Politique

Cameroun : le lamido de Garoua, l’affaire de meurtre et le difficile apprentissage du pouvoir

Cela fait presqu’un an qu’Ibrahim El Rachidine est monté sur le trône du lamidat de Garoua. Mais le début de son règne a été ébranlé par une affaire de meurtre qui secoue la chefferie traditionnelle la plus stratégique du septentrion camerounais.

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Par - Envoyé spécial
Mis à jour le 18 avril 2022 à 13:12

Ibrahim El Rachidine © DR

À Garoua, évoquer publiquement les déboires judiciaires du lamido est tabou. Avant de s’y aventurer, votre interlocuteur regardera discrètement à gauche, puis à droite, pour ne finalement lâcher que quelques phrases sibyllines. Dans cette la grande ville du septentrion camerounais, les nouvelles vont à la vitesse de l’harmattan et chacun craint de se retrouver dans le viseur du nouvel homme fort de la cité. Ses mésaventures constituent pourtant le feuilleton de l’après-CAN et meublent subtilement les échanges autour d’un chaï, au coucher du soleil.

La rumeur s’emballe, la foule menace d’attaquer le lamidat

Le 3 février dernier, Ibrahim El Rachidine a été auditionné dans le cadre de l’enquête sur le meurtre du jeune Ali Youssef, 16 ans, survenu dans l’enceinte du lamidat. Les faits se sont déroulés le 31 janvier. La ville de Garoua se relevait timidement de l’euphorie liée au quart de finale Tunisie – Burkina Faso qu’elle venait d’accueillir lorsque ses habitants ont été informés du décès d’un des neveux du lamido, survenu à l’intérieur de son palais.

Rapidement, la rumeur s’emballe. Le jeune homme aurait subi des actes de torture avant de succomber, la foule menace d’attaquer le lamidat. Les autorités locales doivent intervenir pour ramener le calme, tandis que Yaoundé ordonne l’ouverture d’une enquête.

Le corps de la victime, enterrée nuitamment selon les usages islamiques, est exhumé dès le lendemain, le 1er février. Une autopsie confirme les actes de torture et le corps est placé sous scellées. Le tribunal militaire a été saisi, le lamido inculpé pour homicide et depuis, l’enquête « progresse normalement », selon des sources judiciaires.