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Ismaïl Omar Guelleh : « Encore deux ans et je m’en irai, mission accomplie »

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Dans son bureau, où siégeait jusqu'en 1977 le gouverneur français de Djibouti, le 12 mars.

Dans son bureau, où siégeait jusqu'en 1977 le gouverneur français de Djibouti, le 12 mars. © Vincent Fournier/J.A.

Il se fait construire un nouveau palais, mais affirme qu’il effectue son dernier mandat. Sur ce sujet comme sur Al-Qaïda, l’affaire Borrel ou les bases militaires, le chef de l’État répond à sa manière. Carrée.

(Mis à jour le 3 avril à 13h20 – voir la précision du cabinet du directeur exécutif d’Onusida)

Un dimanche de mars autour de la piscine du Kempinski, l’hôtel en vogue de Djibouti. Sur fond de R’n’B et de musique country, la planète kaki prend ses aises. Militaires espagnols, italiens et allemands de l’opération Atalanta (lutte contre la piraterie dans l’océan Indien), marines américains, parachutistes français et officiers japonais cohabitent sans se mélanger, cannette de Coca à la main, tous muscles tatoués dehors. Pour le visiteur pressé, passé sans transition de l’aéroport d’Ambouli, où les drones Predator voisinent avec les Mirage 2000, à la tour de Babel dominicale des soldats en permission de repos, Djibouti est une ville-garnison multinationale, un peu comme le Berlin-Ouest de la guerre froide. Mais Djibouti, même si 70 % de son petit million d’habitants vivent dans la capitale, est aussi un État indépendant depuis 1977, avec tout ce que les pays africains connaissent comme problématiques de gouvernance et de développement.

Arrivé au pouvoir en 1999, le président, Ismaïl Omar Guelleh, 66 ans, consacre l’essentiel de son temps à inscrire sur la carte de la mondialisation cette ancienne colonie française à l’existence toujours précaire, mais dont la situation géostratégique, au confluent de la mer Rouge et du golfe d’Aden, est unique et suscite bien des convoitises. Confronté à une opposition pugnace sur fond de fractionnements tribaux et claniques encore vivaces, ce petit-fils d’un notable issa, dont le père travailla pour la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien, a fini par prendre son parti d’être avant tout connu en France pour son rôle présumé – et qu’il a toujours vivement démenti – dans l’affaire non élucidée de la mort du juge Borrel, en 1995. À deux ans de la prochaine élection présidentielle, « IOG » continue par ailleurs de maintenir qu’il ne s’y présentera pas. Même si la Constitution l’y autorise. Et même si, à Djibouti, où le chef de l’État s’apprête à prendre possession du nouveau palais de la République, construit par les Chinois, bien rares sont ceux qui y croient vraiment.

Jeune Afrique : Il y a un an, pour la première fois, l’opposition djiboutienne participait à des élections, législatives en l’occurrence. Mais elle en a contesté les résultats et a annoncé son refus de siéger à l’Assemblée. Depuis, des négociations se sont tenues avec votre gouvernement, lesquelles viennent de se conclure sur un échec. Pourquoi ?

Ismaïl Omar Guelleh : Les politiciens qui ont formé cette alliance de circonstance qu’est l’USN [Union pour le salut national] n’ont rien en commun, ni programme ni stratégie cohérente. Nous avons donc assisté à une série d’avancées, suivies de reculades intempestives, comme si leur penchant naturel était d’accepter nos concessions mais que des conseillers occultes intervenaient aussitôt pour les sommer d’être intransigeants. La composante la plus dure au sein de cette opposition, celle des Frères musulmans, a prétendu marchander la participation de l’USN à l’Assemblée contre la reconnaissance de cette tendance en tant que parti. Nous leur avons répondu qu’il ne saurait en être question, à moins de violer la Constitution. Ils ont donc joué la rue en manifestant chaque vendredi dans la violence à la sortie des mosquées, ce qu’ils continuent de faire, avec de moins en moins de succès.

Vous avez vous-même reçu, le 1er février, le coordinateur de l’USN, Aden Mohamed Abdou. Que vous êtes-vous dit ?

