Scène de liesse à Brazzaville chez des supporters de Denis Sassou Nguesso après sa réelection à la présidence du Congo, le 24 mars 2016. © EDUARDO SOTERAS/AFP.

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Politique

Congo : Lissouba, Kolélas… l’opposition en famille

À l’approche des législatives, les partis sont empêtrés dans des querelles internes. Jérémy Lissouba pourrait-il fragiliser le leadership de Pascal Tsaty Mabiala au sein de l’Upads ? Et qui pour succéder à Guy-Brice Parfait Kolélas, décédé l’an dernier, à la tête de l’UDH-Yuki ?

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Mis à jour le 9 mai 2022 à 12:20

Pascal Tsaty Mabiala, secrétaire général de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads) et chef de file de l’opposition congolaise. © LAUDES MARTIAL MBON/AFP

Qu’il semble loin le temps – pourtant pas si éloigné – où l’opposition congolaise proposait de s’unir en vue de participer aux scrutins législatifs et locaux de 2022. En juin 2021, quelques mois seulement après la réélection de Denis Sassou Nguesso (DSN), Pascal Tsaty Mabiala, premier secrétaire de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads) et chef de file officiel de l’opposition, avait saisi au bond la proposition d’unité alors avancée par Clothaire Moussa, le président du Comité d’action pour le renouveau (CAR), estimant même « que c’était la seule façon de résister au parti au pouvoir ».

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Un an plus tard et à quelques semaines des législatives, attendues en juillet, le Parti congolais du travail (PCT) peut dormir tranquille. Bien sûr, la Fédération de l’opposition congolaise (FOC), constituée hier autour de Claudine Munari, aujourd’hui de Clément Mierassa, ainsi que du Collectif des partis de l’opposition de l’ancien ministre Mathias Dzon, maintiennent une certaine illusion. Mais ils ne réunissent sous leur nom que des partis non reconnus officiellement, à l’audience des plus confidentielles.

Guerre de succession

Au sein de l’opposition officielle, l’idée même d’une véritable union ne semble plus d’actualité auprès des principaux partis, dont certains laissent même éclater leurs divisions au grand jour. C’est le cas de l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki), pas certaine de survivre très longtemps à la disparition de son chef, Guy-Brice Parfait Kolélas, décédé du Covid-19 le 22 mars 2021, quelques heures après la clôture du scrutin présidentiel.

L’absence du leader a exacerbé les rivalités

Depuis les 15 % de suffrages qu’il avait récoltés en 2016 face à DSN, le fils de Bernard Kolélas apparaissait comme le principal rival du chef de l’État congolais, plus encore après la décision de Pascal Tsaty Mabiala de ne pas participer à la présidentielle de 2021. Alors qu’il était évacué en avion médicalisé vers Paris, Kolélas recueillait 7,84 % des voix, plaçant ainsi l’UDH-Yuki au rang de premier parti d’opposition du pays.

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Un héritage que les successeurs de Guy-Brice Parfait Kolélas auraient pu chercher à faire fructifier s’ils n’avaient pas engagé une guerre de succession qui ne dit pas son nom. « L’absence du leader a exacerbé les rivalités », regrette Christian Rodrigue Mayanda, le secrétaire général de l’UDH-Yuki. Le parti a bien médiatisé sa réconciliation en mars, mais le mal semble profond et il n’est pas certain, aujourd’hui, que tous les militants partent aux élections sous la même bannière.

Euloge Landry Kolélas se verrait bien faire une OPA sur le parti de feu son aîné

D’autant plus que, sur le duel qui oppose aujourd’hui les deux vice-présidents du parti, Pascal Ngouanou et Gilles Fernand Bassindikila, plane aussi l’ombre d’Euloge Landry Kolélas, le frère cadet de Guy-Brice. Le président du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) – créé par leur père dans les années 1990 – se verrait bien faire une OPA sur la formation politique de feu son aîné. Déjà, ambitionne-t-il de se présenter à Kinkala, dans une circonscription détenue depuis 2007 par Guy-Brice Parfait, avec comme second objectif de renforcer sa position personnelle dans le fief familial du Pool, qu’il rêve d’apporter dans l’escarcelle de la majorité présidentielle, où figure en bonne place son MCDDI.

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Jérémy Lissouba, député de Dolisie, président du groupe parlementaire de l’Upads. © DR

Jérémy Lissouba, député de Dolisie, président du groupe parlementaire de l’Upads. © DR

Fragile leadership

Dans les rangs de l’Upads, qui a fêté ses trente ans d’existence en septembre 2021, l’unité est encore au moins de façade. « Pascal Tsaty Mabiala tient toujours les rênes du parti », confirme un diplomate en poste à Brazzaville. Reste que la réintégration, le 13 mars, d’Honoré Sayi, provoque quelques remous dans les rangs de la formation. Il avait été mis « en réserve du parti » après être entré au gouvernement en mai 2021, et remplacé à la présidence du groupe parlementaire par Jérémy Lissouba, député de Dolisie, devenu, depuis, de plus en plus visible au sein du parti créé par son père, l’ancien président Pascal Lissouba.

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À bientôt 40 ans, le « fils de », remarqué pour sa verve oratoire, s’est fait un prénom à la tête des députés de son groupe. Son émergence pourrait fragiliser le leadership de Pascal Tsaty Mabiala, dont le refus de se présenter à la dernière présidentielle n’a pas toujours été bien compris de ses troupes. À moins que l’Upads ne finisse par rejoindre la majorité présidentielle, nombre d’analystes politiques estimant que les différences idéologiques avec le PCT sont aujourd’hui des plus ténues. « La question est de savoir si l’Upads est plus utile au pouvoir dans la majorité que dans l’opposition », résume un observateur de la scène politique congolaise.