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RDC – François Beya : auditions, quotidien en prison… L’ex-conseiller de Tshisekedi se confie à ses proches

Transféré à la prison de Makala le 4 avril, l’ancien conseiller du chef de l’État a reçu plusieurs membres de sa famille et leur a livré le récit de ces deux derniers mois. Il est désormais entendu par les magistrats de l’auditorat militaire.

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Mis à jour le 8 avril 2022 à 17:29

François Beya, l’ancien conseiller sécurité de Félix Tshisekedi. © DR

Alors que seuls quelques intimes – dont sa fille, son épouse et son frère aîné, Constantin Tshiyombo – avaient eu accès à lui lorsqu’il était détenu à l’Agence nationale de renseignements (ANR), François Beya a pu, depuis son transfert à la prison de Makala le 4 avril, rencontrer d’autres de ses proches.

Incarcéré au pavillon 1, dans une cellule individuelle que sa famille a légèrement aménagée en début de semaine et fait équiper d’un réfrigérateur, Beya a reçu la visite de nombre de ses proches et alliés politiques. L’ancien conseiller sécurité de Félix Tshisekedi les reçoit principalement dans la cour de la prison.

Arrêté sur la base d’accusations d’atteinte à la sûreté de l’État, il a été détenu deux mois à l’ANR, sans que les charges retenues contre lui n’aient été officiellement communiquées. À ses soutiens, il continue d’assurer qu’il est victime d’une guerre de palais et qu’il paie ses relations délétères avec plusieurs proches du chef de l’État. Il a aussi pu leur livrer certains détails concernant ses différentes auditions.

Caméras de surveillance

Arrêté à son domicile kinois le 5 février, il est resté deux semaines sur place, sans être entendu par les enquêteurs. À l’ANR, il n’a été auditionné qu’à deux reprises. Son premier interrogatoire a eu lieu le 23 février. À l’en croire, il lui a d’abord été reproché d’avoir manipulé la police dans son propre intérêt. En cause, l’installation – à sa demande – d’un sous-commissariat à proximité de sa ferme, à Mitendi, en périphérie de Kinshasa.

Également évoqué, l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. À la fin des années 1990, François Beya était déjà très introduit au sein des services de sécurité puisqu’il avait été nommé, peu après l’arrivée au pouvoir du Mzee, directeur de cabinet du patron des renseignements, Didier Kazadi Nyembo. Même après le remplacement de ce dernier par Georges Leta, Beya était resté très intégré au sein des services de sécurité. Les enquêteurs de l’ANR lui ont donc reproché de ne pas avoir suffisamment coopéré avec l’enquête qui a abouti en 2003, à la condamnation à mort de 30 personnes, dont Georges Leta et le conseiller spécial en matière de sécurité du Mzee, Constantin Nono Lutula.

Accusé par certains proches de Tshisekedi de défaillance dans la sécurité du président, Beya a par ailleurs dû s’expliquer sur l’installation de caméras dans plusieurs endroits de la cité de l’Union africaine, y compris dans son bureau du Conseil national de sécurité.

Enfin, il a été questionné sur l’existence d’un centre d’entraînement, situé avenue Nguma, dans le quartier de Ma Campagne à Kinshasa, dont le but aurait été de former un commando personnel. Les enquêteurs sont revenus sur ce point précis lors de la deuxième audition, celle du 5 mars, organisant une confrontation entre Beya et un membre présumé de ce centre. Le contenu de ces auditions a été consigné dans des procès verbaux, signés par le détenu.

Tensions entre Mbelu et Beya

Les auditions à l’ANR se sont déroulées dans un climat tendu, marqué par la rivalité entre Beya et le nouveau patron de l’ANR, Jean-Hervé Mbelu Biosha. Nommé le 7 décembre, Mbelu avait personnellement conduit l’opération qui a mené à l’arrestation du « spécial » le 5 février.

François Beya avait été à l’origine de sa nomination en 2019 comme numéro 2 d’Inzun Kakiak, qui avait à l’époque succédé à Kalev Mutond. Le nom de Mbelu lui avait été suggéré par l’un de ses proches de l’ère Mobutu, Évariste Mabi Mulumba, l’ancien président de la Cour des comptes et éphémère premier commissaire d’État (un équivalent de Premier ministre).

Le dossier a désormais été transféré devant l’auditorat militaire, que dirige le général Lucien-René Likulia Bakumi. La première audition à Makala, menée notamment par le magistrat Alpha Limbaya, auditeur du tribunal militaire de garnison de Kinshasa, a eu lieu le 5 avril, au lendemain de l’arrivée de Beya. Celle-ci a principalement porté sur le contenu des procès verbaux issus de l’ANR.

Selon un membre de la famille de François Beya, il lui a également été demandé d’expliquer pourquoi Joseph Kabila sollicitait, pour chacun de ses déplacements, son autorisation. Cette proximité avec l’ancien président, dont il était demeuré un relai au coeur du pouvoir, lui avait plusieurs fois été reprochée par l’entourage de Tshisekedi. Sous Kabila, Beya était déjà l’un des sécurocrates les plus influents, en tant que patron de la Direction générale de migration (DGM).

Une deuxième audition est prévue le 8 avril. Les quatre collaborateurs de Beya, qui ont été conduits le 4 avril à la prison militaire de Ndolo, ont également été auditionnés cette semaine.