Politique

Maroc-Algérie : ce qu’il faut retenir de la tournée d’Antony Blinken

Entamée quatre jours plus tôt à Tel-Aviv, la tournée du secrétaire d’État américain Antony Blinken au Proche-Orient et au Maghreb s’est achevée à Alger, le 30 mars. Principaux enseignements.

Mis à jour le 31 mars 2022 à 19:37

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken. © Number 10/Flickr/Licence CC

Après s’être rendu en Israël, puis au Maroc, Antony Blinken a conclu sa tournée dans la région par une visite en Algérie, le 30 mars.

Le secrétaire d’État américain est arrivé à Rabat quelques semaines après la non-participation du Maroc, le 2 mars, au vote de l’ONU condamnant l’invasion russe de l’Ukraine. Résultat : le 29 mars, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé le rappel de son ambassadrice au Maroc, Oksana Vassilieva, l’accusant à demi-mot d’être responsable de l’actuel non-alignement marocain dans la guerre qui oppose son pays à la Russie.

« Il y a ceux qui travaillent pour que l’Ukraine puisse se défendre et se battre pour son avenir et il y a ceux qui perdent leur temps en s’accrochant à leurs postes. J’ai signé un premier décret pour rappeler l’ambassadrice au Maroc », a déclaré le président ukrainien, allant même jusqu’à inviter la désormais ex-ambassadrice à « se trouver un autre travail ».

Par ailleurs, le 18 mars, quelques jours avant la tournée du secrétaire d’État américain, l’Espagne a annoncé qu’elle soutenait désormais le plan d’autonomie marocain sur le Sahara. Un revirement qui a provoqué l’ire de l’Algérie, laquelle a rappelé dans la foulée son ambassadeur à Madrid et pris diverses mesures de rétorsion contre l’Espagne.

Opération séduction

À Rabat, lors de sa rencontre avec Blinken, le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, a exhorté l’Europe à « sortir de sa zone de confort » et à imiter l’Espagne. Tandis que son homologue américain a réaffirmé son soutien au plan d’autonomie marocain, jugé « crédible, sérieux et réaliste ».

Blinken s’est envolé le 30 mars pour Alger, où il a déjeuné avec le président Abdelmadjid Tebboune

Les États-Unis semblent ainsi soucieux de rassembler leurs alliés pour faire bloc face à la Russie. Les autorités américaines, par l’intermédiaire de leur secrétaire d’État adjointe Wendy Sherman, avaient, le 10 mars, demandé à l’Espagne de mettre fin au conflit avec son voisin du Sud.

Le secrétaire d’État a aussi profité de son passage dans le royaume pour s’entretenir avec le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed, et évoquer, notamment, les attaques de rebelles Houthis.

Enfin, Antony Blinken s’est envolé le 30 mars pour Alger, où il a déjeuné avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Parmi les sujets abordés par les deux hommes, « la sécurité et la stabilité régionale, la coopération commerciale ainsi que la situation des droits humains et des libertés fondamentales ». Sur ce dernier chapitre, lien de cause à effet ou non, plusieurs détenus d’opinion ont été libérés dans la journée.

Le secrétaire d’État américain aurait notamment tenté de persuader les dirigeants algériens de faire de leur pays une source d’approvisionnement en gaz alternative et durable pour les pays européens dépendants du gaz russe, et plaidé en faveur d’une réouverture du gazoduc Maghreb-Europe, fermé depuis octobre.

L’Algérie avait refusé d’accéder à cette demande américaine lors de la récente visite de la sous-secrétaire d’État américaine Windy Sherman à Alger. Rien n’indique que l’Algérie reviendra sur sa décision.

En Algérie, partenaire régional stratégique de la Russie, Antony Blinken a également plaidé la cause de l’Ukraine. « Il y a un agresseur évident et une victime évidente, et il est important de se tenir aux côtés de la victime », a-t-il assuré. Lors du vote du 2 mars à l’ONU condamnant l’invasion russe de l’Ukraine, l’Algérie s’était abstenue.

Le président algérien a, lui, évoqué divers sujets, mais s’est attardé sur celui de son voisinage, affirmant qu’aucun « Algérien n’a oublié que le Maroc nous a attaqués en 1963… »