Il est venu me voir avec deux revendications précises : un meilleur accès de l’opposition aux médias nationaux et un statut pour cette même opposition. En échange, les dix députés de l’USN étaient d’accord pour siéger. J’en ai accepté le principe. Mais cinq jours plus tard, voilà qu’ils reviennent avec un document comportant d’autres exigences, inacceptables celles-là, à commencer par la légalisation des partis islamistes ! Encore une fois, les mauvais conseillers de l’ombre étaient à l’oeuvre. Tout s’est arrêté là.

Parmi ces exigences figure aussi l’extension des prérogatives de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), y compris jusqu’à la proclamation des résultats. Pourquoi est-ce inacceptable ?

L’opposition se méfie de moi, mais elle veut ma signature au bas de tout accord, quel qu’il soit. Allez comprendre…

Une Ceni existe à Djibouti depuis 1992. Elle fonctionne comme partout ailleurs. Mais le ministère de l’Intérieur ne saurait être tenu à l’écart du processus électoral, comme si l’État devait s’effacer.

Manifestement, votre opposition ne vous fait pas confiance.

Elle se méfie de moi, mais elle veut ma signature au bas de tout accord, quel qu’il soit. Allez comprendre…

Trois oulémas proches des Frères musulmans ont été condamnés à un an et demi de prison. Comptiez-vous les gracier si un accord était intervenu ?

J’y étais prêt. Et ils le savaient. Mais les plus intransigeants au sein de l’USN, à commencer par Daher Ahmed Farah, ont préféré l’affrontement.

Cette libération n’est donc plus à l’ordre du jour ?

Effectivement. Dans ces conditions, ils purgeront leur peine jusqu’à sa fin.

Ce blocage est tout de même très pénalisant pour la démocratie djiboutienne…

Qu’y puis-je ? J’ai affaire à des gens qui veulent tout le pouvoir tout de suite ou rien. En réalité, je ne crois pas que cette opposition ait intérêt au dialogue. Et je crois qu’elle va finir par se disloquer : parmi les dix députés, deux ont déjà rejoint les bancs de l’Assemblée.

L’homme d’affaires Abdourahmane Boreh, autrefois très proche de vous, est souvent cité par vos partisans comme étant l’un des principaux sponsors de l’opposition. Il réside actuellement à Dubaï, et vous avez demandé son extradition. Où en êtes-vous ?

C’est en bonne voie. Nos avocats viennent de déposer leur dossier auprès des autorités judiciaires émiraties pour détournement et abus de biens sociaux.

À l’entendre, il s’agit là d’un acharnement purement politique.

Absolument pas. Nous lui réclamons 100 à 150 millions de dollars [72 à 108 millions d’euros], dus à l’État djiboutien.

Votre mouvance politique a perdu des points lors des dernières législatives. À Djibouti-ville, l’USN fait pratiquement jeu égal avec vous. Pourquoi cet effritement ?

Nous avons été surpris par la tactique des religieux au sein de l’opposition. Cela s’apparente à la dissimulation chez les chiites : l’art d’éviter le débat, d’oeuvrer dans le secret, de tromper l’ennemi y compris par le mensonge. Si l’opposition est passée de 30 % à 47 % des voix, c’est grâce au travail des Frères musulmans dans les mosquées. Les oulémas Abdourahmane God et Abdourahmane Béchir [tous deux emprisonnés depuis] ont joué un rôle décisif à cet égard. Le premier est venu de Bruxelles, quant au second, je l’ai fabriqué de toutes pièces en croyant bien faire. C’est un phénomène souterrain qui n’est apparu en pleine lumière que le jour de l’élection. Nous avons été pris de court. Mais cela nous a servi de leçon.


Sur le chantier du nouveau palais présidentiel, construit par les Chinois
à quelques dizaines de mètres de l’ancien. © Vincent Fournier/J.A.

Êtes-vous toujours prêt à rouvrir le dialogue avec l’opposition ?

Tout à fait. La porte reste ouverte. Si Dieu a accepté qu’il y ait le diable, pourquoi refuserais-je qu’il existe une opposition ?

Reste que vous maniez la carotte et le bâton, puisque votre police réprime et arrête régulièrement des manifestants…

Comme toutes les polices du monde quand, à la sortie des mosquées, des jeunes caillassent les voitures qui passent et s’en prennent aux forces de l’ordre. Cela dit, la plupart sont relâchés le lendemain.

