Politique

Maroc : voyage au cœur de la Boutchichiya

Le temps d’un week-end, à Madagh, au cœur de la zaouïa Qadiriya Boutchichiya, Jeune Afrique a rencontré Sidi Jamal, le grand maître de cette confrérie soufie dont l’influence dépasse les frontières du royaume.

Réservé aux abonnés
Par - à Madagh
Mis à jour le 30 avril 2022 à 16:27

Le grand maître Sidi Jamal-el-Dine al Qadiri al Boutchichi à Madagh, le 18 mars 2022. © HOC pour JA

Sur la petite route qui mène à Madagh, à une dizaine de kilomètres de Berkane, la blancheur des orangers en fleurs tranche avec la grisaille du ciel pluvieux de ce vendredi de mars. Les averses de la veille ont cédé la place à un petit crachin serré. Impossible d’y voir clair à plus de 500 mètres.

Dans cette région agricole de l’Oriental – à deux pas de la frontière algérienne –, la pluie est vécue comme une aubaine, la sécheresse ayant mis à mal les ressources en eau et l’économie du pays. « Al-hamdou lillah, Dieu est grand ! », commente sobrement Redouane, le chauffeur qui nous conduit à la bourgade de 14 000 habitants, fief de la confrérie soufie Qadiriya Boutchichiya.

Dès notre arrivée aux portes de la ville, avant même de descendre de voiture, nous sommes interpellés par un homme en burnous qui monte la garde. « C’est pour une ziyara ? Chez qui allez-vous ? », s’enquiert-il, avant d’aller chercher celui qui semble être le responsable de la sécurité.

À Lire Maroc-Sénégal : un axe contre l’extrémisme religieux

Quelques coups de téléphone plus tard, nous sommes invités à attendre à l’intérieur de l’un des nombreux salons de réception du siège de la confrérie. Là, entre le portrait du grand maître de la confrérie, Sidi Jamal, et celui de son défunt père, Sidi Hamza, nous patientons en regardant la télévision.

Sourire permanent

Sur l’écran défilent des extraits des éditions précédentes des Rencontres mondiales du soufisme, événement organisé chaque année par la Fondation Moultaqa – présidée par Sidi Mounir al-Qadiri Boutchichi, fils aîné du cheikh.

À l’approche de l’appel de la prière du zohr (celle du midi), les couloirs alentours bruissent d’allers et venues. Puis c’est le branle-bas de combat : direction la Grande Mosquée de Madagh pour la prière du vendredi.

Construite sous l’impulsion de Sidi Jamal, ce bâtiment à l’architecture néo-mauresque peut accueillir jusqu’à 10 000 fidèles. Démesuré pour une ville de cette taille ? Voire. L’édifice accueille de grands événements religieux annuels tels que la Nuit du Destin, ou encore lors du Mawlid an-nabawi, la fête qui commémore la naissance du Prophète Mohammed. Des milliers de visiteurs déferlent alors sur Madagh.

À la fin du prêche, auquel ont assisté les notables de la région, des nuées d’adeptes se précipitent pour baiser la main du cheikh et recevoir sa baraka – bénédiction. Très affable, patient, l’homme en jellaba de laine blanche ne se départit à aucun moment de son sourire malgré son âge avancé (80 ans). Il faut l’intervention de sa garde rapprochée pour mettre un terme aux sollicitations.

Nous le retrouvons finalement autour d’un couscous auquel nous sommes conviés avec quelques-uns de ses proches. Se trouver dans le cercle restreint du cheikh, partager un plat – plusieurs en vérité : couscous, pastilla, méchoui et autres délices de la cuisine marocaine – avec lui et son cercle restreint est un privilège rare qui fait rêver tous les adeptes de l’ordre.

Il s’enquiert de la santé, de la vie de famille des personnes présentes, les encourage à se dépasser professionnellement. Et le cheikh ne parle pas que de spiritualité. Grand fan de foot, sport qu’il pratiquait jeune, il évoque le match MAS-FAR et les débordements des ultras qui ont fait la une de la presse marocaine cette semaine-là.

