Politique

Cameroun-France : quand le Quai d’Orsay veut accompagner la société civile locale

L’ambassade de France au Cameroun s’apprête à lancer son premier Conseil de la jeunesse consacré au suivi des résolutions du sommet Afrique-France. Une initiative qui fait grincer des dents à Yaoundé.

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Mis à jour le 4 avril 2022 à 17:01

Le président français Emmanuel Macron à Montpellier, dans le sud de la France, le 8 octobre 2021. © LUDOVIC MARIN/AFP

C’est un projet pilote que le Quai d’Orsay n’exclut pas de dupliquer dans d’autres pays africains : établir un Conseil de la jeunesse consacré au suivi des résolutions du dernier sommet Afrique-France. À travers cette initiative, l’ambassade de France au Cameroun souhaite réunir de jeunes leaders de la société civile camerounaise afin de poursuivre la réflexion entamée à Montpellier en octobre 2021. 

Le genèse du projet remonte au 10 janvier dernier. L’ambassade réunissait ce jour-là les jeunes ayant pris part aux assises de Montpellier. D’autres acteurs de la société civile locale avaient également été conviés. À l’issue des échanges, décision a été prise de mettre sur pied un « conseil » de la société civile et des diasporas dont les travaux seront encadrés par le conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France, Yann Lorvo. 

Première cuvée

Le diplomate français se défend toutefois d’avoir la main sur le contenu des échanges. Il insiste sur « l’autonomie » des participants et sur le fait que la structure servira, selon lui, « d’incubateur local pour susciter, structurer et accompagner la mise en application de projets transformateurs ».

Quinze jeunes leaders de la société civile camerounaise ont été mobilisés pour conduire la première cuvée du conseil. À ce groupe devraient se greffer des jeunes Français vivant au Cameroun qui s’intéressent à l’avenir des relations entre les deux pays.  

À sa tête, Jacques Jonathan Nyemb, qui se présente comme un ardent militant de « la redéfinition des relations entre l’Afrique et les anciennes puissances coloniales ». À 35 ans, c’est également un avocat d’affaires réputé, connu pour avoir fondé et présidé The Okwelians, un think tank qui veut promouvoir l’innovation sociale par un leadership éthique au Cameroun. 

Comment réagiraient les autorités françaises si le Cameroun se retrouvait à organiser la société civile dans leur pays ?

Le problème, c’est qu’à Yaoundé, ce projet n’est pas vu d’un bon œil. Au ministère des Relations extérieures, on s’inquiète notamment du parrainage de l’ambassade de France, dont l’action est interprétée comme la « mise en place d’un relais d’influence ». « Les autorités camerounaises n’ont pas été associées à ce projet. Comment réagiraient les autorités françaises si le Cameroun se retrouvait à organiser la société civile dans leur pays ? » interroge un diplomate camerounais sous couvert d’anonymat.  

Inquiétudes

Des inquiétudes que veut dissiper Yann Lorvo. « Nous sommes une représentation diplomatique et nous ne pouvons évoluer en marge des autorités. Il s’agit d’un groupe autonome. Et il n’y a aucun doute qu’avant de réaliser un projet, l’administration concernée y sera associée », a-t-il indiqué à Jeune Afrique. 

Avec un contingent de 80 jeunes, le Cameroun était le pays africain le mieux représenté lors des travaux de Montpellier. Sportifs, artistes, entrepreneurs et militants… Un large éventail de personnalités avaient été conviées par les autorités françaises à ce sommet dont la préparation avait été conduite par un autre Camerounais d’origine, le politologue et historien Achille Mbembe.