Politique

Centrafrique : dans les coulisses de la formation du prochain gouvernement

Après la tenue du dialogue national à Bangui, Faustin-Archange Touadéra s’attelle à un remaniement de son gouvernement. Plusieurs opposants et anciens chefs rebelles ont été discrètement consultés. Jeune Afrique vous emmène au cœur d’un casting aussi secret que sensible.

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Mis à jour le 8 avril 2022 à 15:12

Faustin-Archange Touadéra, à Bangui, en septembre 2018. © Xinhua/XINHUA-REA

Le 27 mars dernier s’achevait le dialogue national républicain à Bangui. Depuis, le président Faustin-Archange Touadéra (FAT) est à pied d’œuvre pour remanier son équipe de ministres. Selon nos informations, les négociations ont commencé et plusieurs entretiens ont eu lieu entre des proches du chef de l’État, ainsi que ceux de son Premier ministre Félix Moloua, avec des personnalités espérant faire partie du prochain gouvernement d’ouverture.

Selon nos sources, Aurélien Simplice Zingas, secrétaire exécutif du Parti pour la démocratie et la solidarité (PDS-Kélemba), y fera très certainement son entrée. L’opposant a clairement affiché sa préférence pour le portefeuille des Eaux et Forêts, mais Faustin-Archange Touadéra préfèrerait pour le moment lui confier la Communication, ainsi que la charge de porte-parole du gouvernement qu’il a déjà assumée sous François Bozizé.

Troisième mandat

Plusieurs autres membres de l’opposition sont également sur les tablettes présidentielles, notamment Kévin Sosthène Kpefio, président de la jeunesse du Kwa Na Kwa, et Cyriaque Gonda. Ce dernier, patron du Parti national pour une Centrafrique nouvelle, tient la corde pour obtenir le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, ce qui obligerait FAT à trouver un point de chute à l’actuelle titulaire Sylvie Baïpo-Teimon, qui devrait conserver un strapontin.

Selon nos sources, le président s’attèle surtout à recruter des personnalités de l’opposition afin d’affaiblir cette dernière (et notamment les partis d’Anicet Georges Dologuélé, Martin Ziguélé ou Crépin Mboli-Goumba) en vue du projet de modification constitutionnelle qu’il souhaite présenter dans les mois qui viennent. Celui-ci, s’il était adopté, pourrait lui permettre de se présenter pour un troisième mandat, ce que la loi centrafricaine lui interdit actuellement.

Sani Yalo et Simplice Mathieu Sarandji à la manœuvre

Au rang des entrants, l’ancien rebelle Abdoulaye Hissène devrait lui aussi se faire une place. Selon nos informations, celui qui a récemment accepté de participer au dialogue national a fait connaître son intérêt pour le stratégique ministère de l’Intérieur. Mais le chef de l’État et son Premier ministre, conseillés par l’homme d’affaires Sani Yalo et le président de l’Assemblée nationale Simplice Mathieu Sarandji (SMS), auraient jugé cette ambition trop grande. Hissène pourrait donc se voir confier le portefeuille du Désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion.

Plusieurs actuels ministres sont quant à eux sur la sellette. SMS aurait ainsi conseillé à FAT de se séparer de l’actuel ministre des Finances, Hervé Ndoba, et de le remplacer par Bienvenu Marius Roosevelt Feïmonazoui, directeur de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), ou par l’actuel patron des Douanes, Frédéric-Théodore Inamo. Ce dernier a l’avantage d’être notamment bien vu par les alliés russes de la présidence centrafricaine, dont l’influence sur les douanes centrafricaines est de premier ordre. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Faustin-Archange Touadéra, qui apprécie le travail de Ndoba, n’aurait pas encore tranché.

Limiter l’influence d’Henri-Marie Dondra

Arthur Bertrand Piri, pourtant neveu du chef de l’État, n’est pas non plus assuré de conserver son rang de ministre (il occupe actuellement l’Énergie), tout comme Serge Ghislain Djorie – qui devrait quitter la Communication au profit de Aurélien Simplice Zingas – et Aristide Briand Reboas (Jeunesse et sports). Enfin, Virginie Baïkoua devrait elle aussi quitter le gouvernement : l’actuelle ministre de l’Action humanitaire paierait ainsi sa proximité avec l’ancien Premier ministre Henri-Marie Dondra.

L’un des objectifs de ce remaniement – outre la préparation à une révision constitutionnelle –  est aussi de limiter l’influence dans les cercles ministériels de Dondra, qui ne cache guère ses ambitions pour la présidentielle prévue en 2026. Flanqué de Sani Yalo, c’est là aussi Félix Moloua qui est à pied d’œuvre pour proposer des solutions au président Touadéra, dont celles de faire entrer une ou deux personnalités issues de la société civile au gouvernement.

Le Premier ministre s’appuie notamment sur les conseils de son frère, l’ambassadeur au Tchad Jean-Bertrand Léopold Biamba, dont il a favorisé la nomination et qui était récemment à Bangui durant le dialogue national. Henri-Marie Dondra pourrait d’ailleurs voir un de ses ennemis politiques revenir au gouvernement, en la personne d’Henri Wanzet Linguissara. L’ancien ministre de l’Intérieur, qui occupe actuellement la tête des services de renseignement et reste un rouage essentiel du système Touadéra, est soutenu par Simplice Mathieu Sarandji.