Le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP) vous a reconduit le 6 mars à sa présidence par acclamation. Or on s’attendait que ce soit là l’occasion pour vous de placer à sa tête la personnalité que vous auriez choisie pour vous succéder en 2016. Est-ce à dire que cette question n’est pas réglée ?

Je n’ai pas eu droit à la parole, et figurez-vous que je ne savais même pas que mon mandat à la direction du RPP avait expiré ! Cela dit, même dans le cas contraire, j’aurais accepté cette reconduction pour une raison simple : si j’indique ma préférence envers quelqu’un à deux ans de l’échéance, il y a toutes les chances pour qu’il devienne une cible et qu’il arrive carbonisé le jour J. C’est de l’élémentaire prudence. Mais je maintiens que je suis en train d’accomplir mon ultime mandat à la tête de l’État.

Pourtant, la Constitution vous autorise à en briguer un autre…

Oui. Mais je suis fatigué et je connais mes limites. Certes, il y a eu des erreurs et des défaillances, pourtant l’essentiel de mes projets pour Djibouti a été réalisé avec succès. Je crois que ma mission est en passe d’être accomplie.

Une chose est sûre : je ne vais pas rajeunir. Et il faut savoir partir.

Excluez-vous de changer d’avis ?

Une chose est sûre : je ne vais pas rajeunir. Et il faut savoir partir.

On n’a jamais vu un chef d’État se faire construire un nouveau palais pour en remettre les clés à son successeur au lendemain de son inauguration !

Eh bien, je serai celui-là ! J’ajoute qu’il s’agit là d’une nouvelle présidence de la République, pas de ma résidence personnelle.

L’affaire de la disparition du juge Borrel à Djibouti en 1995 a connu récemment un énième rebondissement. L’ancien officier de la garde présidentielle Mohamed Alhoumekani, qui vous accuse d’avoir commandité l’assassinat, a trouvé refuge en Belgique fin 2013 après avoir fui le Yémen. Il affirme que vous avez fait pression sur lui pour qu’il se rétracte. Qu’en dites-vous ?

Deux plaintes ont été déposées à Djibouti contre ce monsieur par des commerçants d’origine yéménite pour une affaire d’extorsion et de violences. Ces faits sont connus de tout le monde ici, ils sont publics et à la disposition de qui veut enquêter. C’est dans ce cadre que son jugement au Yémen, ou à défaut son extradition, a été exigé par nous. Pour le reste, tout ce qu’il dit est faux.

Alhoumekani assure que vous avez envoyé votre chef d’état-major général à Sanaa pour lui proposer de l’argent : 5 millions de dollars pour lui et 5 millions pour la veuve du juge Borrel.

Pure affabulation. Seul notre ambassadeur au Yémen l’a vu, et il ne lui a fait aucune proposition.

Vous lui auriez vous-même téléphoné, en l’appelant « mon fils », et lui « papa ».

On m’a rapporté cela et j’en ai beaucoup ri. Incroyable !

Il dit en avoir les preuves audio.

Eh bien, qu’il les donne !

Cela va faire vingt ans l’an prochain que dure cette affaire Borrel. Elle vous a gâché la vie ?

Non. Sauf au début, j’étais énervé, agacé, tracassé. Et puis j’ai compris : face à la terreur exercée sur les médias par un petit groupe de juges et d’ONG, notre voix n’avait aucun droit à être prise en compte et nous n’avions aucune chance d’avoir accès au dossier. Nous avons pourtant gagné toutes les procédures engagées autour de cette affaire, sans résultat. D’où la suspension de notre coopération judiciaire avec la France.

Cette épée de Damoclès ne vous empêche pas d’être très courtisé pour votre position géostratégique. Après les Français, les Américains et les Japonais, qui ont installé des bases militaires à Djibouti, c’est au tour des Russes et des Chinois de vous solliciter…

Oui, et avec insistance. Les Russes veulent absolument un point d’attache pour la maintenance de leur flotte de l’océan Indien, notamment pour leur porte-avions et leur porte-hélicoptères : nous leur avons proposé Obock. Quant aux Chinois, dont le ministre de la Défense était ici fin février, ils souhaitent disposer d’un quai d’accostage à Djibouti.

