Culture

« 50 pionniers africains » rend visible les moteurs du changement

Ce livre illustré retrace le parcours des premières personnalités africaines ayant eu un impact dans leur domaine sur le continent. Des arts du spectacle aux sciences et technologie, en passant par la santé.

Mis à jour le 21 avril 2022 à 14:41

50 pionniers africains, écrit par Dr Tèju Baba et illustré par Hélène Berly. © My African Clichés.

Les livres sur celles et ceux qui ont marqué l’histoire de l’Afrique sont légion. Comment se démarquer et répertorier, classer ou sélectionner les acteurs du changement en couvrant 54 pays ? Tèju Baba, le créateur du podcast My African Clichés, s’est affranchi de cette question en allant à la recherche de 50 Africains ayant ouvert la voie dans leur domaine grâce à leurs idées, activisme, découvertes et projets, qu’ils soient récompensés ou non.

Arts et spectacles, littérature, santé et médecine, sport, science et technologies, droits humains et société, entrepreneuriat et éducation, et enfin gouvernance et leadership, voilà le fruit de sa classification. Si le résultat a des allures de manuel scolaire agrémenté de fiches synthétiques (écrites en français et en anglais) et illustrées, le projet a le mérite de s’appuyer sur une méthodologie et un travail de documentation sérieux.

Absents ou presque des moteurs de recherche

Pendant plus de deux ans, ce médecin béninois et économiste de formation, installé au Kenya, a récolté un certain nombre d’informations auprès d’universitaires et chercheurs africains pour constituer une base de données de personnalités s’appuyant sur l’histoire récente, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Et couvrant les pays francophones comme anglophones. « Je me suis rendu compte qu’en utilisant les moteurs de recherche, les algorithmes ne faisaient remonter aucune information sur les pionniers africains, raconte l’auteur de 43 ans, qui a sillonné trente pays d’Afrique. Il a fallu que je tape “indigène” pour obtenir des résultats. »

On retrouve des personnalités confidentielles, comme Pelagia Majoni, première Africaine à donner son nom à un astéroïde

Aux côtés des plus évidentes personnalités – Lupita Nyong’o, première femme noire africaine à recevoir un Oscar en 2014, ou Wole Soyinka, premier prix Nobel noir africain de littérature –, on en retrouve des plus confidentielles, peu ou mal connues du grand public et des index des encyclopédies en ligne. Parmi eux, William Anderson Soga, premier médecin noir diplômé d’Afrique du Sud, ou bien Pelagia Majoni, première Africaine à donner son nom à un astéroïde. « À seulement 23 ans, cette Zimbabwéenne a prouvé qu’on pouvait être jeune et pionnière, en évoluant dans un milieu souvent réservé aux hommes comme les mathématiques, observe l’auteur. Elle a grandi dans un petit village sans électricité et mis au point un système de récupération de déchets de pommes de terre pour générer de l’électricité dans son village, et a donc créé de l’impact en local alors qu’elle a été sollicitée aux États-Unis. »

50 pionniers africains, écrit par Tèju Baba et illustré par Hélène Berly. © My African Clichés.

50 pionniers africains, écrit par Tèju Baba et illustré par Hélène Berly. © My African Clichés.

Émancipation

L’ouvrage représente pour Tèju Baba une manière de ne pas passer sous silence les grands enjeux contemporains comme l’environnement ou l’émancipation des femmes, particulièrement cruciaux pour le continent, grâce à la valorisation d’actions transversales. « Je ne voulais pas tomber dans le piège des classifications à l’occidentale, car les Africains sont les premiers écologistes », avance-t-il. Wangari Maathai, première femme d’Afrique orientale et centrale à obtenir un doctorat en 1971 et première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix en 2004, en est le parfait exemple selon lui, puisque cette activiste s’est battue pour la préservation de la réserve naturelle de Karuta, au Kenya.

On peut parfois s’étonner de l’absence de certains précurseurs, comme Denis Mukwege reconnu pour son action menée envers les femmes victimes de violences sexuelles pendant les conflits, ou de Yambo Ouologuem, premier écrivain africain récompensé du prix Renaudot. Ce à quoi Tèju Baba aime répondre : « On me demande souvent pourquoi Nelson Mandela ne figure pas dans le livre. Or, sans Albert Luthuli, son combat n’aurait pas existé. Et cela vaut pour de nombreux pionniers présentés dans cet ouvrage. »

50 pionniers africains, écrit par Tèju Baba et illustré par Hélène Berly, My African Clichés, 136 pages, 37,95 euros,