Politique

RDC : « C’est facile d’accuser Kabila de tous les maux, mais Tshisekedi a-t-il fait mieux que nous ? »

Crise au sein du FCC, composition de la Ceni, candidature à la présidentielle… Un an après sa nomination à la tête de la plateforme pro-Kabila, Raymond Tshibanda a accepté de répondre à Jeune Afrique.

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 15 avril 2022 à 10:34

Raymond Tshibanda, ancien ministre des Affaires étrangères de RDC sous la présidence de Joseph Kabila. © Camille Millerand pour JA

Il ne parle pas tous les jours à Joseph Kabila mais presque. Il y a seize mois, Raymond Tshibanda s’est vu confier la lourde charge de reconstruire le parti de l’ancien président, une formation anéantie par la rupture du pacte qui la liait à Félix Tshisekedi et dépecée après le départ de nombreux cadres dans le camp rival.

Pourquoi a-t-il été choisi pour conduire le Front commun pour le Congo (FCC) en ces temps tumultueux ? C’est sans doute sa loyauté, sa discrétion et son âge (aujourd’hui 71 ans), qu’il croit synonyme de sagesse, qui lui valent la confiance du chef, avance-t-il.

Souvent en retrait, Raymond Tshibanda compte ses mots et ses prises de parole. Comment la plateforme d’opposition se relève-t-elle ? Quelles alliances est-elle prête à nouer ? Quel candidat se choisira-t-elle pour 2023 ? À un peu plus d’un an et demi de la prochaine présidentielle, l’ancien ministre des Affaires étrangères a accepté de répondre à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Lorsque vous avez été nommé à la tête du comité de crise du FCC, en décembre 2020, cela ne devait être qu’une situation intérimaire. Cela fait maintenant plus d’un an… Pourquoi tant de temps ? 

C’est vrai, nous avons été nommé pour gérer la crise ouverte après le renversement de notre majorité au Parlement. Mais cette crise s’est avérée plus profonde que soupçonnée, il nous a fallu du temps. Nous ne voulions pas faire du rafistolage, nous voulions véritablement refonder le FCC.

Avez-vous été surpris de voir votre majorité renversée ? 

Oui, il faut le reconnaitre. Nous ne nous attendions pas à ce que la Constitution soit à ce point violée par celui qui est censé la défendre, à savoir le chef de l’État. La corruption, les menaces… Détourner une majorité octroyée à un camp politique par le peuple à l’aide de pratiques très peu recommandables, nous étions loin d’imaginer une chose pareille.

Cela a été possible car de nombreux élus de votre camp ont rallié vos rivaux… 

Cette cupidité de la classe politique, c’est un secret de polichinelle. Mais au-delà de l’argent, combien pouvaient résister à la pression politique, aux menaces des services de sécurité, à celle de la dissolution de l’Assemblée nationale ? Quand un chef d’État prend sa volonté personnelle pour la loi suprême, peu de gens parviennent à résister.

La question c’est : « Pourquoi cette alliance a-t-elle été dissoute ? » Le président disait que Kabila l’empêchait de travailler. C’est facile d’accuser Kabila de tous les maux, mais Tshisekedi a-t-il fait mieux depuis un an ? Franchement pas.

Le FCC est un géant, un géant qui dort mais qui va se réveiller

Depuis que l’alliance avec Tshisekedi a été brisée, on a le sentiment que le FCC est sonné, qu’il ne parvient pas à se relever… 

Ce n’est pas parce que nous ne faisons pas de bruit que nous sommes sonnés. Vous ne nous avez pas entendu sur la taxe RAM ? Sur la composition de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante] ? Je peux vous assurer qu’il faudra compter avec nous. Le FCC est un géant, un géant qui dort mais qui va se réveiller.

Vous avez mis sur pied le « bloc patriotique » avec la coalition Lamuka, notamment pour protester contre la nomination de Denis Kadima à la tête de la Ceni. Cette alliance est-elle toujours d’actualité ?

Tout à fait, car les idées qui nous unissent sont toujours d’actualité. Nous sommes convaincus que le processus actuel est vicié et que le résultat va faire pleurer les Congolais. Aller aux élections avec une Cour constitutionnelle et une Ceni aux ordres ne permet pas la transparence du scrutin. Nous voulons arrêter la dérive dictatoriale actuelle.

Une alliance en vue de la présidentielle de 2023 avec Martin Fayulu vous semble-t-elle envisageable ?

Nous sommes prêts à composer avec tous ceux qui partagent nos objectifs.

Même avec Moïse Katumbi ? Joseph Kabila l’avait qualifié de « Judas »… 

Nous ne fermons aucune porte.

Le FCC aura-t-il un candidat en 2023 ?

Le FCC est une des plus grandes forces politiques de ce pays. Il ne peut pas ne pas avoir de candidat.

Ce candidat pourrait-il être Joseph Kabila ?

C’est notre candidat naturel. Et rien n’empêche Joseph Kabila d’être candidat. À lui de faire un choix.

Le parti de Joseph Kabila, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), qui est une des composantes du FCC, vient d’annoncer qu’il tiendrait prochainement un congrès. Comptez-vous en organiser un aussi ? 

Certainement, avant les échéances électorales de 2023. Un calendrier est acté. Je ne peux pas encore vous le dévoiler, mais c’est pour bientôt.

Joseph Kabila est présent mais à sa manière, il n’a jamais été un chef envahissant. Il a le Congo chevillé au corps

Souhaiterez-vous rester à la tête du FCC ? 

Quelle question ! Je n’ai pas demandé à prendre la tête du FCC, j’ai accepté le défi quand on me l’a demandé mais pour moi, diriger le FCC n’est pas un projet de vie.

Quel rôle joue l’ancien président au sein de la plateforme ? On le dit très en retrait de la vie politique…

Beaucoup de choses se racontent, surtout de la part de ceux qui prient nuit et jour pour que Joseph Kabila s’éloigne de la politique. Beaucoup ont peur du bilan de Kabila. En ce qui concerne le FCC, Joseph Kabila est présent mais à sa manière, il n’a jamais été un chef envahissant. Mais il a le Congo chevillé au corps.