Économie

L’Algérie, entre déficit artificiel et chiffres réels

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L’industrie pétrolière est la principale source de recettes de l’Algérie.

L'industrie pétrolière est la principale source de recettes de l'Algérie. © Heritage

La loi de finances 2014 en Algérie a été adoptée. Mais pour de nombreux économistes, ses prévisions sont irréalistes.

Les chiffres de la loi de finances 2014 adoptée en Algérie le 30 décembre ont de quoi donner le tournis : les dépenses prévues s’élèvent à 7 656,2 milliards de dinars (environ 71,4 milliards d’euros), en hausse de 11,3 % par rapport à 2013, celles de l’équipement s’envolent de 15,6 %, et le déficit annoncé plonge à 3 438 milliards de dinars, soit 18,1 % du PIB. Un record presque mondial pour l’un des pays les mieux dotés en richesses extractives. L’Algérie est en effet le 3e producteur africain d’or noir et le 17e au niveau mondial, avec environ 1,7 million de barils extraits chaque jour de son sous-sol.

Déconnexion

Et pourtant, il n’y a guère de quoi s’inquiéter… car les chiffres de la loi de finances sont tout sauf réalistes. Ces dernières années, le déficit a été bien différent des montants annoncés, s’établissant en 2011 à 17 % au lieu de 28 % du PIB et à 21 % au lieu de 25 % en 2012…

Mais ce n’est pas tout. « Ces 18 % ne veulent rien dire. C’est de toute façon un déficit artificiel », tranche l’économiste Zoubir Benhamouche, mettant en avant le prix de référence du baril (37 dollars depuis 2008) utilisé par la loi. « Il est déconnecté du prix réel, affirme-t-il. Il n’a rien à voir avec les cours du marché, bien plus élevés, ni avec le prix du baril, qui équilibrerait effectivement le budget [environ 114 dollars pour 2014]. »

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En une dizaine d’années, le prix du brent est passé de 30 dollars environ à plus de 100 dollars… La référence de 37 dollars, instaurée au début des années 2000, s’inscrivait dans un objectif vertueux : maîtriser l’évolution des dépenses budgétaires. Réévalué une fois depuis (il était à 19 dollars auparavant), il n’a guère joué son rôle de garde-fou. Depuis 2010, les dépenses budgétaires ont glissé de 37,9 % du PIB à 43,2 %, en raison des augmentations de salaires accordées en 2011, des subventions et des transferts sociaux.

En 2014, la tendance devrait se poursuivre : la croissance annoncée des dépenses sera trois fois plus rapide que celle du PIB, prévue elle-même autour de 4,5 % dans la loi.

Fonds

Une fois de plus, le déficit sera couvert à hauteur de 50 % par le Fonds de régulation des recettes (FRR), a indiqué Karim Djoudi, le ministre des Finances, lors de la présentation de la loi à l’Assemblée nationale. Mis en place en 2000 lui aussi, ce fonds recueille les recettes supplémentaires générées au-delà des 37 dollars. Un beau matelas, doté, fin 2014, de 7 226 milliards de dinars, mais qui pourrait servir davantage, notamment dans un pays qui souhaite accélérer sa diversification économique.

Fin 2012, le Forum des chefs d’entreprise avait qualifié le fonds d’ »échafaudage bureaucratique encombrant, vidé de toute signification économique ». Au même moment, plusieurs économistes, regroupés au sein du collectif Nabni (Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées), avaient appelé à sa transformation en un véritable fonds souverain, qui ne pourrait en aucune manière être ponctionné pour financer le déficit.

Le chemin sera d’autant plus long que, depuis ces demandes, rien n’a véritablement avancé : les excédents du FRR qui ne servent qu’à combler le déficit public sont toujours placés en bons du Trésor américain…

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