Politique

Tunisie : ce qu’il faut retenir de la visite de Gilles Kepel

En visite à Tunis entre le 11 et le 13 avril, le politologue français, envoyé spécial d’Emmanuel Macron a échangé avec le président Kaïs Saïed, dans un contexte de tensions entre le pays et certains États occidentaux.

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Mis à jour le 14 avril 2022 à 18:08

Le président tunisien Kaïs Saïed (à g.) rencontre Gilles Kepel (à d.), au palais de Carthage à Tunis, le 12 avril 2022. © Tunisian Presidency/ANADOLU AGENCY via AFP

La voie politique dans laquelle s’est engagée la Tunisie depuis les décisions présidentielles du 25 juillet 2021 préoccupe ses partenaires occidentaux. La capitale tunisienne est d’ailleurs témoin d’une activité diplomatique inédite pour un mois de ramadan.

Le 4 avril, la cheffe du gouvernement Najla Bouden recevait ainsi l’ambassadeur américain Donald Blome, pour sa fin de mission, sans qu’un successeur lui soit désigné.

Du jamais-vu dans les relations tuniso-américaines, qui « devrait interpeler les autorités tunisiennes », selon une source de la chancellerie à Tunis. Cette désaffection apparente a été occultée par la visite d’une délégation de parlementaires européens le 13 avril.

Après une rencontre avec le président, des membres du gouvernement, les partis et la société civile, les députés européens ont appelé les autorités tunisienne à renouer avec un dialogue national inclusif et à recourir à l’expertise de la commission de Venise en matière constitutionnelle, alors que l’Europe envisage de débloquer un appui supplémentaire exceptionnel en sus des 20 millions déjà accordés à la Tunisie pour compenser l’impact de la guerre en Ukraine sur la fourniture en céréales.

« L’ère de Jules Ferry est révolue »

Selon nos informations, l’envoyé spécial du président Macron en charge des dossiers du Maghreb, le politologue Gilles Kepel, a également évoqué une intervention de la commission de Venise lors de sa rencontre avec Kaïs Saïed le 12 avril.

Un communiqué de la diplomatie française fait état de « préoccupation s’agissant des derniers développements en Tunisie »

Il a au préalable tenu une conférence à l’École nationale d’administration de Tunis, durant laquelle il a affirmé que « les Européens n’ont plus confiance dans les États-Unis en tant qu’allié stratégique sur lequel ils peuvent compter pour assurer leur défense et leur sécurité ».

La visite de Gilles Kepel intervient quelques jours après un communiqué de la diplomatie française faisant état de « sa préoccupation s’agissant des derniers développements en Tunisie » – référence à la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple par Kaïs Saïed le 30 mars. Une position que n’a guère goûtée le président tunisien, lequel a lâché à son visiteur, en français, après les salutations d’usage en arabe, « l’ère de Jules Ferry est révolue ».

Certains des conseillers de Kaïs Saïed, selon des sources proches du palais, lui suggèrent de solliciter une aide russe pour réduire la dépendance vis-à-vis de l’Europe et des États-Unis. Il aurait pensé un temps à recourir, pour ce faire, aux bons offices d’Alger. Mais les conditions imposées par la guerre, qui font que le gaz algérien concurrence le gaz russe, ne lui permettent plus de l’envisager.