Économie

Le FMI et le Mozambique à l’heure de la réconciliation

Le Fonds monétaire international et l’exécutif dirigé par Filipe Nyusi sont parvenus à un accord sur un prêt de 470 millions de dollars. Une première depuis 2016 et le scandale de la dette cachée de 2 milliards de dollars.

Par
Mis à jour le 31 mars 2022 à 11:09

Le président du Mozambique, Filipe Nyusi, le 25 mai 2019. © Siphiwe Sibeko/REUTERS.

C’est une bouffée d’oxygène pour l’économie mozambicaine, en même temps que la preuve du renouveau des relations entre le Fonds monétaire international (FMI) et Maputo. L’institution de Bretton Woods a effet annoncé le 28 mars l’approbation « dans les semaines à venir » d’une facilité élargie de crédit (FEC) de 470 millions de dollars pour le Mozambique.

Ce prêt, octroyé pour la période 2022-2025, doit permettre de « renforcer la reprise économique », « relever les défis de la dette et de son financement » et « répondre aux besoins structurels du pays, notamment au niveau de la gestion des ressources publiques et de la gouvernance ». Il a été validé après des échanges à distance entre les équipes du FMI et l’exécutif de Filipe Nyusi en janvier et février, puis la tenue d’une mission à Maputo mi-mars.

Après six ans de mise à l’écart en raison du scandale de la dette caché de 2 milliards de dollars, suite auquel le FMI avait suspendu son aide au pays pour dissimulation de dette, le Mozambique renoue ainsi avec l’institution de Bretton Woods.

Insurrections terroristes sur fond de catastrophes climatiques

Cette aide intervient dans un contexte sécuritaire et économique tendu pour Le Mozambique, le neuvième pays le plus pauvre au monde, avec un PIB par habitant de 456 euros, doit faire simultanément face à des insurrections terroristes dans le nord du pays – plus de 800 000 personnes déplacées –, les aléas économiques liés à la pandémie de Covid-19, des catastrophes climatiques à répétition et le poids croissant de sa dette.

Des obstacles qui ont freiné le développement de deux projets d’exploitation de ses gigantesques ressources gazières, censées contribuer à l’essor du pays, à savoir Rovuma LNG, géré par Exxon Mobil, et Mozambique LNG, opéré par TotalEnergies. En avril 2021, les violences dans le nord du pays avaient conduit le groupe pétrolier français à déclarer la force majeure et suspendre son projet. Fin janvier, le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, en visite à Maputo, a toutefois annoncé sa volonté de reprendre rapidement le projet.

Des efforts à confirmer

Selon le FMI, le gouvernement mozambicain, avec l’appui de partenaires bilatéraux et régionaux, peut se targuer d’avoir mis en place de « fortes mesures d’endiguement de la pandémie », qui ont atténué l’impact socio-économique de la crise sanitaire. De plus, les réserves de la Banque centrale ont grimpé « à un niveau confortable de sept mois d’importations en 2021 », d’après les informations du Trésor public. Des efforts qui ont permis à Maputo de regagner la confiance du Fonds.

L’octroi de la facilité de crédit doit maintenant aider à accélérer le rythme des réformes. Parmi elles, figurent la modernisation de l’administration et des politiques fiscales ainsi qu’une réduction de la masse salariale des fonctionnaires pour réduire la pression sur les finances publiques.

Une autre étape importante sera l’adoption d’une loi actant la création d’un fonds souverain, moyen d’assurer la gestion transparente des recettes nées de l’exploitation des ressources naturelles. Dans le domaine de la gouvernance, le FMI attend aussi la modernisation des lois sur la probité publique et sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Données générales Mozambique © Données générales Mozambique. Source : BAD.

Données générales Mozambique © Données générales Mozambique. Source : BAD.

Pour 2022, l’institution financière table sur une croissance du PIB de 5,3 % et une inflation de 6,4 %. En plus de son potentiel gazier (12e réserve mondiale) et hydraulique, le Mozambique dispose de nombreux atouts qui doivent assurer sa croissance à long terme, dont son littoral de 2 500 km sur l’Océan indien qui offre trois couloirs logistiques aux pays voisins enclavés (Zimbabwe, Malawi et Zambie) et d’importantes ressources minières et agricoles.