Scène de liesse à Brazzaville chez des supporters de Denis Sassou Nguesso après sa réelection à la présidence du Congo, le 24 mars 2016. © EDUARDO SOTERAS/AFP.

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Congo : du bon usage de la crise

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Économie

Congo-Brazzaville : après le FMI, la route très ténue vers la croissance

Les négociations avec le FMI et les traders ont enfin abouti, les cours du baril sont au plus haut, la croissance devrait redevenir positive. Mais le pays doit désormais répondre à des exigences de transparence très strictes et démontrer que sa feuille de route est réaliste.

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Par - Envoyé spécial à Brazzaville
Mis à jour le 9 mai 2022 à 12:20

Le champ de Moho Nord, au large de Pointe-Noire, a été mis en production en mars 2017 par Total (opérateur majoritaire). Avec une capacité de 140 000 barils/jour, il assure désormais plus de la moitié de la production congolaise. © MALFERE DAMIEN – TOTAL

« Nous sommes toujours sous la très haute surveillance du FMI [Fonds monétaire international] », choisit de rappeler Rigobert Roger Andély pour démarrer l’entretien qu’il a réussi à caler dans son emploi du temps surchargé. C’est que, depuis sa nomination il y a tout juste un an, le ministre des Finances et du Budget du Congo est en première ligne de l’action gouvernementale. D’abord pour obtenir un nouvel accord de coopération budgétaire avec le Fonds – mission accomplie le 21 janvier –, ensuite pour remettre à flot les finances publiques et permettre le redémarrage économique du pays, qui était au point mort depuis la chute des cours du baril, à la fin de 2014.

Les deux parties ayant enfin pu signer un contrat de confiance, le plus dur commence peut-être maintenant pour le Congo, qui ne pourra pas se contenter de paver de bonnes intentions le long chemin qui doit le mener du désendettement au développement. « Même l’actuelle flambée des prix des hydrocarbures n’exonérera pas les autorités congolaises de devoir faire des efforts », prévient le résident à Brazzaville de l’un des principaux bailleurs internationaux du pays.

Assainir les comptes

Rigobert Roger Andély en est bien conscient. Passé par le FMI puis par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), dont il fut vice-gouverneur, il connaît sur le bout des doigts la feuille de route à suivre pour remettre son pays sur les rails de l’orthodoxie financière et, donc, rassurer des bailleurs, multilatéraux comme bilatéraux. Son entrée au gouvernement en mai 2021 avait déjà été perçue comme la confirmation que le Congo souhaitait, cette fois, vraiment assainir ses comptes publics. À 68 ans, le grand argentier retrouvait alors un portefeuille qu’il avait déjà occupé de 2002 à 2005 et où il avait, semble-t-il, laissé de bons souvenirs en remettant de l’ordre dans les finances du pays.

Le Congo n’était pas endetté, il était surendetté

De retour aux affaires, il a donc rapidement ressorti le Bic rouge, qui avait assis sa réputation de père la rigueur lors de son premier passage aux Finances, l’outil idéal pour tailler dans les lignes budgétaires, parfois au plus grand mécontentement de certains autres membres du gouvernement. Mais, avec un endettement encore estimé à 94 % du produit intérieur brut (PIB) et un taux de croissance nul pour l’année 2021, le Congo pouvait difficilement choisir une autre voie que celle de la discipline budgétaire dictée par son ministre des Finances, qui s’est imposé au fil des mois comme le véritable « économiste en chef » du pays.

« Le Congo n’était pas endetté, il était surendetté », affirme Rigobert Roger Andély en insistant sur la nuance. Le gouvernement n’a donc pas ménagé sa peine pour retrouver, en quelques mois, les bonnes grâces des experts du FMI qui, en 2021, avaient même refusé d’accorder à Brazzaville l’aide d’urgence destinée à faire face à la crise sanitaire, pourtant distribuée à la plupart des autres pays de la sous-région.

Nouveau cycle de confiance

Les premières réformes budgétaires, couplées à une embellie des cours pétroliers qui favorise la croissance du PIB, permettent au Fonds de revoir ses calculs et, en septembre dernier, de reconnaître officiellement « la soutenabilité de la dette congolaise ». Première étape obligée d’un nouveau cycle de confiance, qui aboutit à l’ouverture d’un nouveau round de négociations avec Brazzaville.

