Politique

Cameroun : au procès Bryan Formbor, showbiz et politique entremêlés

Huit prévenus comparaissent à compter de ce mardi devant le tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé. Ils sont mis en cause dans l’assassinat du jet-setteur Bryan Formbor, le 4 juin 2020. Principale accusée : Ivana Essomba, son ex-petite amie, ancienne animatrice de la chaîne Vision 4.

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Mis à jour le 12 avril 2022 à 16:08

Bryan Formbor, jeune jet-setteur de 28 ans, a été poignardé lors d’un rendez-vous avec son ex-petite amie. © DR

Dix-huit mois d’instruction judiciaire, une cinquantaine d’interrogatoires et, au final, huit inculpés devant répondre des accusations de « complicité d’assassinat ». Ce mardi 12 avril s’ouvre un procès très attendu : celui des assassins présumés de Bryan Formbor, jeune jet-setteur âgé de 28 ans au moment des faits, poignardé lors d’un rendez-vous avec son ex-petite amie.  

Cette dernière, Ivana Obama Essomba, 29 ans, est aujourd’hui considérée par les enquêteurs comme la principale suspecte. De ce fait, le témoignage de cette ancienne animatrice de la chaîne Vision 4 sera particulièrement scruté. André Agladala, Djamo Djingui, Salomon Hamada, Maxim Nailengarti, Patrick Nde Mouaffo, Gustave Mbida et Armel Amborira, tous cités comme co-accusés, devraient eux aussi être entendus par la cour. 

Une collaboratrice de Chantal Biya

Si ce procès est attendu, c’est que les faits, qui remontent à juin 2020, avaient suscité un tollé à travers le pays et défrayé la chronique. Tant du fait des interrogations soulevées par les premiers témoignages recueillis après le drame qu’en raison des personnalités citées lors de la reconstitution des évènements – la mère de Bryan Formbor a été une collaboratrice de Chantal Biya, la première dame. Après deux ans d’investigations, cette affaire, dont les ramifications s’étendent du showbiz à la politique, pourrait finalement arriver à son épilogue. 

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Que s’est-il réellement passé au cours de cette fameuse soirée du 4 juin 2020 ? Telle est la principale interrogation à laquelle le marathon judiciaire qui s’annonce tentera de répondre. Selon le rapport d’enquête de la police, la victime devisait paisiblement avec des connaissances au domicile de l’opérateur économique Luc Famawa, un membre influent du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), originaire de la région de l’Ouest, avant de s’absenter pour aller retrouver son ex-petite amie, Ivana Essomba.  

Dans un direct Facebook enregistré au lendemain des événements, l’ancienne starlette affirme que Bryan Formbor est arrivé chez elle aux alentours de 23h30 pour lui demander de lui prêter de l’argent. Parvenu devant son domicile, il se serait garé sur le trottoir et serait resté dans la voiture. Il aurait été rejoint quelques minutes plus tard par la jeune femme et, alors qu’ils discutaient, deux individus descendus d’une moto se seraient dirigés vers eux. Pris de peur, Bryan Formbor aurait alors engagé une manœuvre et se serait enfui, percutant la moto dans sa course.  

Ongle cassé et t-shirt taché de sang

Poursuivi par des motocyclistes qui l’accusaient d’avoir malmené leur collègue, il sera rattrapé quelques kilomètres plus loin, extrait du véhicule et poignardé à plusieurs reprises. Ivana Essomba affirmera s’être débattue avec les malfrats et avoir été sauvée par la foule qui se serait rapidement formée. Elle s’en tirera finalement avec un ongle cassé et un t-shirt taché de sang. 

Ce récit, qui penche en faveur d’une altercation qui a mal tourné, est cependant remis en question par plusieurs éléments relevés par les enquêteurs, lesquels soupçonnent un traquenard et une prise en chasse de Bryan Formbor alors qu’il s’enfuyait. Selon nos sources, les images des caméras de surveillance contredisent en effet les déclarations de certains acteurs du drame. Ce sont elles qui ont permis l’identification et l’arrestation des co-accusés d’Ivana Essomba.

Selon le rapport de la police, leurs dépositions sont truffées d’incohérences

Leurs témoignages seront déterminants car, selon le rapport de la police auquel Jeune Afrique a eu accès, leurs dépositions sont truffées d’incohérences et font apparaître que « les inculpés se sont concertés et que résolution a été prise à l’avance de mettre fin à la vie de Bryan Formbor ». Des accusations que la défense s’attèlera évidemment à réfuter.

Ivana Essomba comparaîtra libre. Interpellée peu après les faits, l’ancienne protégée de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, patron de Vision 4, avait été relâchée après plusieurs jours passés dans les locaux de la police judiciaire, à Yaoundé. Tel ne sera pas le cas des sept autres accusés, tous placés en détention provisoire depuis le 10 juillet 2020 à la prison centrale de Kondengui.