Société

Togo : défilé de « Nanas Benz »

L’événement « Le Pagne en fête », fin avril à Lomé, a rendu hommage aux anciennes revendeuses de tissu connues sour le nom de « Nanas Benz » et célébré la mode africaine contemporaine.

Mis à jour le 1 mai 2014 à 16:20

Du 22 au 29 avril, leurs portraits ont trôné dans le vaste hall du Palais des Congrès de Lomé. Rose Creppy, Pauline Adjovi Efoe-Fabre, Povi Attivi-de Souza, Felicia Atayi… Soit une quinzaine de "Nanas Benz", ces maîtresses femmes, hiératiques et indomptables, révérées et mythifiées, qui ont amassé des fortunes dont le signe extérieur fut la possession – ô combien symbolique dans cet ancien protectorat allemand – d’une Mercedes-Benz. Sur leurs frêles épaules a reposé une partie de l’économie du pays, après le départ des maisons de commerce coloniales.

L’avenir est dans l’usinage

Organisateur de l’événement "Le Pagne en fête", Alexis Aquereburu, deuxième vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo, a réussi à mettre un peu de poésie dans l’hommage rendu à ces femmes réputées dures en affaires. Mais on perçoit aussi, en creux, l’idée que cette aristocratie du commerce du pagne relève aujourd’hui de l’histoire ancienne, témoignage d’une Afrique non industrialisée et sans compétences technologiques qui célébrait des revendeuses de tissus imprimés destinés au marché africain – notamment le célèbre real Dutch wax. Désormais, l’avenir est dans l’usinage sur le continent des textiles portés par des millions d’Africains.

L’événement a aussi surfé sur la tendance "ethnique" qui a marqué les défilés de haute couture du printemps 2014. Produire les tissus, mais aussi séduire le monde. Autant d’arguments qui ont attiré à Lomé des dizaines de designers et couturiers utilisant les matières traditionnelles africaines, comme le Nigérien Alphadi et le Burkinabè Bazem’se.

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Georges Dougueli, envoyé spécial à Lomé