Politique

Rwanda : quand Kigali accueille les réfugiés rejetés par le Royaume-Uni

Un accord inédit vient d’être signé entre le Royaume-Uni et le Rwanda. Kigali s’engage à accueillir les migrants refusés par le pays de Boris Johnson contre 145 millions d’euros.

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Mis à jour le 15 avril 2022 à 11:03

La ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel et le ministre rwandais des Affaires étrangères Vincent Birutaare à Kigali, le 14 avril 2022. © REUTERS/Jean Bizimana

L’affaire est assez rare pour être signalée : une nouvelle fois, le Rwanda se porte candidat pour accueillir sur son sol des réfugiés africains rejetés par un pays d’accueil, en l’occurrence le Royaume-Uni.

Une immigration consentie qui ferait probablement défaillir les leaders politiques français Marine Le Pen ou Éric Zemmour mais aussi leurs concurrents du premier tour de la présidentielle française, tous – ou presque – convaincus que l’accueil de migrants extracommunautaires ne peut que leur mettre à dos des électeurs obsédés par un supposé « grand remplacement ».

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Le 14 avril, à Kigali, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Vincent Biruta, et son homologue anglaise, Priti Patel, ont annoncé un accord de partenariat portant sur les migrations et le développement économique.

Se « débarrasser » des migrants

« Ce partenariat portera sur cette crise humanitaire urgente qu’il convient de traiter à la racine », indique un communiqué officiel du gouvernement rwandais. En relocalisant les migrants et en investissant dans le développement personnel et l’emploi en faveur des migrants, « nos deux pays prennent des mesures audacieuses pour remédier au déséquilibre des opportunités mondiales, lequel conduit à la migration illégale, tout en démantelant les filières d’incitation qui renforcent les gangs criminels et mettent en danger des vies innocentes, poursuit le texte. Ce partenariat perturbera le modèle commercial des gangs liés au crime organisé et dissuadera désormais les migrants de mettre leur vie en danger. »

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Alors que le prochain sommet du Commonwealth doit se tenir à Kigali à partir du 22 juin, le Rwanda fait une nouvelle fois office de pompier de service pour débarrasser certains pays occidentaux embarrassés par les migrants subsahariens de ce qu’ils considèrent comme un fardeau.

Le Rwanda pourra accueillir « des dizaines de milliers de personnes dans les années à venir »

Depuis 2015, on a ainsi vu ce pays devenir une voie de recours pour l’accueil des Subsahariens ayant trouvé refuge en Libye ou en Israël.

« À partir d’aujourd’hui […], toute personne entrant illégalement au Royaume-Uni, ainsi que celles qui sont arrivées illégalement depuis le 1er janvier dernier, pourront être relocalisées au Rwanda », a ainsi annoncé le dirigeant conservateur Boris Johnson lors d’un discours tenu dans un aéroport du Kent, au sud-est de l’Angleterre.

« Protéger les populations vulnérables »

Le Rwanda pourra accueillir « des dizaines de milliers de personnes dans les années à venir », a-t-il ajouté, affirmant que ce pays de l’Afrique des Grands Lacs est « l’un des pays les plus sûrs au monde, mondialement reconnu pour son bilan en matière d’accueil et d’intégration des migrants ».

« Ce partenariat, portant sur les migrations et le développement économique, reflète l’engagement du Rwanda à protéger les populations vulnérables. Un principe qui a toujours guidé la politique internationale de notre pays”, a résumé le ministre rwandais Vincent Biruta.

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« L’histoire récente du Rwanda nous a sensibilisés à la situation critique des populations qui cherchent la sécurité et la possibilité de trouver refuge sur une terre d’asile », a-t-il ajouté, faisant référence à la situation de la communauté tutsie, dont de nombreux membres, alors persécutés, avaient été contraints à l’exil entre 1959 et 1994.

145 millions d’euros

Le Rwanda a par ailleurs indiqué qu’il recevrait un « investissement initial » de 120 millions de livres sterling [145,2 millions d’euros] dans le cadre de l’accord, ce qui « financerait diverses opportunités pour les Rwandais et les migrants concernés », y compris en termes de formation professionnelle et qualifiante, cours de langue et enseignement supérieur.

Ce partenariat permettra de mettre à mal le ‘business model’ du crime organisé

Le Haut-Commissariat de l’ONU sur les réfugiés (UNHCR) a préféré, pour l’heure, s’abstenir de commenter cet accord, précisant qu’il ne « soutient pas cette logique d’externalisation des obligations des États membres en termes de droit d’asile ».

« Ce partenariat permettra de mettre à mal le ‘business model’ du crime organisé et de dissuader les migrants de mettre leur vie en danger, assurent les autorités rwandaises. Ces derniers seront intégrés aux communautés rwandaises à travers le pays [et bénéficieront d’une] protection pleine et entière » déterminée par les lois rwandaises, ainsi qu’à un égal accès à l’emploi, à la protection médicale et aux services sociaux.