Politique

Cameroun : entre SABC et UCB, sponsors de la CAN, le match continue

Un litige oppose SABC, le « supporter » officiel des Lions indomptables, et UCB, celui de la dernière Coupe d’Afrique des nations. Le premier est soutenu par le président de la Fecafoot, Samuel Eto’o, et le second, par le patron de la CAF, Patrice Motsepe. Récit d’une lutte d’influence.

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Mis à jour le 13 avril 2022 à 16:09

Patrice Motsepe et Samuel Eto’o. © bayonne.balloide-photo.com

Le groupe SABC, filiale camerounaise de l’industriel français Castel, envisage d’attaquer la Confédération africaine de football (CAF) devant la justice suisse. Il affirme en effet détenir « tous les éléments de preuve d’un processus biaisé lors de la sélection du « supporter national » officiel de la compétition. » Cet appel à candidatures avait en effet abouti à la sélection de la société rivale, l’Union camerounaise de brasseries (UCB), qui pèse environ 15 % du marché de la bière et des boissons gazeuses dans le pays.

Fort de son statut, UCB avait donc demandé et obtenu de la CAF un droit d’exclusivité dans son secteur, privant ainsi les entreprises brassicoles concurrentes de toute activité publicitaire liée de près ou de loin à la CAN 2022 (9 janvier-6 février). Mais la situation était complexe : SABC, par ailleurs numéro un du marché, est le sponsor officiel des Lions indomptables, la sélection nationale engagée dans la même compétition.

Les courriers de Samuel Eto’o…

Alors, lorsque la filiale de Castel a construit des fan zones, UCB a saisi la CAF le 17 janvier pour « faire cesser immédiatement ces violations répétées du droit d’exclusivité ». SABC a donc retiré le « branding » de ces espaces, non sans se retourner contre son partenaire, la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), propriétaire de la marque Lions indomptables.

Son président, Samuel Eto’o – dont Patrice Motsepe, le patron de la CAF, avait tenté d’empêcher l’élection en décembre dernier – a adressé des courriers, en vain, à l’instance basée au Caire pour tenter de faire valoir le droit des fédérations nationales à signer des contrats de sponsoring.

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« Aucune disposition pertinente du cahier des charges ne prévoit une exclusivité sectorielle, a-t-il argumenté. Et même s’il en était ainsi, aucune clause valable ne pourrait interdire à l’ensemble de l’industrie brassicole de poursuivre des actions marketing sans rapport avec la compétition pendant la durée de celle-ci. »

… et la sanction de Patrice Motsepe

Quatre semaines après la clôture de la compétition, il fut l’heure de reverser la dotation initiale de 2 200 000 dollars due à la Fecafoot, organisatrice du tournoi. Mais la CAF a annoncé avoir effectué un virement de 1 697 925 dollars nets, après avoir procédé à plusieurs retenues, dont l’une de 500 000 dollars au titre du « litige UCB ». Un montant qui équivaut à celui de l’intégralité du contrat de « supporter national » attribué à cette entreprise fondée par le défunt Joseph Kadji Defosso.

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En revanche, en prélude à la Coupe du monde 2022 au Qatar, pour laquelle le Cameroun est qualifié, UCB a annoncé début février la signature de deux contrats personnels avec le capitaine des Lions indomptables, Vincent Aboubakar, et le buteur Karl Toko Ekambi, alors que son concurrent SABC demeure détenteur d’un contrat d’exclusivité pour les Lions indomptables. Cette fois, c’est la Fecafoot qui a demandé à ses avocats de saisir la justice. Autre initiative de nature à créer des tensions : Secret, une deuxième entreprise appartenant également aux Kadji et spécialisée dans la commercialisation des épices, a utilisé sans en avoir obtenu les droits l’image des Lions indomptables à des fins publicitaires.