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Le continent africain, coiffé d’un béret rouge de colonel. © MONTAGE JA.

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L’Afrique de l’Ouest des colonels

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Cedeao – Jean-Claude Brou : « Attention aux illusions que peuvent générer les coups d’État »

L’ancien ministre ivoirien défend son bilan à la tête de la Commission de l’organisation ouest-africaine. Et justifie la décision controversée d’imposer des sanctions économiques au régime putschiste de Bamako.

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Mis à jour le 22 avril 2022 à 11:29

Jean-Claude Brou, le président de la Commission de la Cedeao, à la rédaction de Jeune Afrique, le 7 avril 2022. © Jacques Torregano pour JA

La matinée est printanière, et Jean-Claude Kassi Brou intarissable. L’ancien ministre ivoirien, qui nous rend ce jour-là visite au siège de Jeune Afrique, sait que la popularité de la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), dont il préside la Commission depuis le 1er mars 2018, est en chute libre. Alors il se démène pour expliquer la décision d’imposer des sanctions au Mali, où les militaires rechignent à quitter le pouvoir.

« Il n’y a pas de bon coup d’État, martèle-t-il. Prendre le pouvoir par la force est toujours néfaste pour l’image d’un pays. » Des propos destinés à Bamako mais qui trouvent un écho à Conakry et à Ouagadougou, où une large partie de l’opinion publique a applaudi à la chute d’Alpha Condé et à celle de Roch Marc Christian Kaboré. Jean-Claude Brou a décidé de faire œuvre de pédagogie, il insiste : les militaires doivent se garder de « s’installer » au pouvoir au mépris des principes fondateurs de la Cedeao.

Des médiations infructueuses

« En Guinée, nous avons expliqué aux autorités que le contexte politique et sécuritaire était bien différent de celui du Mali, et qu’une élection devait être organisée au bout d’une transition de six mois », souligne-t-il. Mamadi Doumbouya, le tombeur d’Alpha Condé, n’a pourtant toujours pas proposé de calendrier pour la transition. La Cedeao a tenté plusieurs médiations, sans succès. Elle s’est résolue à fixer à la Guinée un ultimatum et à la menacer de « sanctions économiques et financières ».

Au Burkina Faso, où les négociations achoppent pour l’instant sur la durée de la transition (la junte a proposé trente-six mois), l’ancien cadre du FMI ne désespère pas de trouver un accord autour d’un calendrier « raisonnable » qui tienne compte de la situation sécuritaire et humanitaire du pays.

Expliquer, convaincre, mais aussi faire le bilan de son propre mandat… Jean-Claude Brou quittera prochainement ses fonctions à la tête de l’organe exécutif de la Cedeao (il est pressenti pour reprendre les rênes de la BCEAO à la suite de Tiémoko Meyliet Koné). De ces quatre ans et demi, il aimerait que l’on retienne la mise en place d’un marché régional de l’électricité, celle d’un visa unique, ou encore cet ambitieux projet d’autoroute entre Abidjan et Lagos pour lequel les investisseurs se sont engagés, au début de mars, à hauteur de 15 milliards de dollars. La réalisation de cet axe, qui traverse cinq pays, va booster les économies de la zone Cedeao, s’enthousiasme-t-il. Mais les putschistes ouest-africains le laisseront-ils savourer son plaisir ?

Jeune Afrique : Crise sécuritaire, coups d’État, instabilité politique… La Cedeao est sollicitée sur plusieurs fronts. Comment gérez-vous cela ?

Jean-Claude Brou : Les crises auxquelles vous faites référence peuvent survenir dans une communauté comme la nôtre et, lorsque cela se produit, il faut les traiter conformément aux dispositions qui régissent l’institution. Avec une certaine persévérance, de la flexibilité mais aussi de la fermeté, on arrive toujours à trouver des solutions.

Dans le passé, nous avons connu des crises bien plus graves. En Gambie par exemple, la Cedeao a dû intervenir par la force pour rétablir l’ordre. Aujourd’hui, ce pays vient d’organiser sa deuxième élection présidentielle démocratique, suivie d’élections législatives que nous avons accompagnées. Nous sommes très heureux de constater que les choses se sont fortement améliorées. Et de savoir que nous y avons contribué de manière claire, ferme et précise.

En moins d’un an, trois pays ouest-africains – le Mali, la Guinée et le Burkina Faso – ont connu des coups d’État. Des sanctions sévères leur ont été imposées. Est-ce la meilleure option ?