Économie

Éthiopie : Ethio Telecom résistera-t-il à l’assaut de Safaricom ?

Le géant éthiopien des télécoms, Ethio Telecom, fait face au plus grand défi de son histoire. Avec l’ouverture du marché à la concurrence, c’est sa survie qui est en jeu.

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Mis à jour le 4 avril 2022 à 12:09

Une tour de télécommunications. © IHS

En arrivant au pouvoir en 2018, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a présenté un agenda de réformes particulièrement ambitieux. Objectif principal : ouvrir l’économie éthiopienne à l’investissement privé et à la concurrence. Aujourd’hui, c’est le secteur des télécoms qui est concerné : avec une population de 110 millions de personnes pour un seul opérateur public, Ethio Telecom, le pays reste un immense marché inexploité.

En mai dernier, le gouvernement d’Abiy a attribué la première licence privée pour des services télécoms à l’entreprise kényane Safaricom, pour un montant de 850 millions de dollars.

La suite du projet de privatisation partielle à hauteur de 40% d’Ethio Telecom a été suspendue : en mars, le ministre des Finances a annoncé que le processus de privatisation était ajourné à cause du contexte de guerre civile qui touche le nord du pays. On dit que l’opérateur français Orange était parmi les candidats.

Difficile de dire si, et quand, la vente reprendra, même si le gouvernement « reste déterminé à finaliser le processus de privatisation et se réjouit de renouer le dialogue en temps utile avec les parties qui ont exprimé leur intérêt. »

Retard

Ethio Telecom a longtemps été connu pour ses infrastructures défaillantes, sa couverture morcelée du territoire et ses services lacunaires.

Ces dernières années, l’entreprise a beaucoup investi pour améliorer son réseau, en partenariat avec les chinois Huawei et ZTE, même si des clients se plaignent encore des délais pour ouvrir une ligne. La 4G, jusqu’alors circonscrite à Addis Abeba, est maintenant disponible dans plusieurs régions.

Malgré tout, l’Éthiopie reste loin derrière ses voisins en matière de téléphonie mobile. En 2019, seuls 42 % des Éthiopiens avaient accès à un téléphone portable contre 99 % des Kényans, selon le cabinet britannique d’études spécialisé dans les télécommunications Analysys Mason. Dans une autre étude menée la même année, l’Éthiopie était classée à la 120e place sur 121 pays en ce qui concerne l’utilisation de la bande passante.

Paiement mobile

Les conditions initiales de la licence d’exploitation attribuée à Safaricom ne concernent pas les solutions de mobile money mais la banque nationale éthiopienne devrait autoriser le premier opérateur téléphonique kenyan à lancer son service M-Pesa, leader mondial en Éthiopie dans les prochains mois.

Belcha Reba, directeur de la commission éthiopienne de régulation des télécoms, précise que la deuxième licence inclura une provision suffisante pour permettre à l’opérateur qui l’aura remportée de lancer des services de paiement mobile.

Les experts du secteur estiment que le gouvernement d’Addis-Abeba a délibérément donné une longueur d’avance à Ethio Telecom en n’incluant pas les solutions de paiement mobile dans la première licence, pour protéger l’opérateur historique et lui donner le temps de développer une solution efficace.

>> À lire sur The Africa ReportEthiopia: Can Ethio Telecom survive Safaricom’s April assault ? <<<

Brooke Taye, conseiller du ministre éthiopien des Finances, explique que la privatisation partielle d’Ethio Telecom aidera l’entreprise à se préparer à l’ouverture du marché, en consolidant son capital, ce qui lui permettra d’investir dans les nouvelles technologies et les nouveaux marchés.

8 milliards de dollars en dix ans

La libéralisation du marché des télécommunications devrait profiter aux consommateurs en faisant baisser les prix, en augmentant la couverture réseau et en stimulant l’innovation. « C’est un phénomène qui a été observé dans de nombreux pays d’Afrique : l’introduction de la concurrence dans la sphère numérique oblige les fournisseurs à améliorer leurs services », explique Brooke Taye. « Par ailleurs, environ 70 % de notre population a moins de 30 ans, ce nouveau secteur peut créer des millions de nouveaux emplois. »

En attendant, Safaricom prépare le terrain pour lancer ses opérations en construisant pas moins de 7 000 antennes relais en partenariat avec Huawei et Nokia, même si l’entreprise devra partager les infrastructures existantes en attendant que les nouvelles soient opérationnelles. Safaricom prévoit d’investir 8 milliards de dollars en Éthiopie ces dix prochaines années.