Politique

M23 en RDC – Tshisekedi, Kagame, Museveni et Kenyatta : dans le secret du sommet de Nairobi

En marge de la signature du traité d’adhésion de la RDC à l’EAC, Félix Tshisekedi, Paul Kagame, Yoweri Museveni et Uhuru Kenyatta se sont discrètement retrouvés.

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Mis à jour le 12 avril 2022 à 18:05

La RDC a officiellement rejoint l’EAC, ici à Nairobi, le 8 avril 2022. © EAC

Il n’y a eu ni photo, ni communiqué final. À Nairobi, en marge de la cérémonie de signature du traité d’adhésion de la RDC à la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC), les présidents Félix Tshisekedi, Paul Kagame, Yoweri Museveni et Uhuru Kenyatta se sont entretenus à huis clos le 8 avril. Très peu d’informations ont filtré sur le contenu de leurs discussions que l’on qualifie, dans l’entourage de Tshisekedi, de « franches mais difficiles ».

Si, du côté de Kigali, on insiste sur le fait qu’il s’agissait surtout d’évoquer la question de l’intégration de la RDC dans ce nouveau bloc régional, plusieurs sources diplomatiques et présidentielles à Kinshasa assurent qu’un autre dossier était au cœur des discussions : celui de la résurgence du M23.

Dialogue avec les rebelles

Cette question, qui avait déjà été abordée lors de la rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame le 24 mars, à Aqaba (Jordanie), est revenue sur la table ces dernières semaines avec la multiplication des affrontements entre des membres de ce mouvement rebelle et l’armée congolaise dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Pourtant défait militairement en 2013, le M23 fait preuve d’un surprenant regain d’activité depuis novembre 2021. Les raisons en demeurent incertaines, mais la reprise des combats a réveillé les suspicions d’un soutien du Rwanda.

À la suite de la reprise, le 27 mars, des affrontements entre des éléments du M23 et des Forces armées de la RDC (FARDC), ainsi que de l’adhésion de Kinshasa à l’EAC deux jours plus tard, les discussions entre Félix Tshisekedi et Uhuru Kenyatta pour convenir d’un sommet quadripartite organisé en même temps que la cérémonie de signature du traité se sont intensifiées.

Selon plusieurs sources diplomatiques et certains proches de Tshisekedi, les chefs d’État se sont accordés sur la nécessité de s’entendre pour trouver une solution non militaire. Les mêmes sources confirment que ce dernier a accepté le principe d’organiser des discussions avec les membres du M23.

Craintes

Ce dialogue pourrait débuter « d’ici à deux semaines », mais on ne sait pas encore à quel niveau de l’État. Le dossier du rapatriement des membres du M23 encore installés au Rwanda et en Ouganda est, pour le moment, géré à Kinshasa par le Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, dirigé par Claude Ibalanky.

Reste qu’un dialogue potentiel avec les rebelles soulève certaines craintes, notamment au sein de différentes chancelleries et ce, alors qu’un nouveau programme de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR) vient d’être lancé. Le dossier est en tout cas suivi de près à Kinshasa comme à Nairobi, où siège la mission de l’envoyé spécial de l’ONU pour les Grands Lacs, Huang Xia. Selon nos informations, la patronne de la Monusco, Bintou Keïta, s’est également entretenue avec Félix Tshisekedi quelques jours avant le déplacement du président congolais à Nairobi.