Société

Quelle politique européenne de défense pour l’Afrique ?

L’Europe de la défense ? Une coquille vide… qui ambitionne pourtant de jouer les premiers rôles en Afrique. J.A. fait le point à l’occasion du prochain sommet Europe – Afrique prévu les 2 et 3 avril à Bruxelles.

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Mis à jour le 31 mars 2014 à 17:20

Dans le golfe d’Aden, arrestation de pirates présumés par la marine française. © Chamussy/Sipa

Le volet sécuritaire du troisième sommet entre l’Union européenne (UE) et l’Afrique, en 2010, se résume en quelques lignes officielles : "L’UE et ses États membres, en collaboration avec les organisations régionales africaines, sont tout indiqués pour fournir à l’Union africaine [UA] un appui soutenu dans ses efforts visant à la mise en oeuvre effective de l’Architecture de paix et de sécurité." Quatre ans plus tard, alors qu’un nouveau sommet se profile pour le mois d’avril et que les crises se multiplient, notamment au Mali, qu’en est-il ?

Indéniablement, l’Europe est un partenaire privilégié de l’Afrique, y compris dans le domaine de la sécurité. Reste que l’aspect civil (justice, forces de police, services des douanes, gardes-frontières…) prévaut largement sur la dimension militaire (incarnée pour l’essentiel par la Mission de formation militaire de l’UE – EUTM – en Somalie et au Mali). Cette dernière constitue pourtant un élément important de la difficile équation qu’est la lutte contre le terrobanditisme, l’une des préoccupations majeures de l’Union… Quant aux programmes civils, ils souffrent d’une trop grande bureaucratie, de la complexité de leurs structures, de redondances, ainsi que d’un manque de communication entre tous les services. Bref, l’Europe peut "mieux faire".

Les changements viendront de l’Afrique

Rien d’étonnant dès lors à ce que d’aucuns annoncent un quatrième sommet riche en déclarations sur la nécessité de renforcer la coopération entre sécurité et défense. Néanmoins, la laborieuse mise en place d’un contingent européen de 1 000 hommes pour la Centrafrique raconte une tout autre histoire. S’il ne s’agissait d’une tragédie humaine, la chose serait presque risible : l’Europe sollicite même la Géorgie, qui, pourtant, n’appartient pas à l’UE… Les Français Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, ministres, respectivement, des Affaires étrangères et de la Défense, ont d’ailleurs déclaré au sujet de ce déploiement : "L’UE doit assumer ses responsabilités en matière de sécurité internationale. La France appelle vigoureusement ses partenaires à s’en donner les moyens."

Comment une Europe de la défense, qui n’est que l’ombre de ce qu’elle devrait être, pourrait-elle améliorer la coopération avec l’Afrique en matière de sécurité ? Le changement viendra du continent. De l’autre côté de la Méditerranée, les volontés politiques se renforcent, et ce en dépit d’une montagne de difficultés (en particulier le manque de moyens et les clivages régionaux). L’arrivée de l’Éthiopie au sein de la Mission de l’UA en Somalie (Amisom), avec 4 000 hommes, en est une bonne illustration. À terme, si la dynamique enclenchée se poursuivait, l’Architecture de paix et de sécurité en Afrique pourrait bien devenir un exemple à suivre pour l’UE.