Le FMI et les autres bailleurs internationaux ont imposé « des exigences très, très, très fortes »

Jusqu’à ce que, le 21 janvier, le conseil exécutif du FMI approuve une facilité élargie de crédit (FEC) de 455 millions de dollars sur trois ans, avec un premier décaissement immédiat de 90 millions de dollars. De quoi permettre au pays de voir ses finances repasser dans le vert et de tabler sur une croissance avoisinant les 2 % à la fin de 2022, selon les experts de l’institution monétaire. Pour s’en assurer, ces derniers vont multiplier les revues à Brazzaville. Trois doivent d’ores et déjà se tenir d’ici au mois de septembre. Difficile, dans ces conditions, de s’écarter « des exigences très, très, très fortes » – aux dires d’Andély –, imposées par le FMI et les autres bailleurs multilatéraux.

En tête de liste des bonnes pratiques à suivre immédiatement et impérativement par le Congo figurent la lutte contre la corruption, l’amélioration du climat des affaires et la rationalisation de la fiscalité. « Le pays doit renforcer la mobilisation de ses recettes intérieures et l’efficacité de ses dépenses publiques, résume le Fonds. Avec l’objectif de finaliser la restructuration de sa dette extérieure. »

Fin de certaines pratiques douteuses

Le Congo est aussi fermement appelé à en finir pour de bon avec certaines pratiques douteuses, comme les fameux prêts non concessionnels obtenus ces dernières années auprès de certains négociants pétroliers, qui ont plombé les comptes du pays en même temps qu’ils ruinaient sa crédibilité auprès de ses partenaires financiers. Après Orion et Trafigura à la fin de 2021, Brazzaville a obtenu le 28 janvier une décote de la part de Glencore, espérant clore pour de bon un dossier qui a nécessité l’intervention personnelle du président Denis Sassou Nguesso (DSN). « Nous avons retenu la leçon », veut croire le ministre des Finances, qui rappelle que, depuis le 21 janvier et pour les trois prochaines années, il est interdit au Congo d’avoir recours à ce type de prêts.

Décidément sur tous les fronts, le Congo a également pu renégocier ses dettes avec le Brésil, la Turquie, la Libye, l’Inde… Et il doit engager un deuxième round de négociation pour la restructuration de sa dette avec la Chine, après celui de 2018-2019. Si Brazzaville arrive à ses fins, la dette publique pourrait être ramenée à 74 % du PIB à la fin de cette année, donc proche de la norme de 70 % de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).

Une manne inespérée : la hausse des cours du brut

Il sera temps alors pour Rigobert Roger Andély et son pays de lancer le Plan national de développement (PND) 2022-2026, sur lequel s’est fait réélire DSN en 2021. Les 8 789 milliards de F CFA (13,4 milliards d’euros) nécessaires à son financement doivent être apportés aux deux tiers par les investisseurs internationaux et le solde par le gouvernement congolais, qui peut compter sur la bonne santé actuelle des cours du baril pour disposer des fonds nécessaires.

L’un des objectifs du PND est de permettre au pays de sortir du tout pétrole

L’agence de notation internationale Fitch Ratings table désormais sur un cours moyen de 100 dollars le baril de brut en 2022, qui devrait permettre au Congo de tripler ces ressources en devises étrangères cette année. Sachant que la loi de finances 2022 s’est basée sur un baril à 65 dollars, le pays pourrait donc disposer d’une manne inespérée, qui restera d’abord orientée vers la réduction des créances internes et externes, comme le précise l’accord avec le FMI.

« Notre priorité est de retrouver un peu d’aisance financière », explique Rigobert Roger Andély, notamment pour reconstituer des réserves auprès de la Banque centrale. Celles-ci ne représentent actuellement que 2,4 mois d’importation : trop peu, au moment où l’inflation se fait déjà sentir sur de nombreux produits alimentaires depuis le début du conflit ukrainien.

L’un des objectifs du PND, soutenu par le FMI, est justement de permettre au Congo de sortir du tout pétrole – 90 % des recettes d’exportation, 60 % des recettes budgétaires – et de diversifier son économie, en particulier vers l’agriculture. L’idée est de développer, à terme, des filières locales de produits de substitution susceptibles de renforcer l’autonomie alimentaire au pays et, donc, de réduire sa dette extérieure. À charge pour le Congo de poursuivre ses efforts afin de disposer, dès les prochains mois, des moyens financiers nécessaires à de telles ambitions.