Politique

Sénégal : où se cache Salif Sadio, le chef des indépendantistes casamançais ?

Traqué par l’armée sénégalaise, le chef des rebelles du MFDC est la cible prioritaire de la vaste offensive lancée le 13 mars dernier, en dépit de négociations entamées avec l’État depuis plusieurs années. Méfiant, il vivait depuis des années terré dans le maquis.

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Par - Envoyée spéciale
Mis à jour le 14 avril 2022 à 10:05

Salif Sadio, le 23 janvier 2018. © ALLEN YERO EMBALO / AFP

Il est perçu comme le plus radical, celui qui ne déposera jamais les armes. À la tête de l’aile nord du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), le chef rebelle Salif Sadio est la cible numéro un de l’offensive militaire lancée le 13 mars dernier dans le Nord-Sindian, à proximité de la frontière gambienne.

Dès qu’il s’agit de localiser Salif Sadio, chacun y va de son hypothèse. Selon les uns, il aurait tenté de fuir par le Sud en évitant les positions de l’armée. D’autres le disent terré dans le maquis, d’où aucun soldat ne pourrait le déloger. Selon une source officielle, le combattant se trouve en vérité déjà hors du Sénégal. L’hypothèse la plus probable est celle de la Gambie, qu’il aurait réussi à atteindre avec six de ses lieutenants.

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Serait-ce inenvisageable ? « Salif Sadio a conservé des connexions avec l’armée gambienne depuis la période de Yahya Jammeh », confie une source proche du dossier. Battu par Adama Barrow à la présidentielle de 2016, l’autocrate permettait en effet à la rébellion d’user d’une base de repli sur son territoire. D’anciens combattants du MFDC auraient d’ailleurs rejoint l’armée nationale gambienne et, à son arrivée au pouvoir, Adama Barrow a tout fait pour les en écarter.

Un chef rebelle isolé

Ennemi juré du responsable de l’aile sud du MFDC, César Atoute Badiate, engagé dans des pourparlers de paix avec le Sénégal, Salif Sadio a été délogé de ses bases proches de la frontière bissau-guinéenne en 2006. Badiate avait alors participé à l’opération aux côtés de l’armée sénégalaise, et en avait profité pour récupérer ses positions et certaines de ses armes. « Il n’y a pas un MFDC, mais des MFDC. L’unification est impossible, car Sadio veut être le chef », résume une source proche du pouvoir, qui a rencontré le rebelle lorsqu’Abdoulaye Wade était à la tête du pays.

Les hommes de Salif Sadio apparaissent comme la dernière poche de résistance d’une vieille rébellion

Depuis plusieurs années, Salif Sadio vivait isolé dans le maquis casamançais. « Il a très peu d’interactions en dehors de ses propres hommes, que ce soit avec les ailes extérieures du MFDC ou avec l’aile politique. Il considère tous ceux qui ne sont pas avec lui comme les valets du Sénégal », glisse une source située à Ziguinchor. En 2019, Salif Sadio avait dénoncé les négociations avec l’État et menacé de reprendre les armes. Il avait envoyé des émissaires dans les villages du nord de la Casamance pour porter la promesse d’une indépendance prochaine de la région.

L’accrochage du 24 janvier dernier entre ses hommes et des soldats sénégalais de la Mission de la Cedeao en Gambie (Micega) aurait « précipité » une action militaire contre ses forces, une intervention prévue depuis plusieurs mois. Et ce, malgré la libération des sept soldats sénégalais pris en otage par le MFDC à l’issue des combats. Acculés, privés de leur base de repli en Gambie, les hommes de Salif Sadio apparaissent comme la dernière poche de résistance d’une vieille rébellion que le Sénégal n’a jamais réussi à faire disparaître.

Vœu de célibat

Le Sénégal pourrait-il parvenir à le capturer ? « Ils ne l’attraperont pas, assure une figure locale du Fogny, la région casamançaise où se tiennent les combats, qui échange régulièrement avec les combattants du MFDC. Pas vivant, en tout cas. » De l’avis de cet interlocuteur, la majorité des combattants du MFDC se seraient dispersés depuis le début de l’assaut. « Sadio est cohérent dans sa ligne. Avec sa bande, ils ont prêté serment quelque part dans le bois sacré. Il a passé trop de temps dans le maquis pour revenir en arrière », ajoute un cadre local de Ziguinchor. N’a-t-il pas fait vœu de célibat tant que la région ne serait pas indépendante ?

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Une chose est sûre : Salif Sadio est désormais l’ennemi public numéro un au Sénégal. L’armée ira-t-elle jusqu’à le tuer ? « En l’éliminant, le Sénégal prend le risque d’en faire un martyr », avance un acteur des négociations entre le MFDC et l’État. Salif Sadio pourrait-il être déjà mort, ainsi que le laissent entendre certains ? Il y a peu de chances, conclut notre interlocuteur : « Si l’armée était parvenue à le neutraliser, elle se serait sûrement empressée de le faire savoir. »