À Lire Maroc – Ultras : pourquoi tant de violences dans les stades ?

En bon pédagogue, il adapte son discours à son interlocuteur, et donne la réplique aussi bien aux intellectuels qu’aux faqirs portés par leur seule foi… « Le soufi est comme l’eau, il prend la forme du verre qui le contient », nous dit-il pour illustrer l’esprit de cet islam ancré dans son temps et son espace.

Le mausolée SIdi Hamza Qadiri Boudchichi à Madagh, 19 mars 2022. © HOC pour JA

Le mausolée SIdi Hamza Qadiri Boudchichi à Madagh, 19 mars 2022. © HOC pour JA

« La vraie connaissance ne s’obtient qu’avec humilité. La démarche pour s’acheminer vers elle est semblable à celle d’une personne qui veut boire l’eau d’un ruisseau : elle devra se baisser pour boire. L’eau est toujours située dans le lieu le plus bas, il nous faut être comme l’eau », insiste le maître.

Une aura qui proviendrait du fait qu’il est dépositaire du « sirr », ce secret spirituel qui se transmet de génération en génération

Vénéré par des centaines de milliers de disciples dans le monde – parmi lesquels des intellectuels, des hommes d’État, des artistes, mais aussi des personnes lambda, Sidi Jamal est un homme (presque) comme les autres.

Avec ses airs de grand-père bienveillant, il affiche un visage serein, « illuminé par la lumière du Créateur », comme se plaisent à répéter ses disciples. Une aura de saint qui proviendrait du fait qu’il est dépositaire du « sirr », ce secret spirituel qui se transmet de génération en génération, d’un cheikh à l’autre – dans son cas, de père en en fils.

Succession en douceur

Venus d’Irak, les ancêtres de Sidi Hamza s’établirent dans la partie orientale du Maroc vers le milieu du XVIIe siècle, dans la région des Béni Snassen. La confrérie est dite « Qadiriya » en référence à son fondateur, Abdel Qader al-Jilani, grand maître soufi qui vécut à Bagdad au XIIe siècle.

Sidi Jamal al-Qadiri Boutchichi est le fils aîné de feu cheikh Sidi Hamza (1922- 2017). Il est né à Madagh en 1942, l’année même où son père et son grand-père, Sidi Hajj Abbas (1890-1972), commencèrent leur initiation avec le cheikh Sidi Abou Madyan (1873-1957).

Ce dernier avait lui-même hérité du secret spirituel de plusieurs maîtres, notamment issus des voies Chadhiliya et Tijaniya. Il s’installa ensuite à Madagh, dans le centre spirituel fondé au début du XXe siècle par l’aïeul Sidi Hajj Mokhtar (1853-1914), figure de la résistance contre l’occupation française dans l’Oriental et leader des tribus des Beni Snassen.

« Le père de Sidi Jamal lui portait un très grand amour et lui accorda la faveur de demeurer dans son entourage intime jusqu’à sa mort. Sidi Jamal est resté ainsi à son service, veillant avec attention au moindre de ses besoins », raconte l’un des proches du grand maître.

En parallèle de ce compagnonnage, il a appris à Madagh le Coran et les sciences islamiques, avant de poursuivre son cursus scolaire (bilingue, en français et en arabe) au lycée Moulay-Idriss de Fès. Après l’obtention de son baccalauréat lettres, il poursuit sa formation en passant une licence en sciences de la loi islamique à la Faculté de la charia de Fès.

À Lire Maroc : les rites soufis d’Afrique à l’unisson au festival des musiques sacrées de Fès

Plus tard, il rejoindra la célèbre école des sciences religieuses islamiques Dar al-Hadith al-Hassaniya pour un 3e cycle d’études supérieures, couronné par un doctorat d’État qu’il soutiendra en 2001 en présentant une thèse intitulée « L’institution de la zaouïa au Maroc, entre tradition et modernité ». Il s’y livre à un plaidoyer pour un renouveau de l’institution afin qu’elle puisse relever les défis du monde actuel et retrouver son rayonnement d’antan – mis à mal au lendemain de l’indépendance.

