Politique

Côte d’Ivoire : dix choses à savoir sur Yasmina Ouégnin, la quadra qui bouscule le parti de Bédié

La députée PDCI-RDA de Cocody, Yasmina Frédérique Lucienne Ouégnin, fait partie de la jeune garde qui bouscule le vieux parti dirigé par l’ancien président ivoirien.

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Mis à jour le 6 avril 2022 à 10:47

Yasmina Ouégnin, députée PDCI-RDA de Cocody (Côte d’Ivoire). © Vincent Fournier/JA

1. Assureuse

Née le 8 juin 1979, Yasmina Ouégnin grandit entre la France et la Côte d’Ivoire. Elle est titulaire d’un master en gestion de risques obtenu à l’École supérieure de commerce de Bordeaux en 2004. Depuis 2005, elle est la fondatrice et directrice générale de la société de courtage en assurance Avedis, spécialiste de l’évaluation et l’analyse des risques. Ses pairs l’avaient élue secrétaire générale de l’Association nationale des courtiers d’assurances et de réassurances de Côte d’Ivoire (Ancarci) de 2011 à 2014 et lui avaient également confié la communication de l’organisation.

2. Filleule d’Houphouët

Fille cadette de Georges-François Ouégnin, protocole pendant trois décennies de Félix Houphouët-Boigny, elle fait partie de la bourgeoisie rattachée au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Cocody. Les dimanches étaient l’occasion de repas aux côtés de l’ancien président, qui était son parrain. Quelques familles influentes étaient également conviées à ces rencontres.

3. Plus jeune députée

Ayant toujours baigné dans la politique au sein d’une famille PDCI, Yasmina Ouégnin participe à des meetings de la jeunesse du parti (JPDCI). À 20 ans, elle s’intéresse à l’engagement citoyen et participe à des rencontres de femmes leaders. Mais c’est après la crise post-électorale de 2010 qu’elle franchit le pas pour briguer un mandat électif.

« C’était une grande déchirure car cette élection devait nous permettre de tourner la page après le recul démocratique que nous avons connu en 2002. Il y a eu un grand engouement autour de ce scrutin. Malheureusement, cela nous a plongé dans un autre cycle de violence », confie-t-elle.

Je faisais partie de la minorité qui dénonçait l’accord de Daoukro. Ai-je été ostracisée à l’époque ? Oui. Mais avais-je tort ?

En 2011, Yasmina Ouégnin se présente aux législatives à Cocody, une commune d’Abidjan. Pour « faire sa part ». Elle devient à l’époque, à 32 ans, la plus jeune députée de l’hémicycle. Depuis 2021, c’est la députée indépendante Naya Jarvis Zamblé, âgée de 26 ans aujourd’hui, qui est la cadette.

4. Dissidence

Entre la cadette Ouégnin et le parti, les relations ne sont pourtant pas un long fleuve tranquille. En 2014, elle fait partie des rares voix qui s’élèvent pour s’opposer à « l’appel de Daoukro », qui appelle à soutenir la candidature d’Alassane Ouattara. En vain. Celui-ci sera adopté lors d’un congrès en mars 2015. « Cela fait partie de la démocratie interne. Des avis et des courants différents s’affrontent. Je faisais partie de la minorité qui dénonçait l’accord de Daoukro. Ai-je été ostracisée à l’époque ? Oui. Mais avais-je tort­ ? », lance-t-elle.

5. Indépendante

En 2016, après avoir échoué à obtenir l’investiture de la coalition RHDP, Yasmina Ouégnin se présente en indépendante. Elle fait face à Affoussiata Bamba-Lamine, alors ministre de la Communication et porte-parole adjointe du gouvernement. S’appuyant sur une forte stratégie de communication, notamment sur les réseaux sociaux, et mettant en avant son ancrage à Cocody, Yasmina Ouégnin remporte le scrutin au terme d’une élection très disputée.

Elle crée son groupe parlementaire, Vox Populi, renforçant son image d’indépendante. Mais, depuis la rupture du PDCI avec l’alliance présidentielle, en août 2018, et son refus d’intégrer le parti unifié RHDP, la donne a changé.

6. Retour à la maison

Un temps suspendue de la formation d’Henri Konan Bédié, elle a depuis été réintégrée, et a retrouvé ses marques, au point d’être considérée comme la nouvelle coqueluche du parti. En 2021, elle brigue un troisième mandat à Cocody sous l’étiquette de la coalition de l’opposition PDCI-RDA/EDS (Rassemblement démocratique africain/Ensemble pour la démocratie et la souveraineté) et est réélue.