De votre côté, c’est une vraie coopération militaire qui s’annonce avec Pékin. Avec achat d’avions, de radars, formation dans les académies militaires chinoises, etc. De quoi inquiéter vos partenaires occidentaux ?

Et pourquoi donc ? Vous savez, la Chine investit massivement en Afrique de l’Est : 10 milliards de dollars rien qu’en Tanzanie, transformée en une sorte de hub pour l’exportation des minerais à destination de la Chine. D’ici à 2024, 80 % des bateaux croisant dans l’océan Indien battront pavillon chinois, et Djibouti sera la base à partir de laquelle ils protégeront leurs lignes d’approvisionnement. Ce partenariat stratégique est dans notre intérêt. C’est ce qui m’importe.


Instructeur américain et soldats djiboutiens en partance pour la Somalie, au camp
d’entraînement d’Ali-Ouné, en novembre 2011. © Vincent Fournier/J.A.

Ne craignez-vous pas que Djibouti devienne le lieu où s’affrontent les intérêts contradictoires de grandes puissances ?

À nous de savoir tirer notre épingle du jeu. Notre situation géostratégique, c’est notre seule ressource durable.

La conseillère de Barack Obama à la Sécurité nationale, Susan Rice, est venue vous rendre visite début mars. Avez-vous négocié avec elle une augmentation du loyer de la base américaine ?

Il a surtout été question de coopération, du Millennium Challenge Account et de l’Eximbank, dont Djibouti souhaite bénéficier. En ce qui concerne le loyer, nous sommes déjà passés de 30 à 38 millions de dollars pour 2014.

Les Français, eux, continuent de vous payer 30 millions d’euros par an depuis onze ans. À quand une réévaluation ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. La situation financière de la France est un peu serrée. Je suis compréhensif.

En avez-vous parlé avec François Hollande lors de votre dernier tête-à-tête à Addis-Abeba, en 2013 ?

Non, pas de ce point précis.

A-t-il abordé avec vous l’affaire Borrel ?

Pas du tout. François Hollande est un gentleman.

Vos relations avec votre voisin érythréen sont exécrables depuis des années. Y a-t-il une éclaircie en vue ?

Rien ne bouge. Ils font comme si nous n’existions pas et maintiennent leur posture agressive le long de la frontière, malgré les deux résolutions de l’ONU condamnant cette attitude, malgré la présence d’une force d’interposition mise en place par le Qatar. C’est un vrai casse-tête.

Vous n’avez aucun contact avec votre homologue, le président Afewerki ?

Pourquoi voudriez-vous que je parle avec quelqu’un qui ne reconnaît pas mon existence ?

Un échange de prisonniers est-il envisageable ?

Non, hélas. C’était prévu par l’accord de Doha en 2008, mais ils se sont assis dessus. Nous avons une quinzaine de soldats djiboutiens retenus en otages à Asmara et 235 prisonniers et déserteurs érythréens ici à Djibouti. Certains sont devenus fous. C’est lamentable.

Vous êtes engagé aux côtés de l’Amisom en Somalie, et les Shebab ont fait de Djibouti l’une de leurs cibles. Craignez-vous des opérations terroristes sur votre sol ?

Ce sont des Shebab kényans qui ont lancé l’assaut meurtrier sur le Westgate de Nairobi en septembre 2013. Il n’y a pas, à ma connaissance, de Shebab djiboutiens, et aucun Djiboutien n’a été repéré dans les rangs d’Al-Qaïda. Nos islamistes sont des Frères musulmans, ce ne sont pas, ou pas encore, des jihadistes. Mais nous sommes vigilants, avec l’appui de la population. Ici, tout le monde se connaît, et l’étranger est immédiatement identifié comme tel, y compris dans les quartiers populaires comme Balbala.

C’est à partir de Djibouti que les drones américains décollent pour aller frapper les membres d’Al-Qaïda au Yémen. Est-ce un problème pour vous ?

Cela l’a été quand ces drones ont tué au passage des civils innocents. Nous l’avons dit aux Américains. Ils ont reconnu leur bavure. Depuis, leurs opérations sont devenues beaucoup plus ciblées et ils nous en informent a posteriori, ce qui n’était même pas le cas auparavant.

Dubaï a longtemps été le premier investisseur étranger à Djibouti. Depuis quatre ans, c’est la Chine qui occupe cette place. Est-ce une position durable ?

