Économie

Le patron nigérian de la fintech Flutterwave dans la tourmente

Olugbenga Agboola aurait commis diverses infractions concernant l’activité de sa start-up et aurait également fait preuve de comportements inappropriés vis-à-vis de plusieurs de ses collaboratrices, d’après une enquête du média d’investigation West Africa Weekly.

Mis à jour le 18 avril 2022 à 09:44

Gbenga Agboola, PDG de Flutterwave. © Flutterwave

L’étau se resserre depuis quelques jours autour du cofondateur et PDG de la fintech nigériane Flutterwave. Début avril, Olugbenga Agboola a été accusé « de harcèlement » moral « répété » par une ancienne employée de la start-up la plus valorisée d’Afrique (3 milliards de dollars, depuis sa levée de fonds de 250 millions de dollars en série D, conclue en février).

Une semaine plus tard, le 12 avril, voici que celui que d’aucuns surnomment « GB », ex-directeur technique promu PDG en 2018 après le départ d’Iyinoluwa Aboyeji, est à nouveau pointé du doigt pour des dérives en tous genres par West Africa Weekly, un média d’investigation nigérian.

Délit d’initié

La longue enquête rédigée par David Hundeyin – qui a par ailleurs collaboré avec The Africa Report, un média appartenant au groupe Jeune Afrique – entend démontrer, preuves à l’appui, que dès les premiers jours de la création de Flutterwave, en 2016, GB et Adeleke Adekoya, autre cofondateur de Flutterwave, ont usé de leurs postes respectifs au sein d’Access Bank pour servir leurs propres intérêts.

De tels soupçons auraient impliqué une enquête du gendarme boursier américain

« En d’autres termes, pendant au moins deux ans, GB a eu le champ libre pour utiliser les actifs d’Access Bank au profit de Flutterwave, à l’insu d’Access Bank ou de la plupart des parties prenantes externes de Flutterwave », affirme l’auteur de l’enquête qui souligne s’être entretenu avec 17 employés actuels et ex-employés de la fintech nigériane. Une pratique qui, selon lui, relèverait du délit d’initié.

Et le journaliste d’ajouter que de tels soupçons auraient impliqué une enquête du gendarme boursier américain (US Securities and Exchanges Commission, SEC), dans la mesure où Flutterwave est enregistré dans le Delaware et son siège social se trouve en Californie — comme nombre de ses homologues dont l’objectif est d’attirer des investisseurs internationaux pour soutenir leur croissance. Contactés, ni la SEC ni Access Bank ne sont revenus vers nous à l’heure de la publication de cet article.

Audience aux États-Unis

Sans toutefois présenter de preuves tangibles sur ce point, l’enquête de West Africa Weekly précise qu’en 2018, GB, Iyin Aboyeji et Herbert Wigwe, le directeur général d’Access Bank, se seraient rendus à Washington afin de témoigner sous serment face à la SEC. Au cours de l’audience, les trois chefs d’entreprises auraient affirmé que GB n’a jamais travaillé simultanément chez Flutterwave et Access Bank. La SEC n’a pas confirmé ni infirmé l’existence d’une telle audition auprès du journaliste, ni si une enquête est actuellement menée sur cette affaire.

De son côté, Iyin Aboyeji, qui détenait 15 % de la société, a affirmé sur le réseau social Twitter s’être rendu seul à cette audition : « J’y suis allé et nous avons été blanchis. David [Hundeyin, ndlr] aurait dû m’appeler pour faire un commentaire, mais il se fiche de la vérité ».  Il a par ailleurs confirmé l’existence d’une enquête de la SEC qui aurait été clôturée en septembre 2017.

Contactés par Jeune Afrique, ni les services communications de Flutterwave, ni Olugbenga Agboola, ni Iyinoluwa Aboyeji n’ont donné suite à nos sollicitations.Ce dernier a en revanche affirmé sur Twitter qu’il engagerait des poursuites judiciaires contre David Hundeyin.

Soupçons de fraude

Des accusations de fraudes sont également portées sur des aspects opérationnels de l’entreprise. Toujours selon l’enquête, le PDG de Flutterwave aurait revendu, à plusieurs reprises, des actions de la société à ceux de ses employés qui voulaient exercer leur option d’achat, et ce, à un prix plus bas que celui du marché. Certains n’auraient, de surcroît, jamais été payés, affirme l’enquête, citant des témoignages concordants d’anciens salariés.

À titre d’exemple, à plusieurs reprises, selon l’investigation de David Hundeyin, Mastercard s’est plaint de transactions frauduleuses et de « rétrofacturations » sur Flutterwave. Toujours selon l’article, l’un des principaux comptes de Flutterwave en volume de transactions, la compagnie aérienne nigériane Arik Air, n’aurait jamais signé de contrat en bonne et due forme avec la start-up. « La raison pour laquelle personne n’a acheté Flutterwave est que la majorité de leurs transactions ne passeraient jamais la conformité », conclut une source anonyme citée dans l’article.

Harcèlement sexuel

D’autres allégations concernent « le comportement toxique » du patron et de son directeur des opérations et beau-frère, Ife Orioke. « En 2019, une campagne sur Twitter et par courriel contre [GB] et le CCO Ife Orioke par un compte anonyme appelé “Eko Minaj” a entraîné la perte d’un investisseur potentiel. Le militant anonyme les a accusés à plusieurs reprises d’abuser de leur position de pouvoir pour coucher avec de nombreuses femmes chez Flutterwave. »

En réaction, le patron de la jeune pousse a convoqué une réunion générale autour de la prévention de telles dérives.