Politique

Mali : la rectification

Mis à jour le 13 mai 2014 à 09:11
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Disons les choses sans détour : les huit premiers mois du quinquennat d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) n’ont pas été à la hauteur des espérances suscitées par son élection. La plupart des grands chantiers du nouveau Mali en sont restés à la pose de la première pierre. À commencer par le plus emblématique d’entre eux, la lutte contre la corruption. Le coup de balai dans les écuries du Pari mutuel urbain (PMU), en décembre 2013, est incontestablement un signe de rupture avec l’ère Amadou Toumani Touré, au cours de laquelle l’affairisme avait atteint un niveau caricatural. Mais l’on est encore loin, très loin, de la République irréprochable promise lors de la présidentielle.

Depuis septembre 2013, divers faits sont venus jeter le doute sur les promesses de rigueur et d’intégrité faites avant et après l’investiture du chef de l’État. Karim Keïta, fils du président, a été parachuté à la tête de la commission défense de l’Assemblée nationale. De même, la décision d’acquérir un nouvel avion présidentiel pour près de 19,5 milliards de F CFA (près de 30 millions d’euros) ou celle de rénover le palais de Koulouba (sinistré après le putsch de 2012) pour la bagatelle de 10 milliards de F CFA paraissent en profond décalage avec les urgences des Maliens.

Ces huit premiers mois de mandat ne sont guère plus brillants si l’on considère la question, cruciale, de la réconciliation nationale. Selon l’accord de paix préliminaire intermalien de juin 2013, les négociations avec les représentants de toutes les communautés du nord du pays, y compris ceux des groupes armés (à l’exception des jihadistes et de ceux qui prônent la partition du pays), auraient dû commencer soixante jours après l’investiture du nouveau président. Or, non seulement ces négociations n’ont toujours pas démarré, mais elles promettent d’être ardues. Depuis mi-avril, avec la nomination de Zhahabi Ould Sidi Mohamed au ministère de la Réconciliation nationale, puis celle de Modibo Keïta en tant que négociateur, la situation semble évoluer dans le bon sens. Mais l’opinion, intransigeante, ne veut faire aucun compromis.

En attendant, les groupes armés terroristes en profitent pour reconstituer leur capacité de nuisance. Au-delà de leur portée symbolique, les récentes opérations jihadistes contre les villes de Ménaka, Gao et Kidal attestent de la capacité des mouvements islamistes à jouer les trouble-fête.

Pour autant, il serait erroné de penser qu’IBK a perdu la main. Il dispose de toutes les cartes et ses récentes décisions témoignent de sa volonté de rectifier le tir. Son premier atout réside dans sa grande connaissance des rouages de l’État. Conseiller présidentiel, ambassadeur, ministre des Affaires étrangères, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale… aucun de ses prédécesseurs ne peut se prévaloir d’un tel parcours. Il faut également reconnaître le courage politique dont le locataire de Koulouba a fait preuve au cours des premiers mois de son quinquennat. Il a lancé l’opération à hauts risques du démantèlement de la "République de Kati", qui a permis la neutralisation d’Amadou Haya Sanogo et des putschistes de mars 2012. Il a aussi décidé de remanier l’équipe gouvernementale. Au nom de l’obligation de résultat, Oumar Tatam Ly, l’un des artisans de la victoire du Rassemblement pour le Mali (RPM) à la présidentielle, a été remercié sans ménagement.

Pour la suite, IBK pourra compter sur les 3,5 milliards d’euros d’aide de la communauté internationale, annoncés en mai 2013 à Bruxelles. Un démarrage hésitant n’annonce pas forcément un mandat laborieux. Surtout lorsqu’on est surnommé Kankeletigui, "l’homme qui n’a qu’une parole", en bambara.