, afin de générer suffisamment de retombées pour s’affranchir de l’aide internationale, conformément à la vision politique « Ghana Beyond Aid » formulée par le président Akufo-Addo en octobre 2018. Pour y parvenir, l’exécutif s’est fixé un cap : exploiter efficacement les ressources du pays et augmenter les redevances issues de la production nationale.

La loi de 2016 permet au ministère de l’Énergie de négocier directement avec les sociétés d’exploitation étrangères

L’implication de l’État dans le secteur des hydrocarbures s’est accrue avec la loi de 2016 sur l’exploration et la production de pétrole, qui permet au ministère de l’Énergie de négocier directement avec les sociétés d’exploitation étrangères lors de l’attribution de licences et de leur imposer un niveau minimum d’actionnariat ghanéen (15%). Une dynamique qui a permis au gouvernement de contraindre la major italienne ENI et l’explorateur national Springfield à s’associer dans les champs pétrolier et gazier situés dans les eaux offshores ghanéennes, favorisant de fait la junior pétrolière ghanéenne.

Le lancement en 2018 du Fonds minier ghanéen (MIIF) doté de 200 millions de dollars a constitué une autre étape pour atteindre cet objectif. Cet instrument gouvernemental a été créé pour collecter les redevances sur les ressources de la production minière, mettre en place une industrie de haut niveau et servir de levier stratégique pour la transformation économique du Ghana.

Acquisition symbolique

Après avoir procédé à plusieurs rachats d’actifs miniers, le MIIF a annoncé en mars dernier vouloir investir 60 millions de dollars en 2022 dans des mines à fort potentiel de croissance et a acquis pour environ 20 millions de dollars d’actions de la société Asante Gold Corporation, permettant à l’État de détenir 3,5 % de son capital.

Selon son directeur Edward Koranteng, le MIIF ambitionne de gérer plus de 500 millions de dollars d’ici à 2025, ce qui en ferait l’un des plus grands fonds miniers africains. Avec le rachat envisagé de Chirano, l’État ghanéen fait un pas de plus puisque la transaction est rendue possible grâce à un prêt du MIIF et du Fonds d’investissement dans les infrastructures du Ghana (GIIF).