Mais comme le veut la tradition soufie, le futur cheikh se plie à une exigence séculaire, la quête de Dieu n’ayant pas vocation à soustraire l’homme à ses devoirs ici-bas. Pas même pour l’héritier d’une grande zaouïa… Sidi Jamal a ainsi choisi de mener une carrière d’enseignant dans l’Éducation nationale.

Il a été ainsi professeur à la fois de français et d’arabe, puis inspecteur de la province de Berkane. Un choix de carrière qui lui a permis de se préparer aux tâches qui lui seront confiées par la suite au sein de la zaouïa.

« Sidi Jamal a toujours cultivé le goût de la transmission, estimant que celle-ci atteignait l’excellence lorsque l’amour et le respect fondent la relation entre l’enseignant et l’élève », rappelle son entourage.

Franc-maçonnerie à la marocaine ?

En 2017, à la mort de Sidi Hamza, Sidi Jamal devient le guide spirituel de la confrérie. Cette succession s’est effectuée de façon fluide. La constitution non écrite de la zaouïa dispose que le cheikh nomme son héritier de son vivant pour éviter toute lutte pour le pouvoir et assurer une transition en douceur, un peu sur le modèle de la monarchie alaouite, dont les Boutchichi sont de grands soutiens.

« Ceux qui ont connu cheikh Hamza ont pu croire, devant la ferveur et le dévouement de ses disciples, que la zaouïa serait affaiblie, fragilisée par sa disparition. Il n’en fut rien. C’est même le contraire », souligne l’un des adeptes.

« La confrérie ne cesse de se renforcer aux quatre coins de la planète. Le vaste travail de modernisation et d’ouverture sur le monde entamé par le maître disparu se poursuit aujourd’hui avec son fils », renchérit notre guide durant cette visite au cœur de l’un des grands réacteurs de l’islam – et du pouvoir – marocain.

À Lire Maroc : Makhzen, mode d’emploi… Les confidences exclusives d’Abdelhak El Merini, porte-parole du Palais

Les valeurs que porte la confrérie, sa méthode, basée sur l’éducation, le travail, l’effort individuel dans la quête spirituelle, la confraternité, fait d’elle un acteur majeur de la politique religieuse du royaume par le biais de relais et d’antennes locales en Afrique, en Europe, aux États Unis, au Canada, en Australie, en Asie…

Certains voient dans cette confrérie de l’Oriental une sorte de franc-maçonnerie qui ne dirait pas son nom

Dans ces extensions de la zaouïa-mère, les adeptes de la confrérie se retrouvent parfois plusieurs fois par semaine pour effectuer des dhikr (la remémoration de Dieu), des wird (invocation mystique) et des samaâ (audition spirituelle), conformément aux préceptes de la « tariqa » (la méthode de la zaouïa).

Des réunions où se retrouvent des disciples de toutes origines sociales, des intellectuels au grand public en passant par de puissants hommes d’affaires, des diplomates, des hauts commis de l’État, des officiers de l’armée et des services sécuritaires, des cadres du privé.

Au point que certains voient dans cette confrérie de l’Oriental une sorte de franc-maçonnerie qui ne dirait pas son nom, une confrérie religieuse qui se serait muée en réseau mondial influent, à l’intersection des pouvoirs politique et économique.

« C’est vouloir transposer un concept occidental… conteste un proche du cheikh. L’esprit du soufisme est très différent de celui qui prévaut au sein de la franc-maçonnerie. Et puis si vous voyez une personne régulièrement lors de séances de dhikr, cela crée des liens… c’est naturel de faire ensemble des affaires ou de s’entraider. »

Veillée religieuse

Ce réseau tentaculaire, nous avons eu l’occasion d’en prendre la mesure. Ce jour-là, qui coïncide avec le 15 chaabane, une date où des veillées religieuses sont organisées un peu partout dans le royaume, la zaouïa reçoit des personnalités marocaines (dont on nous a demandé de taire les noms par respect de leur intimité spirituelle) et étrangères venues assister à cette cérémonie de ce mois qui précède le mois sacré du ramadan.

