Justice

Niger : Clémence Aïssa Baré demande justice pour l’assassinat de son mari

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Ibrahim Baré Maïnassara (ici en 1998) a été abattu par des membres de sa garde.

Ibrahim Baré Maïnassara (ici en 1998) a été abattu par des membres de sa garde. © TIMOTHY A. CLARY / AFP

La veuve de l’ancien président nigérien Ibrahim Baré Maïnassara espère toujours faire juger les assassins de son mari. Dans ce but, elle a saisi la Cour de justice de la Cedeao. 

"Il avait droit à la vie, on la lui a ôtée le 9 avril 1999. On lui doit – et on nous doit – justice." C’est par cette simple formule que Clémence Aïssa Baré, veuve de l’ex-président nigérien Ibrahim Baré Maïnassara (1996-1999), explique la décision de sa famille de passer à la vitesse supérieure dans sa quête de vérité sur son assassinat. Après quinze années de procédures judiciaires infructueuses au Niger, elle a assigné l’État, le 12 décembre 2013, devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), à Abuja (Nigeria) – mais sa plainte n’a été rendue publique qu’à la mi-avril.

Les Baré espèrent faire condamner Niamey pour violation du droit à la vie, puis obtenir l’ouverture d’une enquête et le renvoi devant les tribunaux des responsables du crime. S’ils y parviennent, c’est une chape de plomb solidement scellée qui sera levée sur cet assassinat politique d’autant plus odieux que l’impunité des auteurs semblait définitivement acquise.

Retour sur ce matin du 9 avril 1999. Sur le tarmac de l’aéroport militaire de Niamey, le général Ibrahim Baré Maïnassara s’apprête à embarquer à bord d’un hélicoptère des Forces armées nigériennes (FAN) à destination d’Inatès, près de la frontière malienne. Mais alors qu’il passe en revue les troupes, il est fauché par une rafale de mitrailleuse lourde tirée dans son dos par des éléments de sa propre garde, commandée par le chef d’escadron Daouda Malam Wanké. Trois personnes qui tentent de lui porter secours sont elles aussi abattues : Mallam Souley, son chauffeur, Ali Sahad, consul du Niger en Libye, et le lieutenant Harouna Idé.

L’après-midi, dans un discours, le Premier ministre Ibrahim Assane Mayaki, pourtant nommé à ce poste par Baré, évoque "un accident malheureux". Puis, le 11 avril, après diverses tractations internes, des officiers des FAN annoncent, dans une déclaration radiotélévisée, avoir perpétré un coup d’État, afin de "mettre un terme au vide constitutionnel occasionné par la disparition subite du président de la République". Daouda Malam Wanké devient président du Conseil de réconciliation nationale et chef de l’État.

Une amnistie taillée sur mesure

Depuis, tout le combat de la famille consiste à faire admettre que Baré a été victime d’un meurtre prémédité et non d’un coup d’État. Député du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP-Jama’a), la formation du défunt président, Mohamed Ben Omar en veut pour preuve les déclarations de Mayaki reconnaissant dans une interview à Jeune Afrique, en septembre 1999, qu’il s’agissait bien d’un assassinat. Or jusqu’ici, la justice nigérienne a rejeté les nombreuses plaintes contre X de la famille pour diverses raisons, mais souvent en invoquant une amnistie taillée sur mesure pour les auteurs du coup d’État et inscrite dans la Constitution de juillet 1999.

Famille, société civile et compagnons politiques de Baré ont obtenu que cette disposition soit supprimée dans l’actuelle loi fondamentale pour les événements du 9 avril 1999. Reste la loi du 24 janvier 2000, toujours en vigueur, qui absout à la fois les auteurs des coups d’État de 1996 (par lequel Baré lui-même est arrivé au pouvoir) et de 1999. Solidaire de la famille en dépit d’incompréhensions passées, le RDP-Jama’a, aujourd’hui dans la majorité présidentielle, promet de soumettre au Parlement un projet de loi visant à l’abroger. En attendant, Clémence Aïssa Baré a le regard tourné vers Abuja.

Niamey en délicatesse

Pour le Niger, la saisine de la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) n’est pas une bonne nouvelle. En octobre 2008, la juridiction supranationale avait déjà condamné l’État à verser 10 millions de F CFA (environ 15 000 euros) d’indemnités à une Nigérienne de 24 ans, Hadijatou Mani Koraou, pour ne l’avoir pas protégée contre l’esclavage durant neuf ans en dépit de l’existence d’une loi réprimant cette pratique. La jeune femme était défendue par Me Abdourahaman Chaïbou… aujourd’hui avocat de la famille Baré.

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