Les dynamiques sont différentes car le PDCI est clairement entré dans l’opposition. Nous ne faisons plus la même offre politique

Au terme du colloque de la commémoration du 75e anniversaire du PDCI, en octobre 2021, c’est elle qui a été désignée pour lire les résolutions finales. La politicienne a évolué depuis 2011 et semble désormais prendre le pli de l’appareil du parti. Pour elle, être houphouétiste ne se limite pas au nom et au logo du PDCI-RDA. « Il faut parler de ses valeurs et de sa vision. Un PDCI qui serait uniquement replié sur une zone géographique, ou ne ferait pas la promotion du genre, ni du renouvellement ne serait pas houphouétiste », explique-t-elle.

7. Mairie ?

Lorgne-t-elle la commune de Cocody alors que les municipales sont prévues pour 2023 ? Yasmina Ouégnin se réserve de répondre par l’affirmative ou par la négative. Mais son ambition de briguer la mairie est un secret de polichinelle au sein du parti. Ce qui pourrait créer de nouvelles tensions lors des investitures, l’actuel maire, Jean-Marc Yacé, étant lui aussi du PDCI. Ce dernier, issu d’une famille influente du parti et proche d’Henriette Bédié, épouse du Sphinx de Daoukro, est à son premier mandat et pourrait vouloir en briguer un second.

Yasmina Ouégnin tournera-t-elle, une fois de plus, le dos à sa famille politique pour se présenter en indépendante si elle n’a pas son soutien­ ? « On y répondra en temps voulu », tranche-t-elle. « C’est un scrutin de liste. Je peux ne pas être à la tête et apporter ma contribution pour faire évoluer ma commune. Les dynamiques sont différentes car le PDCI est clairement entré dans l’opposition. Nous ne faisons plus la même offre politique. » Et d’ajouter : « Je n’ai pas peur d’affronter le suffrage. »

8. Rapprochement avec Guikahué

Yasmina Ouégnin et le secrétaire exécutif en chef, Maurice Kakou Guikahué, ont eu quelques passes d’armes par lettres interposées en 2018. Dans l’une d’entre elles, rendue publique le 8 juillet, la députée dénonçait une « caricature » de l’attitude qu’elle aurait eu lors d’un bureau politique, en décembre 2014, pour s’opposer à « l’appel de Daoukro ». « Je ne tolère pas l’image d’une jeune femme inconsciente et imprudente que vous vous acharnez à me concéder », avait-elle écrit.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et la réorganisation du parti lancée par Henri Konan Bédié a rebattu les cartes. Yasmina Ouégnin s’est rapprochée du secrétaire exécutif en chef, ainsi que de ses proches. Le 12 mars dernier, elle s’est ainsi exprimée devant des militants à Didiévi, dans le centre, au nom de Guikahué. Alors que les tensions internes divisent le parti et que le secrétaire exécutif en chef est de plus en plus contesté, ce rapprochement lui sera-t-il un atout dans sa prochaine bataille électorale ?

9. Renouvellement générationnel

Le débat sur la limitation d’âge pour être candidat à la présidentielle avait animé la scène politique depuis l’annonce du député Assalé Tiémoko de sa volonté d’introduire un projet de loi en ce sens et avait eu un écho au sein du PDCI où des jeunes cadres demandent un passage de relais générationnel.

Pour Yasmina Ouégnin, le parti est « dynamique et se nourrit de débats contradictoires ». Elle insiste sur le fait que, malgré les apparences, le parti fait preuve d’une grande ouverture et que tous les dossiers de candidature qui respectent les statuts du parti sont acceptés. « Personnellement, je m’intéresse davantage aux débats sur l’éducation et la cherté de la vie. Le PDCI m’a confié la jeunesse et l’insertion sociale. Selon moi, ce sont ces débats qui sont plus constructifs », précise celle qui a été nommée coordonnatrice déléguée à la Jeunesse, à la Formation professionnelle, au Service Civique et au Programme de seconde chance au sein de la Commission économique, sociale et culturelle, au lendemain des réformes opérées par Bédié en novembre 2021.

10. Congrès

Yasmina Ouégnin souligne deux rendez-vous qui seront cruciaux pour l’avenir du parti : la réunion du prochain bureau politique – dont elle est membre depuis 2013 – et le congrès, qui doit se tenir en octobre prochain. Le parti est mobilisé pour la préparation de ces deux échéances, qui permettront notamment de faire un bilan du mandat écoulé et d’élire un nouveau président. Pour l’heure, au sein du parti, un consensus semble se dégager : Henri Konan Bédié, qui conserve la haute main sur le PDCI, devrait être reconduit.