Politique

Israël – Palestine : le fils Abbas favorable à la création d’un État binational

Tarek Abbas, le fils du président palestinien. © DR

Au moment où le processus de paix israélo-palestinien entre dans une phase critique, le fils du président palestinien recommande à son père d'opter pour la création d'un État binational.

Et si la vieille formule "deux États pour deux peuples" avait fait son temps ? Force est de constater que, vingt ans après les accords d’Oslo, les Palestiniens n’ont toujours pas goûté aux joies de l’indépendance. Cette équation visiblement insoluble continue pourtant d’être religieusement rabâchée à Tel-Aviv, Ramallah et dans toutes les chancelleries occidentales. Mais l’effet Pygmalion ne s’est pas produit. Bien au contraire, elle se heurte à un paradigme jugé utopique : un État pour deux peuples.

L’idée, traditionnellement véhiculée dans les milieux d’extrême gauche, n’avait guère, jusqu’ici, suscité l’adhésion des leaders d’opinion, israéliens ou palestiniens. Elle vient pourtant de bénéficier d’un relais inespéré en la personne de Tarek Abbas, 48 ans, le plus jeune des trois fils du président palestinien. "Si vous ne me donnez pas l’indépendance, donnez-moi des droits civiques, clame-t-il dans une interview au New York Times. Je ne veux rien lancer, je ne veux haïr personne, je ne veux tirer sur personne, je veux être dans la légalité et être protégé par la loi."

À première vue, le message semble tourné vers Israël, dont les responsables actuels réclament obstinément la reconnaissance du caractère juif de leur État, faisant fi des critiques sur la situation d’apartheid qu’engendrerait un maintien de l’occupation – la Cisjordanie est régie par l’administration militaire israélienne. "Je crois qu’ils disposent d’une trentaine de génies, qui se rencontrent tous les matins avec pour seul objectif : comment va-t-on compliquer la vie des Palestiniens aujourd’hui ?" raille Tarek Abbas, lassé par la situation kafkaïenne dans laquelle se trouve son peuple.

Il y a deux ans, le simple bon sens l’avait conduit à une évidence : la nécessité d’un État binational. "C’est une voie beaucoup plus facile et pacifique", affirme-t-il. Son plaidoyer sonne comme un désaveu pour son père, néanmoins compréhensif à l’égard de son benjamin. "C’est parce qu’il est désespéré, il ne voit aucun signe qui laisse entrevoir la solution de deux États, car rien ne change sur le terrain", confiait le raïs palestinien à son retour de la Maison Blanche, mi-mars, où il fut pressé de refaire allégeance au processus de paix.

"Mon père, où est ton État ?"

Tarek l’apolitique, réputé pour ses talents d’homme d’affaires qui l’ont rendu millionnaire, n’est pas un adepte de la Pax americana. "Mon père, où est ton État ?" lui rappelle-t-il souvent, tout en se gardant de toute ingérence. "Je donne mon opinion, mais je n’ai pas à lui dire ce qu’il doit faire. Qui suis-je après tout ?" Mais le respect ne l’empêche pas de s’exprimer avec franchise. Se faisant l’écho de nombre de ses concitoyens, Tarek considère que son père doit abandonner les négociations avec Israël pour se tourner une fois de plus vers les institutions internationales afin d’obtenir la reconnaissance de la Palestine. Il assume également l’idée que l’Autorité de Ramallah doit être dissoute. Une façon d’exercer une "pression tactique" sur l’État hébreu, qui, le cas échéant, serait contraint d’assumer de pleines responsabilités en Cisjordanie.

Le plaidoyer de Tarek Abbas montre d’abord que la paix peut venir de la société civile, à l’image de l’initiative de Genève, élaborée en 2003 par des représentants israéliens et palestiniens de tous bords. Mais il marque aussi une rupture générationnelle avec la vieille garde palestinienne. Un sondage publié en décembre dernier par le Centre palestinien d’études et de recherches révélait qu’un tiers des habitants des territoires occupés nourrissent un intérêt pour la création d’un seul et unique État, de la Méditerranée au Jourdain. Cette tendance serait particulièrement marquée chez les moins de 45 ans, tandis que 65 % des plus de 50 ans croient toujours à la solution de deux États.

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