Société

Gifle de Will Smith : un « Blackgate » aux Oscars ?

La claque du comédien américain Will Smith à l’humoriste Chris Rock, à la soirée des Oscars, doit-elle être décodée sous l’angle de la communauté noire, sous-représentée lors des précédentes cérémonies ?

Mis à jour le 30 mars 2022 à 15:38
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

En 2016, après une deuxième année de suite sans acteur et actrice noirs nommé aux Oscars, le hashtag #OscarsSoWhite dénonçait le manque de visibilité des Africains-Américains dans la cérémonie la plus en vue du cinéma américain, et ceci en dépit de récurrents succès commerciaux portés par les « visibles » Denzel Washington, Morgan Freeman ou Jamie Foxx. Six ans plus tard, à l’issue de la soirée de remise de trophées du 27 mars dernier, les médias occidentaux ne retiennent que les passages sur scène des comédiens « blacks » Chris Rock et Will Smith…

Gifle et contrition publique

Dans son rôle de présentateur satirique, le premier a plaisanté sur la perte de cheveux de Jada Pinkett Smith, qui souffre d’alopécie. Son mari, Will, est monté sur scène pour gifler copieusement l’impudent humoriste, avant de contredire ceux qui auraient imaginé un happening par des insultes menaçantes et particulièrement crues, depuis le fauteuil où il s’était rassis. Avant de fondre en larmes, plus tard dans la soirée, lorsqu’il a reçu l’Oscar du meilleur acteur, dans la pure tradition de la contrition publique américaine…

Sur le fond, ce buzz se transformera en tempête dans un verre d’eau – aucune plainte déposée pour l’heure – nourrie d’arguments entre lesquels il serait une perte de temps de vouloir trancher : certes, la violence publique est inacceptable ; mais certes, il est chevaleresque de défendre sa dulcinée ; mais certes, il faut accepter pour soi la satire qu’on applaudit habituellement ; mais certes –en ces temps de retour du virilisme mondial –, c’est sexy d’administrer une claque, quand on en a bien étudié les chorégraphies sur les plateaux de films d’action…

Instrumentalisation « racialisée »

Il reste l’éventuelle instrumentalisation « racialisée » de l’événement. La gifle a-t-elle à voir avec la couleur de peau des protagonistes ? Censément non, même si certains grincheux tentent de distiller, sur les réseaux sociaux, les stéréotypes d’Afro-américains impulsifs, entichés de leurs muscles et nourris d’outrances hip-hop. Et certains d’évoquer, en mode « Je dis ça, je ne dis rien », le fait que les « OscarsSoWhite », au moins, se déroulaient sans accroc…

Même en éludant le fait que les Noirs sont particulièrement victimes de violences dans la société américaine, et même en admettant que le pugilat de l’édition 2022 des Oscars s’est tenu à la faveur de la nouvelle visibilité de certaines minorités, on pourrait toujours renverser la démonstration en arguant que les « Blacks » ont su enrichir la soirée du politiquement incorrect bienvenu du présentateur et du panache de l’époux blessé. Ça mérite peut-être une molaire endolorie…

En rire pour ne pas en gloser ? Les humoristes ne sont pas les premiers à éviter le décryptage racial. Un chroniqueur français a tenté d’imaginer comment la claque des Oscars pourrait être transposée aux César hexagonaux, avant de conclure qu’il n’y a malheureusement qu’une star de cinéma noir au pays de Molière : Omar Sy, le Sénégalo-mauritanien d’origine, dont la carrière est d’ailleurs en partie américanisée…