Politique

Algérie : entre le cas Belmadi et le vrai faux départ d’Amara, la crise se prolonge à la fédération de football

Depuis l’élimination de l’Algérie par le Cameroun lors des qualifications pour la Coupe du monde 2022, la fédération traverse une zone de turbulences qui semble appelée à se prolonger. Des tensions sont apparues entre le président Charaf-Eddine Amara, qui démissionnera prochainement, et des membres du bureau.

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Mis à jour le 13 avril 2022 à 10:35

Charaf-Eddine Amara, le président de la Fédération algérienne de football lors du match retour des éliminatoires africaines de la Coupe du monde Qatar 2022 entre l’Algérie et le Cameroun au stade Mustapha Tchaker, à Blida le 29 mars 2022. © APP/NurPhoto via AFP

Aujourd’hui, l’avenir de Djamel Belmadi (46 ans) à la tête de la sélection nationale algérienne est presque devenu secondaire. Sous contrat jusqu’à la fin de l’année 2022 – comme l’ensemble de son staff technique – l’ancien milieu de terrain de l’Olympique de Marseille est en pleine phase de réflexion sur son avenir, après l’élimination de son équipe le 29 mars dernier à Blida face au Cameroun (1-2) lors du dernier tour des qualifications pour la Coupe du monde 2022.

Une rumeur l’a même expédié en Tunisie, une fake news rapidement démentie par la Fédération tunisienne de football (FTF). Selon plusieurs sources, Belmadi pourrait se prononcer après le 21 avril, date à laquelle la FIFA rendra son verdict après que la FAF a déposé un recours à propos de l’arbitrage du Gambien Bakary Gassama pour faire rejouer le match face aux Camerounais.

Amara suspend et renvoie

Mais l’actualité du football algérien est depuis plusieurs jours vampirisée par la crise qui agite la Fédération algérienne de football (FAF). Le 31 mars, Charaf-Eddine Amara a présenté sa démission et confié l’intérim à Mohamed Maouche (86 ans), chargé notamment de convoquer une assemblée générale élective dans les soixante jours.

Mais face aux critiques sur l’âge de Maouche et après avoir constaté que tous les membres du bureau de la FAF, élus comme lui en avril 2021, n’avaient pas l’intention de partir, Amara s’est ravisé, estimant que sa démission ne pouvait être présentée que devant l’Assemblée générale qui l’a élu.

Et la machine s’est emballée. Mouldi Aissaoui, ancien ministre des Sports et membre du bureau fédéral, a qualifié Amara « d’incompétent » dans la presse après que ce dernier a décidé de renvoyer Réda Abdouche, le président de Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG).

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Selon les statuts de la FAF, un président démissionnaire n’a pas le droit de mettre un terme aux fonctions d’un membre de l’instance. Amara ne s’est pas arrêté à cette disposition puisqu’il a suspendu Mouldi Aïssaoui ainsi qu’Amar Bahloul, le 11 avril.

Une partie majoritaire du bureau fédéral – lequel compte 12 membres – refuse le retour d’Amara et a pris acte de la nomination de Maouche pour assurer l’intérim. Le 17 avril, comme l’a confirmé le démissionnaire, une réunion se tiendra à Alger, au terme de laquelle la date de l’AG élective sera fixée. Même si, selon nos informations, certains membres du bureau fédéral envisageraient de refuser la démission d’Amara et souhaitent le convaincre d’aller au bout de son mandat, en avril 2024. Mais le principal intéressé ne serait pas emballé par cette perspective.

Dans quelques semaines, le football algérien aura probablement un nouveau patron. Pour l’instant, Walid Sadi, un ancien membre du bureau fédéral entre 2009 et 2014 est pressenti, ainsi que Djahid Abdelouahab Zefzef, manager général de la sélection et ancien membre du même bureau lorsque Mohamed Raouraoua présidait la FAF.

Changement de cap

« Dans l’idéal, il faudrait que l’instance soit dirigée par quelqu’un qui connaît le football et soit porteur d’un projet, et pas seulement pas un gestionnaire. Il faut une personne d’expérience, avec des objectifs précis. L’Algérie doit vraiment professionnaliser son football, mais cela ne pourra pas se faire sans l’intervention de l’État », explique l’ancien international et ex-sélectionneur algérien Ali Fergani.

Avant de développer : « Actuellement, sur les 18 clubs de Ligue 1, seuls cinq (CR Bélouizdad, USM Alger, CS Constantine, MC Alger et JS Saoura) sont dirigés par des grosses sociétés d’État. Les autres connaissent de grosses difficultés financières, peinent à payer leurs salariés et ne peuvent pas vraiment rivaliser. »

Est-il normal qu’à quelques semaines des qualifications pour la CAN 2023 on ne sache pas encore si Belmadi va poursuivre ou non sa mission ?

La lecture du classement du championnat d’Algérie est assez révélatrice, puisque quatre des cinq premières places – Bélouizdad, Saoura, MC Alger et CS Constantine – sont occupées par les clubs les mieux armés financièrement (l’USMA est 7e).

« Les dirigeants des autres clubs devraient dire au prochain président qu’il faut changer les choses. Si le football algérien se structure, s’il forme ses joueurs, son championnat sera plus compétitif, les joueurs prendront plus de valeur, et cela bénéficiera aussi à la sélection nationale, qui pourra à la fois compter sur ses binationaux et sur de bons footballeurs locaux. Le problème, c’est qu’en Algérie, presque tous les efforts sont faits pour la sélection, et trop peu pour le football local. »

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Un dirigeant d’un club professionnel ayant souhaité conserver l’anonymat est du même avis, mais doute d’un réel changement de cap. « D’abord, il faut s’attendre à ce que le prochain président ait les faveurs du pouvoir, comme pour chaque président de la FAF. Avec Amara, on a eu quelqu’un ne connaissant pas bien le football, même s’il a dirigé le CR Bélouizdad auparavant. C’est un gestionnaire. Or il faut un président qui puisse avoir de l’expérience, un projet, une certaine indépendance… »

Certains acteurs du football algérien aimeraient qu’un ancien joueur de renom se déclare candidat, comme le confirme Yazid Ouahib, chef des sports du quotidien El Watan.

« Mais aucun n’est en situation de le faire, puisque pour cela, il faut être membre de l’Assemblée générale. Ce qui est désolant, c’est que si certaines fédérations africaines avancent, certes parfois très lentement, la nôtre stagne, et même régresse. Est-il normal qu’à quelques semaines du début des qualifications pour la CAN 2023, début juin, on ne sache pas encore si Djamel Belmadi va poursuivre ou non sa mission ? La FAF a du mal à se projeter à quelques jours, alors comment lui demander d’avoir une vision pour les dix prochaines années ? »