Immigration

Immigration : quand Obama fait pire que Bush

Des militants pour la réforme de l'immigration, devant la Maison Blanche, le 12 mars. © BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Aucun président, même son prédécesseur, n'avait expulsé autant d'étrangers en situation irrégulière que Barack Obama. Les Latinos pourraient le lui faire payer lors des élections de la mi-mandat.

C’est l’un des points sombres du bilan de Barack Obama : le nombre des expulsions d’étrangers en situation irrégulière s’élève à 1, 9 million depuis 2009. Soit une moyenne de près de 400 000 par an. Un record. À force d’expulser à tour de bras – plus que n’importe lequel de ses prédécesseurs -, il a fini par s’attirer les foudres de la communauté latino, à laquelle appartient l’écrasante majorité des quelque 11 millions de sans-papiers que compte le pays.

Celle-ci, qui vote traditionnellement démocrate, pourrait d’ailleurs le lui faire payer lors des élections de la mi-mandat, en novembre. Car elle n’accepte plus le discours officiel de l’administration, qui se réfugie derrière la stricte application des lois tout en accusant le Parti républicain de s’opposer à toute réforme au Congrès. Pourtant, approuvé en juin 2013 par le Sénat à majorité démocrate, un projet de loi est bel et bien bloqué à la Chambre des représentants, dominée par le Grand Old Party. Il prévoit que les sans-papiers arrivés illégalement dans le pays pourront se voir délivrer une carte de résidence permanente – la fameuse green card – au bout de quelques années.

Rééxaminer la politique d’immigration

Cette amnistie est jugée scandaleuse par nombre de républicains, même si certains responsables de premier plan comme Marco Rubio, sénateur de Floride, y sont favorables afin de ne surtout pas se couper du vote, crucial, des Latinos.

En attendant, les associations demandent à Obama d’user de son pouvoir réglementaire pour ralentir le rythme des reconduites à la frontière. Ce qu’il avait accepté de faire en 2012 en accordant un sursis temporaire aux sans-papiers arrivés jeunes aux États-Unis et néanmoins visés par une procédure d’expulsion. La mesure avait pesé lourd dans sa réélection.

La pression des activistes a fini par payer.

La pression des activistes – l’un d’eux n’a pas hésité à interrompre un discours d’Obama à San Francisco en hurlant devant les médias qu’il avait le pouvoir de suspendre toutes les expulsions – a fini par payer. Le président vient d’annoncer qu’il allait réexaminer sa politique en la matière afin de remédier à la "crise morale" des familles. Et en effet, on imagine aisément la tragédie que constitue généralement l’expulsion d’un parent dont les enfants sont citoyens américains… Las, l’annonce présidentielle risque d’amoindrir les chances, déjà minces, de voir le Congrès se prononcer pour une régularisation massive. La confiance nécessaire à l’adoption de toute réforme pourrait en être gravement affectée, a déjà réagi John Boehner, le speaker de la Chambre. Pour les sans-papiers, la route est donc encore longue.

Autre point noir : la frilosité d’Obama vis-à-vis des instruments internationaux de protection des droits de l’homme.

Conforme à la doctrine de l’administration de Georges W. Bush

Les États-Unis, qui ne reconnaissent pas la compétence de la Cour pénale internationale (CPI), viennent d’annoncer que leurs soldats et agents de renseignements opérant à l’étranger n’étaient en aucune manière tenus par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Cette décision est en contradiction flagrante avec la position des Nations unies. Elle est en revanche conforme à la doctrine de l’administration de George W. Bush.

On se souvient que celle-ci refusait que ledit pacte, qui interdit notamment la torture et les détentions arbitraires, bénéficie aux terroristes présumés détenus à l’étranger par les forces américaines. En 2010, Harold Koh, à l’époque principal conseiller juridique d’Obama, avait pourtant estimé qu’une telle position était juridiquement intenable. Mais les militaires l’ont emporté auprès du président. Après tout, Obama avait promis en 2008 de fermer le camp de Guantánamo. On attend toujours.

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