Politique

Tunisie : Facebook, premier site de désinformation

« Je l’ai vu sur Facebook ! » La formule est récurrente dans les conversations entre Tunisiens, toutes origines sociales confondues. Une confiance aveugle qui biaise le débat public et menace rien de moins que la démocratie.

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Par - à Tunis
Mis à jour le 28 avril 2022 à 12:51

Facebook compte plus de 7 millions d’utilisateurs en Tunisie, soit 70 % de la population. © Yassine Mahjoub

Survenu durant un week-end, le naufrage du Xello, au large de Gabès (Sud-Est) à l’aube du 16 avril, aurait pu n’être ébruité qu’en cours de journée, n’eût été l’extrême appétence des réseaux sociaux tunisiens pour les événements qui sortent de l’ordinaire. Dès les premières heures du matin, la Toile se lance dans une enquête improvisée sur le parcours, la cargaison et tout ce qui concerne le navire échoué, chacun s’empressant de publier un compte rendu circonstancié avec des « scoops » en prime.

« Les réseaux sociaux supplantent les médias traditionnels », constate Larbi Chouikha, professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information à l’université de La Manouba. Mais Facebook n’est pas un média classique : il fait dans l’anonymat, et ce qui est publié n’est pas nécessairement vérifié.

Il n’empêche, malgré les mises en garde des uns et des autres, Facebook est davantage qu’un réseau social pour les plus de 7 millions de Tunisiens, soit 70 % de la population, titulaires d’un compte : il est désormais assimilé à un média, mais plus incontournable que les autres. Il est ainsi fréquent d’entendre « je t’assure, je l’ai vu sur Facebook ! » lorsque l’origine d’une information douteuse est questionnée.

Médiocratie

C’est que le premier à se référer à Facebook et à le citer comme source d’information fiable n’est autre que le président Kaïs Saïed lui-même. Plusieurs fois, dans ses discours, lorsqu’il dénonce la corruption et diverses malversations, il mentionne des faits rapportés par des pages en ligne qu’il semble tenir pour acquis. Ainsi quand, en août 2021, certaines pages Facebook signalent la découverte d’un stock de fer laissant penser à de la spéculation, le président participe à la descente des forces de l’ordre dans un dépôt de la région de Bir Mcherga.