Société

Match Algérie-Cameroun : la grande victoire des fake news

Sur la route de la phase finale du mondial de football, le psychodrame qui a suivi l’élimination de l’équipe algérienne s’est métamorphosé en rumeurs sur le prétendu assassinat de l’arbitre de la rencontre fatale… 

Mis à jour le 4 avril 2022 à 18:19
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

L’irrationalité des fake news n’a d’égale que la rapidité de leur diffusion. Et le football, théâtre théorique du fair-play, n’échappe pas à l’outrance numérique contemporaine, dans la spirale infernale de la frustration passée à la moulinette de l’approximation et de l’extrapolation. Et ceci jusqu’à des « vérités alternatives » macabres. Certes, l’enjeu patriotique d’une qualification nationale n’est pas anecdotique, qui plus est lorsqu’il s’agit de la compétition footballistique suprême et de la qualification d’une équipe du haut du panier. Comme en témoigne le spectacle du sélectionneur algérien en larmes sur une pelouse, l’élimination de la phase finale qatarienne du mondial a viré au traumatisme, après la défaite face au Cameroun, le 29 mars dernier.

Remake d’« À mort l’arbitre »

Le match de barrage n’ayant basculé que d’un but dans les arrêts de jeu – celui de Toko-Ekambi –, les partisans de l’équipe maghrébine ont hurlé à l’injustice en dénonçant un couperet facilité par l’arbitrage. Si le président de la Fédération algérienne de football (FAF) semble avoir admis sa position de fusible, en présentant sa démission dès le surlendemain du match, Charaf-Eddine Amara a indiqué avoir déposé un recours auprès de la Fifa, dans l’espoir que le match soit rejoué. Deux buts ont été refusés à l’attaquant algérien Islam Slimani par l’arbitre Gambien Bakary Gassama…

Jusque-là, et même si les spécialistes susurrent que le recours ne devrait aboutir que sur présentation de preuves de corruption, la démarche est réglementaire et le psychodrame légitime, au regard de l’enjeu et de l’effet de surprise. Mais certains internautes n’ont pu s’empêcher de fantasmer un remake d’À mort l’arbitre, un film français de 1984…

Dès la fin de la confrontation Algérie-Cameroun, les insultes « de rigueur » fusent en direction du Gambien, avant de se transformer en menaces, ces dernières suscitant des rumeurs plus ou moins spontanées. Échappant soudain à la rationalité, les réseaux sociaux murmurent d’abord que l’arbitre de la rencontre aurait été agressé sur la route de l’aéroport. Certains internautes évoquent même un assassinat qu’avaliserait une prétendue vidéo. Information notamment relayée par le site fibladi.com qui, début mars, représentait déjà des photos de l’arbitre avec des cibles incrustées.

Gage de très longue vie

Piqué au vif par ce bras de fer algéro-camerounais, le troisième pays de l’équation réagit. Le secrétaire général et candidat à la présidence de la Fédération gambienne de football indique que la présumée victime est revenue à son domicile sans encombres : « Les bruits sur le meurtre de Bakary Gassama ne sont que des rumeurs. Nous l’avons contacté, il est actuellement en Gambie et vit normalement. »

Espérons que l’arbitre ait foi en ces croyances ouest-africaines qui considèrent que l’annonce erronée d’un décès est un gage de très longue vie. À l’éducation de faire le reste : celle des supporters aux valeurs sportives et celle des usagers des réseaux sociaux, auteurs malintentionnés ou lecteurs crédules…