Politique

Afrique du Sud : ANC for ever

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Dernier meeting de l'ANC, au Soccer Stadium de Johannesburg, trois jours avant le scrutin du 7 mai.

Dernier meeting de l'ANC, au Soccer Stadium de Johannesburg, trois jours avant le scrutin du 7 mai. © Gianluigi Guercia/AFP

Malgré un bilan mitigé, les Sud-Africains n’ont pas sanctionné le parti au pouvoir, auquel ils restent très attachés. Mais que fera Zuma de sa victoire ?

La gifle est monumentale. Mamphela Ramphele, ex-compagne de Steve Biko, le défunt leader du Mouvement de la conscience noire et l’une des têtes d’affiche de la campagne, aura finalement recueilli moins de 0,3 % des voix. Cette ancienne femme d’affaires, dont l’itinéraire d’executive woman pourfendeuse de la corruption a séduit la presse anglo-saxonne, ne figure même pas parmi les dix candidats les mieux placés. Interrogée au lendemain des élections générales du 7 mai – qui aboutiront, le 21, à l’élection du président par l’Assemblée nationale -, elle ne semblait pas certaine de poursuivre sa carrière politique.

Son rêve venait de se fracasser sur une réalité sociologique. Comme à chaque fois depuis l’avènement de la démocratie, en 1994, cette élection a confirmé de manière éclatante que le pays reste profondément attaché à l’ANC. Avec plus de 62 % des voix, le parti au pouvoir a de nouveau remporté une très large victoire. Ni le décès de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013, ni les scandales de corruption – qui ont éclaboussé jusqu’au président Jacob Zuma, dont la résidence privée a été rénovée grâce à de l’argent public -, ni l’arrivée d’une nouvelle génération d’électeurs, fortement touchée par le chômage, n’ont changé la donne.

Certes, le taux de participation régresse : de 77 % en 2009, il est passé à 73 %. Certes, l’ANC est en difficulté dans le Gauteng, la province, très urbaine, de Johannesburg et Pretoria, où il n’obtient "que" 53 %. Mais sur le plan national, il ne recule que de trois points par rapport à 2009 et reste au-dessus des 60 %, la barre symbolique qu’il s’était fixée.

Surtout, ces élections ont montré qu’aucun parti d’opposition ne constitue une alternative crédible. Le principal d’entre eux, l’Alliance démocratique (DA), a gagné six points depuis la dernière consultation, atteignant 22 %. Il remporte même 30 % des voix dans le Gauteng. Mais le parti de l’ancienne journaliste blanche Helen Zille est loin des ambitions qu’il affichait il y a quelques mois : obtenir un tiers des votes sur l’ensemble du territoire. Preuve qu’il n’est pas parvenu à gommer son image de défenseur de la minorité blanche. Ou que son programme, économiquement plus libéral que celui de l’ANC, ne séduit pas le plus grand nombre.

À l’opposé, le trublion Julius Malema, ancien membre de l’ANC, a adopté un programme radical et populiste, exigeant la nationalisation des mines et la saisie des terres des grands propriétaires blancs. Son mouvement, les Combattants de la liberté économique (EFF), a réussi son pari : devenir la troisième force politique du pays (avec 6 % des voix), après seulement quelques mois d’existence. Mais EFF doit encore prouver que ce succès n’est pas éphémère, comme l’a été celui du Congrès du peuple (Cope), qui, fondé en 2008 par des dissidents de l’ANC opposés à Jacob Zuma, a recueilli plus de 7 % en 2009 et s’effondre cinq ans plus tard, avec moins de 1 %.

Pour l’heure, Malema a dépassé le million de voix et réalisé quelques performances : il est ainsi arrivé en deuxième position dans la région minière du Nord-Ouest, régulièrement paralysée par les grèves et traumatisée par les violences policières de Marikana, ou dans sa province natale du Limpopo. Dans cette dernière, la DA de Helen Zille n’obtient que 6 %. À l’opposé, dans le fief de la DA, la province du Cap (la seule qui échappe à l’ANC), plus blanche et métissée que le reste du pays, les partisans de Malema ne sont que 2 %. C’est dire à quel point ces deux partis d’opposition se situent aux antipodes l’un de l’autre et se considèrent réciproquement comme un repoussoir.

L’ANC, redoutable machine électorale

L’ANC, dont tout le programme repose, depuis la fin de l’apartheid, sur un compromis entre les intérêts du grand capital et le souci d’améliorer les conditions de vie de la majorité noire, reste donc la seule force capable de rassembler au centre. Redoutable machine électorale qui compte plus de 1 million de militants, il devrait remporter les prochaines échéances nationales, en 2019. D’abord parce qu’il détient tous les leviers du pouvoir, ce qui lui permet, souvent, de s’adonner à un certain clientélisme. Ensuite parce qu’il joue sur la crainte – sans doute irrationnelle mais vivace – d’un retour de l’apartheid. Enfin, parce qu’il reste le seul à parler à cette Afrique du Sud profonde, rurale, où la loyauté à un parti et aux traditions reste forte. Dans le Limpopo et le Mpumalanga, l’ANC frôle ainsi les 80 %. Et puis Jacob Zuma aura permis à son parti de renouer avec l’électorat du Kwazulu-Natal, d’où il est originaire : naguère tentée par les nationalistes zoulous du Parti de la liberté Inkhata (IFP), cette province est l’une des rares où l’ANC progresse.

Même si nombre de Sud-Africains se plaignent que leurs conditions de vie ne s’améliorent pas assez vite et que des émeutes enflamment régulièrement les townships, la majorité continue de faire confiance à l’ANC, qui a malgré tout largement étendu la couverture des services de base (logement, eau, électricité…) et instauré un système de protection sociale qui bénéficie à 16 millions de personnes. À 72 ans, Zuma va donc pouvoir conserver son éternel sourire pour cinq nouvelles années à la tête du pays. Son parti a toute la légitimité nécessaire pour le réformer. Certains syndicats pressent le chef de l’État de prendre des mesures sociales et menacent, à défaut, de créer un parti concurrent. À l’inverse, le monde des affaires, qui s’inquiète des grèves à répétition, espère qu’il favorisera les entrepreneurs afin d’attirer de nouveaux investissements. Mais changera-t-il une formule qui, malgré des échecs patents, continue d’être gagnante ?

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