Politique

Algérie : Bouteflika, l’homme qui marchait avec sa tête

Bouteflika reste un redoutable animal politique. © AFP

Occupés à le brocarder, ses adversaires l'ont sous-estimé. Grave erreur : le président algérien Abdelaziz Bouteflika a révélé en plusieurs occasions que sa pugnacité était intacte. On ne se refait pas...

"Sa tête fonctionne", n’a cessé de répéter son entourage durant toute la campagne. Difficile, pourtant, de ne pas évoquer les accidents de santé d’Abdelaziz Bouteflika : le premier, un ulcère hémorragique, faillit l’emporter en novembre 2005 ; le second, un AVC survenu en avril 2013, le prive depuis lors de ses capacités motrices. L’absence de tout bulletin de santé et des images d’audiences accordées par le chef de l’État à des responsables algériens ou étrangers ont mis à mal ces propos lénifiants. Le témoignage de personnalités pourtant au-dessus de tout soupçon, comme les Tunisiens Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi, l’Américain John Kerry ou l’Algérien Lakhdar Brahimi, affirmant que Bouteflika n’avait rien perdu de ses facultés mentales, n’y a rien changé, ne suscitant que scepticisme et moqueries.

Le président a pourtant pris, seul, des décisions importantes depuis son retour du Val-de-Grâce : restructuration des services secrets, mise en oeuvre des recommandations de la commission d’enquête sur l’attaque terroriste contre le site gazier de Tiguentourine, poursuite de la libéralisation du secteur audiovisuel… S’il fallait une preuve que Bouteflika reste un redoutable animal politique, il n’y a qu’à voir comment il a réussi à "flinguer" Ali Benflis, son principal adversaire. Au cours des trois semaines de campagne, ses cinq rivaux et ses représentants sillonnent le pays et se répandent en promesses. De président virtuel, Bouteflika endosse les habits de candidat fantôme. Le 12 avril, il reçoit le chef de la diplomatie espagnole. "C’est une campagne plutôt dure", fait observer José Manuel García-Margallo, qui s’attend à une réponse apaisante. À sa grande surprise, son interlocuteur acquiesce : "Dure, très dure."

Se plaindra-t-il de ceux qui le dépeignent, sur les réseaux sociaux, comme un vieillard handicapé et sénile ? Que nenni. Ali Benflis a menacé, à la télévision, préfets et fonctionnaires de représailles contre leurs proches en cas de fraude électorale ? Bouteflika dénonce, sans le citer, "un candidat qui menace les familles et les enfants des agents de l’État". "C’est du terrorisme médiatique", ajoute-t-il. Avec cette formule qui fait mouche, il fait mieux que ses lieutenants en trois semaines pour cibler son rival le plus menaçant.

Un "impotent qui a fait ses preuves"

Résultat : dans le camp Benflis, les défections se multiplient, et l’ex-Premier ministre se retrouve sur la défensive.

Que fera Bouteflika de sa victoire ? Il sait que ce mandat sera différent et que, s’il est toujours le maître du jeu, le temps presse pour mener ses projets à bien. Premier chantier, la deuxième République : une nouvelle Constitution qui devra renforcer la séparation des pouvoirs, la protection des droits de l’homme et la place de la femme. Second chantier, une vraie et urgente réforme de l’économie et surtout l’assainissement du climat des affaires.

Parmi les centaines de jeunes sortis fêter sa victoire à Alger, Samira, entre deux youyous enroués, a eu cette formule : "Pourquoi devrais-je avoir honte de mon pays car il a élu un handicapé ? Je préfère un impotent qui a fait ses preuves à un type en pleine forme qui nous abreuve de fausses promesses."

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