Politique

Tunisie : Ali Seriati, gagnant en appel

Ali Seriati, au tribunal de Tunis, le 19 juin 2012. © FETHI BELAID / AFP

Trois ans de prison pour la répression de la révolution, contre vingt en première instance. Le verdict rendu à l'encontre de l'ancien homme de confiance de Ben Ali est très critiqué.

Trois ans de prison : c’est la sentence prononcée en appel par le tribunal militaire de Tunis à l’encontre de l’ancien chef de la garde présidentielle Ali Seriati, de l’ex-ministre de l’Intérieur Rafik Belhaj Kacem et des anciens directeurs généraux au ministère de l’Intérieur Adel Touiri, Jalel Boudriga et Lotfi Zouaoui, jugés dans l’affaire des martyrs et des blessés de la révolution. Annoncée le 12 avril, la peine, qui couvre la durée de leur détention préventive, est synonyme de remise en liberté pour tous les accusés, sauf Seriati, le principal protagoniste du procès : poursuivi pour non-assistance à personne en danger dans un autre dossier, il reste incarcéré.

Ce général, né en 1940 et passé par Saint-Cyr, était l’homme de confiance de Zine el-Abidine Ben Ali, qui l’avait nommé en 1991 à la direction de la Sûreté nationale, avant de l’introniser, dix ans plus tard, chef de la garde présidentielle. Seriati a été désarmé et arrêté le 14 janvier 2011, à 18 h 10, sur ordre de Ridha Grira, le ministre de la Défense, qui le soupçonnait de fomenter un coup d’État. Vingt-sept minutes plus tôt, il avait accompagné Ben Ali au pied de l’avion qui allait l’emmener à Djeddah, en Arabie saoudite.

Seriati a pressé son patron de monter dans l’appareil car il ne s’estimait plus en mesure d’assurer sa sécurité.

Selon une première version, fantaisiste, des événements, il aurait forcé le dictateur à fuir pour s’emparer du pouvoir, en exagérant la portée des menaces qui pesaient sur lui. En réalité, effaré devant le chaos qui régnait dans le pays et à l’aéroport après la mutinerie des commandos de la brigade antiterroriste et le ralliement à leur cause des unités d’élite de la garde nationale, Seriati a pressé son patron de monter dans l’appareil car il ne s’estimait plus en mesure d’assurer sa sécurité. Il est ensuite resté au salon d’honneur de l’aéroport pour accueillir Ghazoua, l’une des filles de Ben Ali, arrivée trop tard pour embarquer à bord du jet présidentiel. Il paraît difficile d’imaginer qu’un homme censé être le cerveau d’une si vaste conspiration sur le point de réussir puisse se laisser appréhender sans résistance.

Dès le lendemain, son nom a été jeté en pâture à l’opinion. Son arrestation ayant été tenue secrète, Ali Seriati a été présenté comme le chef en cavale de miliciens chargés de semer la terreur et de préparer une contre-révolution. Un mensonge éhonté, à l’origine de lourdes pertes dans les rangs des policiers, confondus avec ces miliciens imaginaires et pris à partie par les militaires. Il a fallu des mois pour que la supercherie soit révélée. Acquitté en juin 2012 dans l’affaire des martyrs de Thala et Kasserine, Seriati avait été condamné en première instance à vingt ans de prison dans celle qui vient d’être rejugée.

Les familles des martyrs réclament justice

Le nouveau verdict, qui a provoqué incompréhension, stupeur et colère, ne satisfait personne. Jugé par contumace, Ben Ali écope de la perpétuité. Invraisemblable, d’autant qu’aucun ordre écrit de tuer n’a été retrouvé (probablement parce qu’il n’en existe pas). La justice militaire a-t-elle fait preuve de partialité, y a-t-il eu arrangement pour sauver la mise aux responsables sécuritaires de l’ancien régime ? Se pourrait-il, a contrario, que toutes les victimes aient été tuées par des ricochets de balles perdues (de tels accidents ont été recensés) ? Les familles des martyrs, indignées, réclament justice pour leurs morts.

>> Lire aussi : manifestations contre les condamnations clémentes de responsables de l’ère Ben Ali

Déjà, les députés de l’Assemblée constituante parlent de dessaisir le tribunal militaire pour faire comparaître les accusés devant une cour civile spéciale, dans l’éventualité où le jugement serait cassé. Une belle hypocrisie, car l’article 110 de la Constitution qu’ils viennent de voter interdit la création de juridictions d’exception. Quel qu’en soit le motif…

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte