Politique

Guinée : le pouvoir lie la tenue d’élections à un recensement

Le gouvernement mis en place par la junte en Guinée lie le « retour à l’ordre constitutionnel » et la tenue d’élections à un recensement général de la population, entre autres préalables critiqués par des opposants qui l’accusent de jouer la montre.

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Mis à jour le 17 avril 2022 à 16:25

Le président du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le colonel Mamadi Doumbouya, à l’issue d’une rencontre avec des représentants de la Cedeao, le 17 septembre 2021 à Conakry. © JOHN WESSELS / AFP

Le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Mory Condé, a détaillé vendredi dix « étapes clés » devant mener à la restitution du pouvoir à des civils élus, sans donner de calendrier ni fixer d’échéance, alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) somme Conakry de présenter « au plus tard le 25 avril » un « chronogramme acceptable pour la transition ».

Le ministre a tenu ces propos à l’ouverture du « cadre de concertation inclusif », nouveau forum censé faciliter la transition politique après le coup d’État militaire de septembre. Ces assises, tout comme la conférence de « réconciliation » lancée fin mars par la junte au pouvoir, sont boycottées par nombre d’organisations politiques.

Selon l’enchaînement décrit par le ministre, la remise du pouvoir aux civils doit être précédée du « recensement général de la population », du « recensement administratif à vocation d’état-civil », de « l’établissement du fichier électoral », de « l’élaboration de la nouvelle Constitution », de « l’organisation du scrutin référendaire », de « l’élaboration des textes de lois organiques », avant « l’organisation des élections locales » puis législatives, la « mise en place des institutions nationales issues de la nouvelle Constitution » et enfin « l’organisation de l’élection présidentielle ».

« Une transition, si vous la voulez effective, on n’a pas besoin de toutes ces étapes qui sont énumérées », a réagi samedi Édouard Zoutomou Kpoghomou, président d’un parti membre de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (Anad), coalition d’une vingtaine de formations boycottant la conférence de réconciliation et le « cadre de concertation inclusif ». « C’est fait sciemment pour jouer sur le temps, c’est tout », a-t-il déclaré.

« Au moins quatre ans »

« Monsieur le Ministre, on en a pour au moins quatre ans donc, et si c’est le cas, c’est le devoir d’un régime légal de faire tout ce que vous nous proposez là », s’était déjà insurgé la veille Cheick Tidiane Traoré, leader du Mouvement pour la République (MPR), un des participants ayant assisté à l’exposé de M. Condé.

Dans une lettre dont l’AFP a obtenu une copie, Mory Condé a adressé une « demande de proposition de chronogramme » au président de l’Anad, le priant de lui transmettre « au plus tard » le 20 avril « une proposition de temps » pour chacune des dix étapes de la transition voulues par le gouvernement.

Selon des sources politiques, la même lettre a été adressée à l’ensemble des partis et formations du pays, qu’ils aient ou non participé à la rencontre de vendredi.

Le colonel Mamady Doumbouya a pris le pouvoir par la force le 5 septembre 2021 à Conakry, renversant Alpha Condé, qui était en poste depuis fin 2010 et dont les dernières années à la tête de l’État ont été marquées par des mois de contestation sévèrement réprimée. Le colonel Doumbouya s’est depuis lors fait investir président de la République et s’est engagé à rendre le pouvoir à des civils élus, mais sans jamais dire à quelle échéance.

Menaces de sanctions économiques

Refusant de se laisser dicter un délai par la Cedeao ou quiconque, l’officier assure que le calendrier sera fixé par le Conseil national de transition (CNT), assemblée faisant office d’organe législatif, dont il a lui-même nommé les 81 membres, qui siègent depuis février.

La Cedeao, qui a insisté en vain sur la nécessité d’organiser des élections dans un délai de six mois après le coup d’État de septembre a suspendu la Guinée de ses organes et infligé des sanctions individuelles aux membres de la junte. L’organisation régionale a menacé le 25 mars d’imposer au pays « des sanctions économiques et financières » plus larges « immédiatement » après le 25 avril si la junte ne se plie pas à son ultimatum sur le calendrier de restitution du pouvoir aux civils.

Avec AFP