Politique

Burkina : Blaise Compaoré condamné, la réconciliation nationale enterrée ?

La lourde condamnation de l’ancien président dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara compromet-elle le retour du serpent de mer de la réconciliation nationale ? Et que dire de l’obscure situation de Roch Kaboré ?

Mis à jour le 11 avril 2022 à 16:02
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

C’est à se demander pourquoi le poste de chef de l’État burkinabè fait toujours fantasmer les politiciens ambitieux et autres putschistes en herbe. Au Faso, les parcours présidentiels finissent toujours en queue de poisson, en dehors de celui du « transitoire » post-insurrection Michel Kafando – lequel a quand même subi une tentative de putsch. Maurice Yaméogo, Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste Ouédraogo et Roch Marc Christian Kaboré ont dû déguerpir brutalement du palais. Thomas Sankara n’a pas eu la chance de survivre à l’expérience du pouvoir. Même le président de vingt jours Isaac Zida, exilé, a été radié de l’armée

Si Blaise Compaoré survécut vingt-sept ans au rodéo politique burkinabè, le voici non seulement en fuite, depuis 2014, mais désormais condamné, par contumace, à perpétuité pour l’assassinat de son prédécesseur. La sentence symboliquement plus lourde que les trente ans requis par le parquet militaire augure-t-elle d’une paralysie du processus de réconciliation nationale pourtant porté par ceux qui firent chuter Compaoré – notamment Zéphirin Diabré – et ceux qui permirent le procès en question – le régime Kaboré ? Du fond de sa vraie-fausse liberté, à domicile mais surveillé, Roch Kaboré médite peut-être sur le fameux triptyque « vérité, justice et réconciliation », lui qui aurait pu être le « miséricordieux » d’un Compaoré amnistié. Pour l’heure, le président renversé en janvier se demande plutôt à quelle sauce il sera lui-même mangé par les nouvelles autorités en treillis.

Catharsis judiciaire ?

De la cosmétique Journée du pardon, il y a deux décennies, au Forum national sur la réconciliation récemment avorté, il y a loin de la coupe des intentions aux lèvres des retrouvailles. Yéro Boly, frais émoulu ministre en charge de la Cohésion sociale et de la Réconciliation nationale, et ancien ponte du régime Compaoré, n’a pas encore dévoilé sa feuille de route. La Charte de transition ne s’appesantit guère sur le sujet.

Le pays des Hommes intègres a toujours été cité en exemple en matière de coexistence religieuse et ethnique

Le procès Sankara ne fait qu’inaugurer une liste de rendez-vous judiciaires longtemps impossibles, qui concernent notamment le meurtre du journaliste Norbert Zongo, l’implication présumée des ministres du dernier gouvernement de Compaoré dans la répression de l’insurrection populaire d’octobre 2014 et tous actes de corruption massive que la rue dénonce, particulièrement ces derniers jours.

La catharsis judiciaire du putsch sanglant de 1987 aura-t-elle le mérite de ressusciter ce souffle sankariste de la réinvention de soi-même ? Pas sûr. Si la quasi-totalité des micros-trottoirs appelle celui-ci de ses vœux, une minorité à peine visible le défend dans les urnes. Les ressorts de l’Histoire commençant à être gravés, peut-être faut-il laisser les politiciens méditer et se concentrer sur la cohésion populaire, dans des régions fragilisées où le terrorisme aiguise certains ressentiments intercommunautaires ? Même perclus de soubresauts politiques, le pays des Hommes intègres a toujours été cité en exemple en matière de coexistence religieuse et ethnique.