Sans doute. Nous avons un grand projet de développement du Nord, avec en point d’orgue les ports de Tadjourah et d’Obock, ce dernier devant être consacré à l’activité touristique. Les Chinois nous ont proposé de monter un grand complexe en face des îles des Sept Frères, destiné à concurrencer celui de Charm el-Cheikh en Égypte, avec aéroport, hôtels, restaurants, centre océanographique, etc. Les promoteurs comptent y attirer une clientèle asiatique de luxe d’environ 30 000 individus par an. Les premiers travaux sont prévus pour cette année.

Le phénomène de la corruption est loin d’être réglé à Djibouti. Que faites-vous pour enrayer ce fléau ?

Nous avons traité le mal à la racine, en améliorant la formation, le recrutement et les conditions de vie des magistrats et des policiers, afin d’éviter autant que possible les tentations. J’ai créé une commission nationale de lutte contre la corruption, mais croyez-moi, trouver les femmes et les hommes qui la composeront n’est pas une tâche facile !

Pourquoi ?

Il faut dénicher des gens intègres et capables de résister aux pressions des clans et des tribus. Ici, même les simples conseils de discipline sont un vrai problème quand il s’agit de sanctionner !


Au cours de l’entretien, dans sa résidence privée, le 10 mars. © Vincent Fournier/J.A.

Il faut aussi faire des exemples, au plus haut niveau, en poursuivant les cadres pris la main dans le sac. Est-ce déjà arrivé ?

Pas encore. Si ce n’est au niveau du secrétariat exécutif d’Onusida à Djibouti, où nous avons dû faire le grand ménage en 2013 pour cause de malversations. C’est nous d’ailleurs qui avons alerté le siège d’Onusida sur ce scandale. Pendant sept ans, les délégations venues de New York ont certifié les comptes de leur branche djiboutienne les yeux fermés !

Je pardonne plus que je sanctionne. En particulier à mes adversaires politiques, lorsqu’ils sont capables d’autocritique.

Êtes-vous satisfait de votre gouvernement ?

Pas toujours. Il m’arrive souvent de taper du poing sur la table, et je dis à mes ministres ce que je pense de leur action, en bien ou en mal, tout en les respectant.

Vous pardonnez ou vous sanctionnez ?

L’un n’empêche pas l’autre. Mais je pardonne plus que je sanctionne. En particulier à mes adversaires politiques, lorsqu’ils sont capables d’autocritique.

Y compris aux plus déterminés d’entre eux, comme Daher Ahmed Farah ou Abdourahmane Boreh ?

Oui. S’ils reviennent à la raison.

Difficile de conclure sans avoir parlé de l’essentiel : la pauvreté, qui touche encore trop de Djiboutiens. Comment expliquez-vous que ce fléau diminue aussi lentement, alors que le PIB par habitant est le plus élevé d’Afrique de l’Est ?

L’exode rural et l’immigration jouent un grand rôle. Djibouti-ville est un peu perçue comme un État providence, où l’école et l’accès aux soins sont gratuits, y compris pour les migrants en situation irrégulière venus d’Éthiopie et de Somalie. Cet afflux pèse lourd sur les chiffres du chômage et de la précarité. Nous ne ménageons aucun effort, ni aucun secteur, pour inverser cette tendance, avec l’aide notamment des pays du Golfe, qui viennent de nous octroyer un don de 200 millions de dollars dans ce but précis. Cela dit, comparez le Djibouti que nous a laissé la France lors de l’indépendance en 1977, avec ses 250 000 habitants, et le Djibouti d’aujourd’hui, où la population a plus que triplé. C’est un peu la nuit et le jour. Tout a changé pour le meilleur, beaucoup plus que pour le pire : qui oserait soutenir le contraire ?

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Propos recueillis à Djibouti par François Soudan

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Précision

Suite à la publication de cette interview, le cabinet du directeur exécutif d’Onusida, Michel Sidibé, nous fait savoir que cette organisation n’a aucun rapport avec le Conseil National de lutte contre le sida de Djibouti, instance nationale, laquelle a fait l’objet d’une enquête pour malversations. L’intervention d’Onusida dans cette affaire s’est limitée à « appuyer le gouvernement de Djibouti pour trouver une solution aux problèmes susmentionnés ».

 

 

 

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