Actualités

RDC : pourquoi Didier Budimbu, le ministre des Hydrocarbures, a été auditionné par l’ANR

Proche de la première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, le ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu, est soupçonné d’atteinte à la sécurité nationale. Après 24 heures à l’ANR, il a été relâché jeudi 14 avril en fin de journée.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 14 avril 2022 à 18:53

Didier Budimbu, ministre congolais des Hydrocarbures. © DR / Ministère des hydrocarbures de RDC

Après une nuit et une journée à l’Agence nationale de renseignements, Didier Budimbu, a été remis en liberté ce jeudi 14 avril au soir, a appris Jeune Afrique. Selon nos informations,  le ministre des Hydrocarbures a été auditionné pour des soupçons d’atteinte à la sécurité nationale.

À Lire RDC : qui constitue le premier cercle de Denise Nyakeru Tshisekedi, l’influente première dame ?

Une vengeance de Gertler ?

On lui reproche notamment des voyages dans la sous-région pour rencontrer un opérateur soupçonné de financer les groupes armés à l’Est de la RDC. On lui reprochait en outre d’avoir mal géré la réserve stratégique de pétrole alors que, ces derniers jours, les files d’attente étaient longues aux abords des stations-services à cause d’un problème de ravitaillement.

« Le ministre n’a jamais été entendu pour une affaire de détournement. Mais plutôt sur une matière sécuritaire. Pour nous, c’est une vengeance de Dan Gertler », assure pour a part un proche de Didier Budimbu. Depuis son arrivée au ministère, il y a un an, Didier Budimbu a en effet tenté de faire bouger les lignes dans son secteur. Il a notamment retiré à l’homme d’affaire israélien, qui vient de signer un accord majeur avec le gouvernement congolais, les permis de deux blocs pétroliers. Cela a permis à l’État de récupérer des actifs évalués à 3 milliards de barils de pétrole.

Proche de la Première dame

Une audition de ministre en fonction n’est pas une première dans l’histoire récente du Congo. En août 2019, Bernard Biando, alors ministre de la Solidarité et des Actions humanitaires, avait été détenu par l’ANR dans le cadre d’une affaire de détournement de plus de 500 000 dollars du Trésor public. Une somme destinée aux sinistrés de Minembwe, dans la province du Sud-Kivu.

Et depuis l’arrestation de François Beya, début février, les craintes se renforcent. « Vital Kamerhe [l’ancien directeur de cabinet du président condamné à 13 ans de travaux forcés], François Beya [ex-conseiller sécurité du président aujourd’hui en détention préventive], aujourd’hui Didier Budimbu… Cela prouve que personne n’est à l’abri », commente un autre ministre.

À Lire RDC – François Beya : auditions, quotidien en prison… L’ex-conseiller de Tshisekedi se confie à ses proches

Ni sa fonction, ni même sa proximité avec la Première dame congolaise, Denise Nyakeru Tshisekedi, n’ont découragé l’Agence nationale de renseignements (ANR) d’auditionner Didier Budimbu durant quelque 24 heures.

Intervention de Félix Tshisekedi

Le proche du ministre qui s’est confié à JA se dit d’autant plus surpris de la tournure des évènements que Didier Budimbu n’avait pas répondu à une convocation mais s’était rendu à une simple invitation de l’administrateur directeur général de l’ANR, Jean-Hervé Mbelu Biosha, qui l’avait officiellement convié à « une séance de travail ». En outre, Didier Budimbu s’est rendu dans les locaux de l’ANR alors que le Premier ministre était absent de la capitale : Jean-Michel Sama Lukonde, de retour d’une tournée dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, n’a atterri que tard dans la soirée, mercredi.

« Que l’ANR auditionne ainsi un ministre en fonction, cela veut simplement dire qu’elle reprend ses méthodes de l’ère Kabila, pourtant si décriées. Elle se croit toute-puissante alors que ses prérogatives sont théoriquement limitées », commente un ministre sous couvert d’anonymat. Selon une source proche de Félix Tshisekedi, le chef de l’État est intervenu personnellement pour demander à l’ANR de libérer Didier Budimbu.