Politique

Centrafrique : les hommes clés du système Touadéra

Au moment où il s’apprête à remanier son gouvernement, le chef de l’État conserve autour de lui une équipe restreinte de fidèles, qui lui permet de surveiller la classe politique mais aussi les secteurs stratégiques de la défense et des finances.

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Mis à jour le 10 avril 2022 à 16:18

La garde rapprochée de Faustin-Archange Touadéra. © Montage JA.

Le dialogue national achevé, Bangui s’apprête à vivre un nouveau remaniement gouvernemental. Cependant, autour de Faustin-Archange Touadéra (FAT), le cercle des conseillers les plus influents du palais de la Renaissance ne devrait pas s’en trouver bouleversé. Des services de renseignements aux grandes entreprises, de la défense aux affaires du parti au pouvoir, quelques hommes continueront de présider aux destinées de la Centrafrique. Jeune Afrique vous présente les piliers du deuxième mandat.

L’homme d’affaires est sans doute l’un des conseillers (officieux) les plus écoutés et les plus influents du palais de la Renaissance, où siège FAT. Déjà présent au cœur du pouvoir sous Ange-Félix Patassé – il avait alors été mis en cause dans le scandale de fraudes douanières Zongo Oil –, André Kolingba – dont il a épousé la nièce – et François Bozizé, Sani Yalo s’est imposé comme le principal soutien financier de l’actuel chef de l’État et de son parti, le Mouvement cœurs unis (MCU), lors de l’élection présidentielle de 2016.

Également cité dans la tentative de coup d’État ayant visé le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo en 2017 – il avait démenti être impliqué –, Sani Yano a toutefois vu son influence encore grandir à Bangui. Président du conseil d’administration du Bureau d’affrètement routier centrafricain (Barc), il contrôle ainsi la principale source de fiscalité de l’État. Aucune décision politique – y compris le remaniement gouvernemental en cours – n’est prise sans que FAT ne consulte cet homme de l’ombre, dont les réseaux s’étendent notamment jusqu’au Cameroun voisin.

Nommé Premier ministre le 7 février, ce mathématicien de formation est un militant de la première heure du MCU. Félix Moloua a d’ailleurs été directeur national adjoint de la campagne de Faustin-Archange Touadéra lors de l’élection présidentielle de 2016. Anciennement à la tête du ministère de l’Économie, où il fait une bonne partie de sa carrière, il a été chargé de l’organisation du dialogue national inclusif qui vient de s’achever à Bangui, et travaille actuellement au remaniement devant aboutir à un gouvernement ouvert à l’opposition et à la société civile.

Plus officieusement, il s’est attelé – avec l’aide de son frère, l’ambassadeur au Tchad Jean-Bertrand Léopold Biamba – à limiter l’influence à Bangui de son prédécesseur, Henri-Marie Dondra. Ce dernier ne fait pas mystère de ses ambitions pour la présidentielle de 2026, lors de laquelle il espère prendre la succession de FAT. Le chef de l’État plancherait, quant à lui, sur une révision de la Constitution qui lui permettrait de se présenter à un nouveau mandat.

Ancien Premier ministre, ce professeur de lettres occupe aujourd’hui le poste de président de l’Assemblée nationale mais aussi celui de secrétaire exécutif du MCU, le parti au pouvoir. Simplice Mathieu Sarandji (SMS) est, avec Sani Yalo, le conseiller le plus proche de Faustin-Archange Touadéra, dont il a été le directeur de cabinet lorsque celui-ci était le Premier ministre de l’ancien président François Bozizé.

SMS, que beaucoup jugent « clivant », « méchant » ou « rancunier », est le principal relais de FAT auprès des cadres du MCU. Il sait également jouer de son influence pour placer ses fidèles ou ses connaissances au sein de l’administration ou du gouvernement. Selon nos informations, il est ainsi un soutien important d’Henri Wanzet Linguissara, le patron des services de renseignement, qu’il espère faire redevenir prochainement ministre.

