Économie

Cameroun : en surchauffe, le port de Douala veut doubler la mise

Face à la saturation de ses capacités, le port de la capitale économique camerounaise par lequel transite l’essentiel du commerce de la région, entame son extension sur la rive gauche du Wouri.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 12 avril 2022 à 07:41

Port de la ville de Douala, au Cameroun, porte d’entrée des marchandises. © Renaud VAN DER MEEREN pour Les Éditons du Jaguar.

La congestion du port de Douala-Bonaberi fait régulièrement l’objet de discussions au Cameroun, comme une hantise depuis l’engorgement retentissant de 2014. Cette année-là, en août, une vingtaine de navires durent attendre parfois jusqu’à trois semaines avant d’être déchargés. Le problème est structurel : entre 75 et 80 % du commerce du Cameroun, du Tchad et de la Centrafrique, soit des volumes de marchandises se situant entre 12 et 13 millions de tonnes par an, transitent par cette infrastructure stratégique. Or sa capacité d’accueil théorique est de 10 millions de tonnes annuelles.

Le port de la capitale économique camerounaise se trouve donc en surchauffe, comme l’avait prédit le schéma directeur de développement du port de Douala-Bonaberi, adopté en décembre 2019.  Celui-ci montrait sans ambages que, faute de nouvelles infrastructures, celles existantes deviendraient insuffisantes en trois ans. « Le dépassement a débuté. Il faut déjà accroître la capacité d’accueil », constate Dieudonné Lin Onana Doh, conseiller technique au port autonome de Douala (PAD).

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21 millions de tonnes en 2030

C’est pour répondre à ce besoin pressant que Cyrus Ngo’o, le patron du PAD, a paraphé, le 31 mars, un contrat de partenariat public-privé, de type build, operate and transfer (BOT), avec l’entreprise anglo-libanaise Karam Trading Holding (KTH), qui se chargera de construire sur cinq ans un terminal polyvalent de 900 mètres. Adossée à la zone industrielle de Bonaberi, cette plateforme de 42 hectares, dont le coût total est de 233 milliards de F CFA (354 millions d’euros), pourra traiter des conteneurs et des vracs liquides et secs, grâce à ses équipements de manutention comme des silos d’une capacié totale 60 000 tonnes, six magasins de stockage, des tubes pour gazoduc, des voies de chemin de fer. Elle portera ainsi la capacité d’accueil du port à 21 millions de tonnes, correspondant aux volumes projetés à l’horizon 2030, soit plus du double des facilités actuelles.

Au cours de la période de 25 ans, le promoteur engrangera 281 milliards de F CFA de revenus globaux

Dirigée par Dakour Elaridi Wissam Nadim, KTH a coiffé neuf concurrents lors de l’appel d’offre, parmi lesquels le belge Besix, le français Charier GC, le sud-africain Tubular Track, le ghanéen Amandi Investment Ltd et quatre acteurs locaux, pour remporter la mise. « Elle a fait la différence grâce à la pertinence de son projet par rapport au schéma directeur de développement (SDD) et à sa proposition de coût », relève Dieudonné Lin Onana Doh. KTH a, pour ce faire, bénéficié de l’assistance de MDS Transmodal et de Portia, deux consultants en gestion portuaire, pour affiner son offre, et créé Africa Ports Development, la société de projet qui se chargera de trouver les financements, de construire et d’exploiter le terminal pendant 25 ans.

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Durant cette période, le promoteur engrangera 281 milliards de F CFA de revenus globaux, tandis que le PAD recevra 106 milliards de F CFA sous forme de redevances. L’État camerounais, lui, percevra 152 milliards de F CFA d’impôts et de taxes.

La rive gauche déjà saturée

Cet investissement s’inscrit dans le vaste chantier d’aménagement de la rive droite de la rivière Wouri qui baigne la capitale économique du Cameroun. Déjà saturée par des terminaux à conteneurs, à bois, minéraliers, fruitier, pétrolier et gazier, la rive gauche offre peu de perspectives d’extension pour ce port fluvial. À moyen et long termes, se profilent donc un port sec à Missolè et un autre en eau profonde à Manoka, dans le 5e arrondissement de Douala.

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Des réalisations qui s’effectueront systématiquement sous forme de partenariat public privé, pour éviter une pression supplémentaire sur les ressources publiques. L’ambition est de faire face à un trafic estimé à 45 millions de tonnes vers 2050 et surtout, de rester compétitif par rapport aux ports concurrents du golfe de Guinée comme Kribi, Pointe-Noire au Congo et Port Harcourt au Nigeria.