Société

Touche pas à ma graisse !

Par

Ecrivain

C’est une aventure ahurissante qui se déroule en ce moment dans une prison du Brabant. Ça commence comme ça : un détenu – on va l’appeler John – se met à grossir de façon spectaculaire. Il faut dire que les prisonniers mènent une vie plutôt sédentaire, et rien ne les oblige à faire de l’exercice. John passe son temps dans sa cellule, à méditer ou à rêvasser ou à lire. En tout cas, il ne bouge pas d’un centimètre, on dirait une baleine échouée sur une plage.

Mais au moment des repas, il mange. Que dis-je, il mange ? Il dévore, il bâfre ! Les prisons du Brabant sont bien gérées, de la nourriture il y en a, et les prisonniers ont le droit de recevoir des colis. La famille de John l’approvisionne en saucisses et en chips – tant et si bien que l’homme devient énorme. De plus, c’est un Batave typique, très grand : plus de deux mètres sous la toise. En fin de compte, c’est réellement une sorte de monstre marin qui gonfle et s’étend dans la cellule 271. Tant et si bien que le médecin constate que John est trop grand et trop gros pour son lit (il en déborde), pour la cuvette des toilettes (il manque l’engloutir), pour la chaise qu’il brise d’effroi rien qu’à la regarder. Il ne peut plus passer la porte de la cellule, ce qui pose problème en cas d’incendie. C’est quasiment une question de vie ou de mort – et, après tout, la peine de mort est abolie en Europe.

Le directeur de la prison, sous la pression du médecin, des pompiers et de l’ébéniste réunis, obtient d’un juge la décision qui s’impose : John est autorisé à quitter la prison. Il accomplira le reste de sa peine chez lui, at home. Pas la peine de le faire surveiller, il ne se meut.

Tout est rentré dans l’ordre, n’est-ce pas ? Eh bien, pas du tout. Les quelques détenus d’origine marocaine qui peuplent la prison ont bien noté la chaîne de circonstances qui a conduit à l’élargissement – si l’on peut dire… – de l’ami John. Du coup, ils se disent, chacun dans son coin : pourquoi pas moi ? Et les voici à s’engraisser à mort. Comme la cuisine marocaine est délicieuse mais pas forcément diététique, ils mobilisent leurs mères, leurs soeurs, leurs tantes et même la voisine Saâdia, et les colis affluent, pleins de trucs graisseux, mielleux, bourrés de calories. Les prisonniers ne bougent plus, sinon pour aller vérifier qu’ils peuvent encore passer par la porte de la cellule. Le jour où ce ne sera plus possible, ils ameuteront les pompiers, le médecin et Amnesty International pour exiger d’être autorisés, eux aussi, à aller purger le reste de leur peine à la maison – et si possible, outre-Méditerranée.

On en est là. Les kilos s’accumulent, l’espoir aussi. Je lance un appel à ceux qui, au Maroc, s’activent pour que la cuisine locale soit plus diététique : avez-vous pensé aux pauvres malfrats qui comptent sur elle pour gagner la liberté ? Attention, ils finiront par créer un mouvement du genre "Touche pas à mon tagine" (bien graisseux) !

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