Économie

RDC : pourquoi le ministre de l’Économie, Jean-Marie Kalumba, a été destitué

C’est une première dans l’histoire du pays : un ministre a été renversé par sa majorité, mercredi 30 mars. Le résultat d’une grogne populaire mais aussi de rivalités au sein de la coalition du président Tshisekedi.

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 31 mars 2022 à 18:16

Jean-Marie Kalumba, désormais ex-ministre congolais de l’Économie © DR

« C’est un homme libre, un populiste et un révolutionnaire », dit un député de Crispin Mbindule. C’est en effet une petite révolution qu’a provoquée l’élu du Nord-Kivu, mercredi 30 mars, en parvenant à faire adopter sa motion de défiance contre Jean-Marie Kalumba. Par 277 voix pour (199 contre et 12 abstentions), l’Assemblée nationale a destitué le ministre de l’Économie nationale. Une première dans l’histoire congolaise, qui n’avait jamais vu une majorité s’en prendre ainsi à un membre du gouvernement. Jean-Marie Kalumba a jusqu’à demain, vendredi 1er avril, pour présenter sa démission.

« Incompétent »

« Nous leur avons montré qu’il ne suffisait pas d’appartenir à une majorité pour être protégé », explique Crispin Mbindule, qui ajoute : « C’était un incompétent, voilà tout ».

Les députés frondeurs lui reprochent la hausse des prix des produits de première nécessité

Les députés frondeurs pointent une vidéo sur laquelle on voit le ministre distribuer de l’argent à des enfants originaires de sa province, le Maniema – ce qu’ils considèrent comme « une violation du code de conduite des agents publics de l’État » – mais lui reprochent surtout la hausse des prix des produits de première nécessité. « Il a avancé que l’augmentation du prix du blé était due à la guerre en Ukraine, mais on ne va pas me dire que le blé cultivé dans notre province de l’Équateur est plus cher à cause de ce conflit », lâche Crispin Mbindule.

Ces derniers jours, les tentatives de dénouer la crise à l’Assemblée nationale ont toutes échoué. Les interventions du président du Sénat n’y ont rien fait. Membre, comme le ministre de l’Économie nationale, de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC), Modeste Bahati Lukwebo a reçu plusieurs fois les signataires de la motion de défiance, en vain. « On ne peut pas nous corrompre comme cela », assène l’un d’eux.

Rivalités au Parlement

L’action de ces députés est en tout cas révélatrice des tensions qui traversent la majorité présidentielle depuis la mise à l’écart de Jean-Marc Kabund-a-Kabund, qui a officiellement démissionné de son poste de vice-président de l’Assemblée nationale ce jeudi. Beaucoup y voient le résultat d’une rivalité entre Modeste Bahati Lukwebo et le président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso N’kodia Pwanga. « Si Mboso avait voulu inverser la tendance, il aurait pu. Là, il n’a rien fait, constate un élu. Et comme Kabund n’est plus là pour gérer les frustrations et les équilibres, le président Tshisekedi n’a plus vraiment la main au parlement. »

En réponse à la grogne, le Premier ministre, Sama Lukonde Kyenge, vient d’annoncer des mesures urgentes « pour calmer la spéculation ». Une déclaration qui intervient trop tard, alors que la motion de défiance révèle aussi l’impatience des populations face au manque de résultats du gouvernement. « Le mécontentement vis-à-vis de l’exécutif se fait de plus en plus entendre car il n’y a pas beaucoup de réalisations », estime un observateur.

Il faut s’attendre à ce que les prochaines sessions parlementaires soient épiques

Dans la perspective des législatives prévues l’année prochaine, les députés craignent de ne pas voir leur mandat renouvelé. « Il faut s’attendre à ce que les prochaines sessions parlementaires soient épiques », prédit un membre de l’Assemblée. Le prochain épisode pourrait avoir lieu dans les prochains jours, car une nouvelle motion de défiance circule. Sa cible : le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Daniel Aselo Okito.