Politique

Mali : un an de captivité pour Olivier Dubois, seul otage français dans le monde

Le journaliste indépendant, collaborateur de Libération, du Point et de Jeune Afrique, est retenu au Mali par un groupe jihadiste depuis un an. À ses proches qui veulent « faire du bruit » pour cet anniversaire, le président français a assuré que Paris était pleinement mobilisé pour mettre un terme à « l’insupportable séquestration » d’Olivier Dubois.

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Mis à jour le 8 avril 2022 à 12:27

Olivier Dubois lors d’un reportage à Nioro, au Mali, le 14 septembre 2020. © MICHELE CATTANI/AFP

« Nous sommes en plein stress depuis un an, mais nous gardons de l’énergie pour aider Olivier en faisant du bruit et en parlant de lui. » Un an jour pour jour après l’enlèvement d’Olivier Dubois, aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) depuis le 8 avril 2021, sa sœur, Canèle Bernard, se fait le porte-voix de l’espoir des proches du journaliste français.

La famille de ce dernier, représentée par sa mère, sa sœur et le conjoint de celle-ci, a réalisé une vidéo pour sensibiliser le public. Mise en ligne sur YouTube à partir de jeudi 7 avril au soir, elle montre les visages de personnalités françaises comme les journalistes Elise Lucet, Gilles Bouleau et Florence Aubenas (elle-même otage en Irak en 2005), le groupe de rap IAM ou l’acteur Yvan Attal. Cette vidéo se clôt sur un appel à signer la pétition lancée le 6 janvier, qui revendique plus de 80 000­signatures. « C’est cette pétition qui a permis qu’on parle d’Olivier », estime Canèle Bernard.

« Indéfectible soutien » de Macron

Parallèlement, Reporters sans frontières (RSF) dévoilera une banderole de soutien à Montpellier (sud de la France) vendredi à 18 heures (16 heures GMT) comme cela a déjà été fait dans 19 autres villes françaises ces derniers mois. Une marche est également organisée vendredi à Metz (est de la France). Et 42 sociétés de journalistes, dont celles de Libération, du Point et de Jeune Afrique, qui emploient Olivier Dubois, ont publié jeudi une lettre ouverte pour plaider sa cause. Elles demandent que sa libération soit « une priorité » de celui ou celle qui sera élu(e) à la présidence de la République française le 24 avril.

Le journaliste indépendant de 47 ans, qui vit et travaille au Mali depuis 2015, a couvert la tourmente sécuritaire traversée par le pays sahélien. Il avait lui-même annoncé son enlèvement dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 5 mai 2021. Il y expliquait avoir été kidnappé le 8 avril à Gao, dans le nord du Mali, par le GSIM, principale alliance jihadiste au Sahel, liée à Al-Qaïda.

Olivier Dubois est le seul otage français dans le monde depuis la libération en octobre 2020 de Sophie Pétronin, également enlevée au Mali. Le 13 mars, une nouvelle vidéo de lui a circulé sur les réseaux sociaux, sans qu’on connaisse sa provenance ni sa date. L’otage, qui apparaît en bonne santé, s’adresse à ses parents, à la mère de ses deux enfants, à ses sœurs et au gouvernement français, auquel il demande de « continuer à faire son possible » pour sa libération.

Dans un communiqué de presse diffusé ce vendredi par les services de l’Élysée, le président français Emmanuel Macron a exprimé son « indéfectible soutien » à l’otage français, « enlevé dans l’exercice de son métier de journaliste », ainsi qu’à « sa famille, ses amis et les rédactions pour lesquelles il travaille ». « Il les assure de sa compassion dans cette douloureuse épreuve et de la pleine mobilisation des services de l’État pour mettre un terme à l’insupportable séquestration » d’Olivier Dubois, « seul Français détenu par une organisation terroriste », a indiqué la présidence.

Je ne dis pas que l’État ne fait rien, mais qu’il doit informer les familles

Peu après, le 17 mars, la junte malienne a suspendu la diffusion de la radio RFI et de la chaîne de télévision France 24, dans un contexte de tensions avec la France. Or RFI diffusait régulièrement des messages des proches d’Olivier Dubois à son intention. « Quatre jours après cette preuve de vie, ç’a été une douche froide, puisqu’il qualifiait nos messages sur RFI de “bouffée d’air frais” » dans la vidéo, souligne sa sœur. « Pour lui, c’est une double peine, il n’est plus relié au monde », poursuit Canèle Bernard, qui déplore régulièrement un « manque d’information » de la part du gouvernement français.

« Je ne dis pas que l’État ne fait rien, mais qu’il doit informer les familles. Sinon, ça laisse supposer qu’il ne se passe peut-être pas grand-chose, et c’est pour ça que nous montons de plus en plus au créneau », assure-t-elle. « En matière d’enlèvement à caractère terroriste, la discrétion est une condition essentielle », a répondu un porte-parole du Quai d’Orsay. Le ministère, via son centre de crise, maintient « un contact très étroit avec tous les membres de la famille d’Olivier Dubois, ses parents et ses sœurs en France comme son ex-compagne au Mali. Il les accompagne et leur transmet toutes les informations qu’il est en mesure de partager », a-t-il ajouté.

Avec AFP