Une veillée religieuse est organisée le lendemain, samedi : en fin d’après-midi pour les femmes, le soir pour les hommes. Nous assistons à celle des initiées de la gent féminine (appelées « faqirate ») venues en nombre saluer le cheikh (ziyara) et assister à une séance collective de dhikr et de samaâ.

La soirée se prolonge jusqu’au petit matin dans plusieurs pièces de la zaouïa, à grands coups de dikhr, musique soufie, chants religieux, entrecoupés de moments de repos dans les salons adjacents et les dortoirs, où l’on prend des nouvelles les uns des autres, et où l’on échange à bâtons rompus sur le foot, l’élection présidentielle française, les affaires…

Certains refont leurs ablutions dans l’une des innombrables salles de bain mises à disposition par la confrérie, pendant que d’autres se restaurent : soit dans l’une des nombreuses salles de réfectoire de la zaouïa où sont servis aux disciples profusion de mets, témoins de la générosité légendaire des Boutchichi – soupe de blé concassé dite « tchicha » (qui a donné son nom à cette branche de la Qadiriya, l’un des ancêtres de Sidi Jamal ayant sauvé de nombreux nécessiteux lors d’une famine en leur offrant de la tchicha), agneau aux pruneaux et autres plats traditionnels marocains.

Certains préfèrent commander des sushis, des pizzas, des tacos… livrés depuis Berkane ou même Oujda ! Le tout sur fond d’odeur d’encens, de fleur d’oranger, de musc, de bois de cèdre et des mille et une senteurs qui font l’art de vivre marocain.

À Lire Maroc: un millier de soufis réunis autour d’un « islam tolérant »

Plus qu’une simple veillée, ces soirées sont un défi logistique et diplomatique de taille pour la zaouïa, où aucun détail n’est laissé au hasard. Plus tard, en allant prendre congé du cheikh et de son fils Sidi Mounir, nous aurons également un aperçu des coulisses, où de nombreuses personnes s’affairent, téléphone au poing pour le bon déroulement de la veillée religieuse.

Le cheikh reçoit des délégations d’adeptes venues du Mali, du Nigeria, du Canada, d’Angleterre, de Tunisie…

Venus dans leur voiture personnelle, en co-voiturage ou en bus, les convois de faqirs affluent de toutes les villes du royaume, et chacun prend sa place selon un ordre immuable.

Dans le carré VIP, défilent de grandes personnalités marocaines, mais aussi étrangères. Le cheikh reçoit lors de pauses dans des appartements dédiés des délégations d’adeptes venues du Mali, du Nigeria, du Canada, d’Angleterre, de Tunisie… comme dans une sorte de ballet diplomatique. Son fils et héritier, Sidi Mounir, quadragénaire, l’épaule dans ces fonctions protocolaires, se relayant avec son père pour faire le « swab » (politesse) dû aux convives du seigneur des lieux.

« Ces visites ont lieu toute l’année. Sidi Jamal accueille chaque samedi les disciples aux soirées de samaâ. En toutes occasions, il se montre disponible et bienveillant pour recevoir et conseiller les disciples de la voie venus séjourner à la zaouïa, mais également les sympathisants ou les simples curieux », nous confie un de ses conseillers proches. Mais si les disciples viennent à lui, le cheikh va également à eux.

À Madagh, dans les salons de la zaouïa, Boutchichi avec ses deux fils,Sidi Mouad et Sidi Mounir, le fils aîné, son héritier. © HOC pour JA

À Madagh, dans les salons de la zaouïa, Boutchichi avec ses deux fils,Sidi Mouad et Sidi Mounir, le fils aîné, son héritier. © HOC pour JA

« En dehors du pèlerinage à La Mecque qu’il a effectué en 2005, l’essentiel de ses déplacements consiste à rendre visite aux adeptes de la confrérie, que ce soit dans les grandes villes du Maroc, ou dans les différentes antennes de la zaouïa à l’étranger, en France, Belgique, Angleterre… », précise notre interlocuteur. Et dans tous ces travaux, ces missions, ces tâches quotidiennes, Sidi Mounir, le dauphin du cheikh, est là, secondant son père et veillant à la bonne gestion des affaires. Suivant la méthode de ses aïeuls, Sidi Mounir, fait les choses à sa manière.

