Culture

Wizkid contre Angélique Kidjo ? Quand des « trolls » essaient de semer la zizanie 

Après la consécration de la chanteuse béninoise Angélique Kidjo, ce dimanche, aux Grammy Awards américains, au détriment de la star nigériane Wizkid, une armée de fans déçus ont lancé une polémique outrancière.

Mis à jour le 8 avril 2022 à 13:15
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Certes, le très sympathique terme « fan », évocateur d’une admiration anti-narcissique, vient du mot « fanatique ». Pourtant, face à l’excès d’investissement émotionnel de certaines groupies, la musique n’est-elle pas censée adoucir les mœurs ? Le 3 avril 2022, au MGM Grand Garden Arena de Las Vegas, la 64e cérémonie annuelle des Grammy Awards américains sacre notamment la chanteuse Angélique Kidjo. Son 16e album, Mother Nature, remporte le prestigieux prix du « meilleur album de musique globale ». Le choix n’est pas du goût du Wizkid, cette sorte de légion de fans inconditionnels de la star nigériane de l’afrobeat nominée dans la même catégorie. En mode « trolls », l’« armée » fanatique part littéralement à l’assaut des réseaux sociaux de la lauréate…

Naomi Campbell à la rescousse

Avec plus ou moins d’outrance, des adeptes de la musique de Wizkid se disent « choqués », dénigrent l’album de la Béninoise qu’ils affirment être « passé inaperçu » et hurlent à l’injustice. Sur Instagram, la charge est si lourde et exempte de subtilité qu’Angélique Kidjo, peu suspecte de susceptibilité, se trouve obligée de désactiver les commentaires sous une photo d’elle tenant sa statuette. Même en donnant l’impression de jeter de l’huile sur le feu, la britannique et afrophile Naomi Campbell tente de calmer l’amertume des chagrinés en indiquant que le sacre populaire de Wizkid – notamment en Grande-Bretagne – « vaut mieux que toute autre récompense ». S’adressant au musicien, la top-modèle insiste : « Tu es le roi pour les gens, celui qui a rendu l’afrobeat populaire. »

Ce mélodrame inspire trois réflexions. Primo, une récompense honorifique ne doit-elle être induite que de performances chiffrées, de nombres de likes, de stades remplis ou de surface médiatique ? Secundo, n’y a-t-il donc aucun moyen de réguler l’outrance des réseaux sociaux, lorsqu’il s’agit d’une information somme toute peu tragique ? Devant le torrent de réactions fanatiques, certains fans pondérés de Wizkid tiennent à poser une question plutôt satirique : comparativement à la sexagénaire cinq fois primée aux Grammy Awards, « Wizkid est né quand ? »

Tertio, un artiste africain doit-il être particulièrement « afro » pour être reconnu par les académies ? Si des spécialistes de la musique préfèrent, au RnB mondialisé de Wizkid, les thèmes plus politiques et les sonorités plus africaines de l’album d’Angélique Kidjo, la Béninoise ne saurait être accusée de ne creuser qu’un sillon exotique et afro-caricatural…

Concernant la dernière cérémonie des Grammy, il faut d’abord se réjouir de la place occupée par l’Afrique. Les Nigérians Burna Boy, Tems, Femi Kuti, Made Kuti et le Ghanéen Rocky Dawuni y étaient nominés. Le Sud-Africain Black Coffee est reparti avec le trophée de « meilleur album dance/electronic ». Et l’honneur est sauf : malgré les trolls des fans, Wizkid a officiellement félicité Angélique Kidjo…