Politique

RDC : les « 145 territoires », le plan de Tshisekedi pour être réélu en 2023

Le chef de l’État a annoncé la mise en œuvre d’un vaste programme de lutte contre la pauvreté. Une initiative ambitieuse, que le président espère vouée à plus de réussite que le Programme des cent jours.

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 29 mars 2022 à 11:41

Felix Tshisekedi à Kinshasa, le 18 mars 2022. © Presidence RDC/Twitter

Il n’est jamais trop tard pour tenter de se bâtir un bilan. À moins de deux ans des  élections, le président Félix Tshisekedi redoute-t-il que le sien soit peu convaincant ? Après avoir passé des mois à s’affranchir de son prédécesseur et de certains de ses encombrants alliés, il a officiellement lancé, le 19 mars, un vaste programme censé porter sa candidature : le Programme des 145 territoires, auquel le gouvernement et ses partenaires prévoient d’allouer 1,6 milliard de dollars.

Somme colossale

Cette somme colossale est censée sortir 25 millions de Congolais de la pauvreté. Elle ira à la réfection de routes et de dessertes agricoles, à la construction de bâtiments administratifs, d’écoles, de centres de santé et de petites centrales solaires permettant l’électrification de nombreux villages. En moyenne, explique-t-on à la primature, près de 10 millions de dollars seront injectés dans chacun des 145 territoires de la RDC.

Annoncé en grande pompe en 2019, le Programme des cents jours avait tourné au fiasco

Cette ambition n’est pas sans rappeler celle du Programme des cent jours, que le chef de l’État avait lancé en grande pompe en mars 2019, au début de son mandat. Tout comme celui des 145 territoires, il mettait l’accent sur l’accès à l’électricité et à l’eau potable, ainsi que sur la réhabilitation des routes et des infrastructures sanitaires et scolaires. Le tout pour un montant d’environ 500 millions de dollars.

Mais l’opération a tourné au fiasco. Elle s’est aussi soldée par l’incarcération et la condamnation à vingt ans de prison de Vital Kamerhe, le puissant directeur de cabinet de Tshisekedi, à qui la gestion du programme avait été confiée et qui a été reconnu coupable de détournement de deniers publics.

L’État et les « voleurs »

Pour que les erreurs du passé ne se répètent pas, le Fonds monétaire international (FMI) a veillé à ce que la présidence congolaise n’ait cette fois pas la main sur la coordination du Programme des 145 territoires. Celle-ci est confiée à trois agences chargées de sa mise en œuvre : le PNUD, le Bureau central de coordination (BCeCO, qui dépend du ministère congolais des Finances) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF). Ces trois agences percevront 117,5 millions de dollars, soit 7% du coût global du programme.

Rien n’a été fait. L’argent est sorti et des gens se le sont partagé

Cela suffira-t-il ? Le 9 janvier, José Mpanda Kabangu, le ministre de la Recherche scientifique, alors en visite à Mbuji-Mayi, s’était appliqué à tracer une ligne très claire entre le chef de l’État et les « voleurs » qui l’entourent, lesquels seraient responsables de l’échec des grands projets présidentiels. « Félix Tshisekedi a fait sa part, a-t-il lancé, mais il y a beaucoup trop de voleurs. Tshilejelu, Daipen, Nkuadi, tous ces projets sont un échec total. […] Rien n’a été fait. L’argent est sorti, et des gens se le sont partagé ».

« Ça passe ou ça casse »

Un mois auparavant, Félix Tshisekedi avait fait le même constat à l’occasion d’une tournée dans le Kasaï. « Je suis venu pour voir de mes propres yeux s’ils ont travaillé. S’ils n’ont pas travaillé, ils me doivent des explications pertinentes, [sinon] ils iront en prison. »

Les « 145 territoires » sauront-ils éviter les écueils qui ont été fatals aux Cent jours ? « Ça passe ou ça casse, je l’ai dit au président », répond un ministre, interrogé par Jeune Afrique. « Avec ce programme, Félix Tshisekedi tente de négocier le vote des populations de l’arrière-pays pour décrocher un second mandat », résume de son côté Martin Ziakwau, professeur d’université à Kinshasa.