Société

Tunisie : Habib Boularès, entre ombre et lumières

Habib Boularès était un ancien ministre tunisien et ex-collaborateur de Jeune Afrique. Il s’est éteint à Paris, le 18 avril, à l’âge de 80 ans.

Mis à jour le 28 avril 2014 à 12:49

Habib Boularès occupera plusieurs portefeuilles : Culture, Affaires étrangères, Défense… © Agostino Pacciani pour J.A.

Habib Boularès, qui s’est éteint le 18 avril à Paris à l’âge de 80 ans, a eu plusieurs vies. Sadikien issu de la petite bourgeoisie tunisoise, il a été ­successivement militant nationaliste, journaliste (notamment à J.A. entre 1975 et 1981), ambassadeur, ministre et écrivain. On lui doit notamment Mourad III, une pièce de théâtre créée en 1960, parabole sur la folie du pouvoir, Hannibal, une biographie du général carthaginois publiée en 2000, et une Histoire de la Tunisie à travers ses grandes dates, de la préhistoire à la révolution. Parue chez Cérès en 2012, l’oeuvre fut un succès de librairie retentissant.

Boularès a rejoint le mouvement nationaliste très jeune. Réfugié au Caire, ses sympathies allaient plutôt à Salah Ben Youssef, secrétaire général du Néo-Destour, qui était à la fois le bras droit et le rival de Habib Bourguiba. Il ne se ralliera à ce dernier que plusieurs mois après l’indépendance. Rentré en Tunisie en 1955, il embrasse la carrière de journaliste. Après un passage par Assabah, il prend la direction d’El Amal, le quotidien du parti, en 1960. Il sera aussi directeur général de la Radio Télévision Tunisienne (RTT). En juin 1970, il devient ministre de la Culture et de l’Information, poste qu’il quitte un an plus tard à l’issue du congrès de Monastir, marqué par l’affrontement entre les "bourguibistes" et les "libéraux" d’Ahmed Mestiri. Boularès s’était rangé du côté des seconds. C’est le début d’une traversée du désert de dix ans. Il s’installe en France, le pays de son épouse, Line, enseignante à la faculté de chimie de Paris-VI et ancienne "porteuse de valises" du FLN. Il l’avait rencontrée à Tunis, où elle avait été exfiltrée juste avant que la police française ne vienne l’arrêter.

En 1981, c’est le retour en grâce. Il est élu à la Chambre des députés. Sa carrière politique connaît un coup d’accélérateur après le 7 novembre 1987 et le renversement de Bourguiba par Zine el-Abidine Ben Ali. Boularès occupera plusieurs portefeuilles, l’Information et la Culture, les Affaires étrangères, la Défense. Chef de la diplomatie en août 1990, peu après l’invasion du Koweït par l’Irak, opposé à l’intervention occidentale qui se dessinait déjà, il infligera un véritable camouflet à Michel Vauzelle, envoyé spécial de François Mitterrand, en le recevant, debout, entre deux portes, pour une audience qui ne durera pas plus de cinq minutes. Fin 1991, il accède à la présidence de la Chambre des députés, jusqu’en 1997. Il sera aussi secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), entre 2002 et 2006.

Homme d’une intégrité personnelle sans faille, il n’a pas voulu voir et dénoncer la dérive autocratique du régime Ben Ali, ni s’élever contre la censure. On lui reproche aussi d’avoir fermé les yeux, au cours de son passage à la Défense, sur l’affaire de Baraket Essahel, la grande purge décidée par Ben Ali et Abdallah Kallel pour mettre au pas l’armée.