L’actuel directeur des services de renseignement est l’un des atouts essentiels de Faustin-Archange Touadéra dans le domaine de la sécurité. Disposant d’un réseau d’informateurs jusqu’au sein des groupes armés du pays, cet ancien de l’école de guerre de Pékin et de l’École des officiers de la gendarmerie de Melun, en France, entretient également d’excellents rapports avec les mercenaires russes du groupe Wagner, et notamment avec leur chef, Vitali Perfilev.

Ancien directeur général de la police nationale et ex-ministre de l’Intérieur, Henri Wanzet Linguissara avait quitté le gouvernement d’Henri-Marie Dondra en raison de l’hostilité de ce dernier à son égard. Il pourrait prochainement faire son retour comme ministre, si le plaidoyer de Simplice Mathieu Sarandji en sa faveur était entendu par le chef de l’État. C’est d’ailleurs ce même SMS qui avait œuvré pour sa première nomination à l’Intérieur, en 2017.

Ministre de la Défense, ce neveu de Faustin-Archange Touadéra s’est imposé comme l’un des acteurs majeurs de la relation entre Bangui et Moscou ces dernières années. Très écouté de FAT, il est donc aujourd’hui l’un des hommes forts de la Centrafrique et l’un des interlocuteurs privilégiés des mercenaires de Wagner, et notamment de Vitali Perfilev, le patron du groupe en terres centrafricaines.

Jean-Claude Rameaux Bireau travaille régulièrement avec Pascal Bida Koyagbélé, le ministre délégué aux Grands travaux, lui aussi membre influent du cercle présidentiel. Les deux hommes ont notamment voyagé ensemble à Moscou en décembre 2020. Ils avaient alors signé un contrat liant Bangui à Alrosa, le géant diamantaire russe.

Ce « grand blond bien bâti » est aujourd’hui le patron de Wagner à Bangui, bras droit du chef opérationnel du groupe de mercenaires, Dmitri Utkin. Conseiller de Faustin-Archange Touadéra pour la sécurité, comme Valeri Zakharov avant lui, il est né en Russie et a effectué une partie de sa carrière au sein de la Légion étrangère française. Parmi ses contacts privilégiés figurent certaines des personnalités les plus influentes de l’entourage de FAT : Jean-Claude Rameaux Bireau, Henri Wanzet Linguissara ou encore Pascal Bida Koyagbélé.

Vitali Perfilev a surtout noué un contact direct avec le président lui-même. L’ancien de la Légion étrangère s’entretient à toute heure au téléphone avec Faustin-Archange Touadéra, qui l’interroge régulièrement sur les opérations militaires coordonnées par Wagner sur le terrain. Disposant d’un bureau situé non loin du palais présidentiel, le Russe rencontre également régulièrement FAT en personne, sans se soucier du protocole.

Aujourd’hui directeur de cabinet de Faustin-Archange Touadéra, avec rang de ministre d’État, il est l’homme qui organise la magistrature suprême autour du dirigeant centrafricain. Maître de l’actuel agenda présidentiel, il est aussi un ancien homme de confiance de François Bozizé. Ce dernier l’avait ainsi nommé en 2011 ministre délégué à la présidence chargé des Mines. Il y remplaçait alors le propre neveu de « Boz », Sylvain Ndoutingaï.

Obed Namsio était déjà à l’époque proche de FAT, qui occupait alors la primature. Ce dernier l’a gardé auprès de lui et nommé en mars 2016 à la direction du cabinet présidentiel. En 2019 et 2020, Namsio a été l’un des artisans de la tentative de rapprochement – qui s’achèvera par un échec – entre l’actuel chef de l’État et son prédécesseur. S’il n’est pas aussi écouté que certains poids lourds de l’entourage du président, il lui est indispensable dans l’organisation de ses activités.