Politique

Afghanistan : élection en terrain miné

Des supporters du candidat Zalmay Rasool. Les élections auront lieu le 5 avril.

Des supporters du candidat Zalmay Rasool. Les élections auront lieu le 5 avril. © SHAH MARAI / AFP

Qui succédera à Hamid Karzaï le 5 avril ? Quel qu’il soit, le futur président va être confronté à une tâche écrasante : mener à bien la reconstruction de l’État et la pacification du pays.

Trente-quatre ans après l’invasion soviétique, dix-sept ans après la proclamation par les talibans d’un Émirat islamique et treize ans après l’intervention de l’Otan, l’Afghanistan élira le 5 avril son nouveau président. "C’est la première fois que le pouvoir va être transmis pacifiquement. Avant, c’était toujours par la guerre ou l’assassinat", explique Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), à Paris. Nommé à la présidence en 2001 au lendemain de la chute des talibans, puis reconduit en 2004 et de nouveau en 2009 à l’issue d’un scrutin contesté, le président Hamid Karzaï ne peut briguer un troisième mandat. À son successeur échoira la lourde tâche de poursuivre la reconstruction de l’État et la pacification du pays.

Le pays miné par le tribalisme

Les enjeux sont énormes. La mission de la Force internationale d’assistance et de sécurité de l’Otan (FIAS) – 86 834 hommes, dont 60 000 Américains, en octobre 2013 – s’achèvera le 31 décembre. Elle a échoué à stabiliser ce pays miné par le tribalisme, les trafics, la corruption, et dont une partie du territoire reste sous la coupe des talibans. Après l’élection, les États-Unis avaient prévu de laisser sur place 12 000 hommes, mais Hamid Karzaï, le président sortant, a refusé de signer l’indispensable accord bilatéral, pourtant approuvé par le Parlement. "À l’approche de la fin de son mandat, il joue au nationaliste intransigeant, s’oppose aux États-Unis et n’hésite pas à humilier Barack Obama", commente Pakzad. Mais n’est-il pas trop tard ?

Résolus à torpiller le scrutin, les talibans multiplient les attentats.

Résolus à torpiller le scrutin, les talibans multiplient les attentats. De son côté, Obama a annoncé le 25 février que le dernier soldat américain quitterait l’Afghanistan à la fin de l’année, et Al-Qaïda se prépare à faire son retour. Quant à l’armée afghane, on voit mal comment elle pourrait l’emporter sur les talibans. Bref, le retrait américain a toutes les chances de plonger de nouveau le pays dans le chaos. Le successeur de Karzaï réussira-t-il tout à la fois à ménager le nationalisme afghan et à s’assurer une assistance sécuritaire américaine ? Vingt-sept candidats étaient sur la ligne de départ, une dizaine restent en lice et trois tiennent la corde.

Zalmaï Rassoul a reçu le soutien du sortant, dont il fut un proche collaborateur, par le biais de son frère, Qayum Karzaï, qui s’est retiré de la course à son profit. "Comme Poutine avec Medvedev, le président a choisi un personnage sans envergure pour en faire son homme de paille", commente Pakzad.

Ashraf Ghani n’avait recueilli que 3 % des suffrages à la présidentielle de 2009, mais de nouvelles alliances ont renforcé sa position. Certains soupçonnent que cet ancien de la Banque mondiale pourrait bénéficier des faveurs des États-Unis. "Absurde, estime Pakzad. Comment les Américains pourraient-ils soutenir un candidat résolu à poursuivre la politique de Karzaï ?"

La question des fraudes

Quant à Abdullah Abdullah, il avait accédé au second tour en 2009, mais s’était finalement retiré en dénonçant des fraudes massives. Proche de feu le commandant Massoud, il n’est pas pachtoune, l’ethnie majoritaire, contrairement à ses deux rivaux. "S’il l’emporte, cela signifiera que les élections auront été à peu près régulières et qu’un homme nouveau prend la tête de l’État. Une double légitimité pour lutter contre les talibans et rétablir de bonnes relations régionales et internationales", estime l’analyste.

Reste la question des fraudes. Des irrégularités sont inévitables, mais les Afghans ont fini par s’habituer au système électoral et se détournent des talibans. Une génération de jeunes éduqués a émergé, qui rêve d’un autre avenir que celui des guerres tribales. "Si le scrutin se déroule comme en 2009, ce sera une catastrophe, prévient Pakzad, mais s’il se déroule normalement, alors tout est possible."

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