Sidi Mounir, Docteur Qadiri

Sidi Mounir incarne la nouvelle génération. Éduqué dans la tradition soufie, il est diplômé de Dar al-Hadith al-Hassaniya comme son père, mais aussi de l’École de guerre économique de Paris. Il a soutenu en 2005 sa thèse de doctorat à l’École pratique des hautes études (EPHE), en France, et ne cesse depuis de publier des ouvrages sur le soufisme.

Ce soir-là, il a troqué son costume-cravate pour une jellaba marron de laine et un selham. Il poursuit dans la zaouïa le rôle de modernisateur, initié par son grand-père Sidi Hamza et poursuivi par son père, Sidi Jamal. Le dauphin du cheikh essaie de maintenir la confrérie à la page des évolutions technologiques, la zaouïa disposant désormais d’un studio où sont enregistrés des live, des débats, des conférences, relayés sur les réseaux sociaux, avec des community managers, de jeunes geeks disciples de la zaouïa.

La tariqa est impliquée également dans la défense des causes nationales du royaume, « notre seul parti », comme on dit ici

« Pratiquement tout se fait chez nous sur la base du volontariat. Chaque disciple expert dans un domaine essaie d’apporter un peu de son savoir, de ses compétences pour participer au rayonnement de cet édifice », confie Sidi Mounir, qui nous reçoit dans son bureau, sobre et rempli de livres.

Ce nouveau souffle a permis à la zaouïa de rester active durant la pandémie de Covid-19. Comme toute institution internationale, la Zaouïa Qadiriya a substitué les webinaires et les réunions zoom aux rencontres physiques.

À Lire Islam : le Maroc, madrasa sans frontières

La modernisation passe aussi par le discours. « Il s’agit de reprendre des thématiques issues de la modernité, de les enraciner dans la tradition islamique et de leur insuffler l’esprit du soufisme. Ce sont ces thématiques qui sont mises en avant à l’occasion des rencontres mondiales du soufisme organisées chaque année et où on entend parler aussi bien d’écologie que de développement durable ou de bonne gouvernance », martèle Sidi Mounir.

La tariqa est impliquée également dans la défense des causes nationales du royaume, « notre seul parti », comme on dit ici. « Cheikh Sidi Jamal et la Machyakha, par la parole et par les actes, montrent cette direction et rappellent sans relâche cette exigence. Qu’être disciple et citoyen engagé dans la recherche et la défense du bien commun et du vivre-ensemble, loin de tout esprit partisan, est un enseignement fondamental de la tariqa », conclut l’un des disciples.

Vaste réseau

Quel est le point commun entre le ministre marocain des Affaires islamiques Ahmed Toufiq, le rappeur Abdel Malik, le directeur du Festival Fès des Musiques sacrées Faouzi Skalli, la philosophe Eva de Vitray-Meyerovitch ou encore l’ex-sénatrice française Bariza Khiari ? Tous sont des disciples ou ont un lien fort avec Sidi Jamal al-Qadiri Boutchichi, le grand cheikh de la zaouïa Qadiriya Boutchichiya.

Par le nombre très important d’intellectuels, d’artistes, de hauts gradés de l’armée, de personnages publics et d’hommes politiques, toutes sensibilités confondues, qui en font partie, la confrérie constitue une force de lobbying extraordinaire et ne peut ainsi être réduite à son aspect spirituel. La Boutchichiya n’hésite pas à reprendre à son compte les grandes causes du trône alaouite. En 2011, ses disciples avaient organisé de grandes marches de soutien au « Oui » lors du référendum sur la nouvelle Constitution proposée par le roi. Ce n’est donc pas un hasard si Mohammed VI a nommé en 2002 un adepte de la tariqa à la tête du ministère des Affaires islamiques. Ahmed Toufiq, toujours en fonction, avait alors conduit une reprise en main du champ religieux pour « immuniser » l’islam marocain contre les idées extrémistes.